Un premier mondial de parahockey féminin en 2025
Les parahockeyeuses franchiront en 2025 une étape cruciale vers une reconnaissance paralympique. La Fédération internationale de parahockey organisera au courant de l’année un premier Championnat du monde féminin, a appris Radio-Canada Sports. Sur les grandes scènes internationales, le parahockey est presque exclusivement réservé aux hommes. Même si le sport est en théorie mixte, seulement trois femmes ont réussi à se tailler une place dans une équipe nationale dans toute l’histoire des Jeux paralympiques. Devant ce triste constat, la Fédération internationale de parahockey a lancé une étude en 2020 pour mieux comprendre la sous-représentation des femmes dans les hauts niveaux de compétition. Les conclusions étaient claires. Si la formule actuelle avait eu à fonctionner, elle aurait fonctionné déjà. Ça fait 60 ans que le sport existe, et il y a juste eu trois femmes aux Paralympiques. On ne va pas continuer à faire la même chose en espérant que ça s'améliore. L’équipe de Michelle LaFlamme, basée à Bonn, en Allemagne, a mis en place une feuille de route de 10 ans qui doit mener les parahockeyeuses aux Jeux de 2030, dans les Alpes françaises. Une condition sine qua non pour y parvenir est la tenue de deux mondiaux, d’ici 2027, année où le parahockey féminin pourra soumettre sa candidature au Comité international paralympique (CIP). Les joueuses canadiennes viseront un premier titre mondial en 2025. Photo : Gracieuseté : Women's Parahockey Canada La fédération annoncera au printemps la date exacte ainsi que le lieu de la compétition, qui devrait regrouper au moins six équipes. Cette nouvelle réjouit Élisabeth Bisaillon, gardienne de but avec l’équipe nationale de développement du Québec. Avant d’en arriver là, la Fédération internationale a mis en place le Women’s World Challenge, qui a tenu trois tournois de 2022 à 2024. Une sorte de prélude au mondial pour obtenir un aperçu des forces en présence. Lors de la dernière édition, en Norvège, 71 joueuses venues d’un peu partout sur la planète ont répondu à l’appel. Un nombre suffisant pour donner confiance à l’organisation. Le dernier Women’s World Challenge regroupait des formations du Canada, des États-Unis, de la Grande-Bretagne, ainsi qu’une équipe Europe et une équipe Pacifique, constituée de joueuses de l’Australie, du Japon et de la Corée du Sud. D’ici là, l’objectif est de faire grossir le bassin de joueuses. La Fédération internationale a d’ailleurs lancé la semaine dernière une campagne de recrutement pour inciter des joueuses à essayer le hockey sur luge. On est au début du chemin. Le niveau de performance dans la catégorie féminine ne sera pas celui des hommes, c’est normal. Ça va prendre du temps. Les hommes compétitionnent depuis 60 ans. Ça commence en leur montrant qu’elles peuvent jouer. Élisabeth Bisaillon est en vedette dans une vidéo promotionnelle et est bien placée pour comprendre l’importance de la représentation dans le sport. Elle s’est initiée au parahockey en voyant une de ses consœurs, Raphaëlle Tousignant, se joindre à l’équipe nationale. À l’âge de 12 ans, j’ai commencé à perdre de la force dans mes jambes en raison de ma maladie, une spina-bifida écrasée par une double scoliose. Je cherchais un sport que je pouvais faire sans avoir à utiliser mes jambes. Et je suis tombée sur une entrevue de Raphaëlle Tousignant, et je me suis dit : "Je vais essayer." Celle qui commence sa quatrième année dans le sport s'entraîne avec une équipe montréalaise et a réussi à intégrer l'équipe nationale de développement au Québec. C'est donc avec des hommes qu'elle a pu participer au dernier Championnat canadien, en mai dernier. Élisabeth Bisaillon a gardé les filets pour l'équipe Monde, qui a remporté la médaille de bronze au Women's World Challenge en 2023. Photo : Gracieuseté : Élisabeth Bisaillon Elle espère que les récents efforts de promotion porteront leurs fruits et que les jeunes filles seront aussi encouragées à essayer ce sport, maintenant motivées par un possible rêve paralympique. Mais elle voit néanmoins les obstacles qui se dressent. Élisabeth Bisaillon Photo : Courtoisie / Comité international paralympique Le financement représente aussi un problème. Au Canada, le volet ouvert, donc mixte, du parahockey est reconnu officiellement par la Fédération nationale, qui le finance. Mais le programme féminin n’est pour l’instant pas chapeauté par Hockey Canada, ce qui implique une participation accrue des joueuses dans le financement de leurs activités. Ce camp devait servir de dernier entraînement avant le Women's World Challenge, où le Canada a gagné l'argent. Le financement devrait être facilité par la mise en place d'un championnat du monde. Hockey Canada a indiqué à Radio-Canada Sports avoir comme mandat premier d'appuyer les équipes nationales qui compétitionnent lors de Championnats du monde et aux Jeux olympiques ou paralympiques. La fédération a néanmoins précisé à Radio-Canada Sports avoir déjà accordé plus de 230 000 $ au parahockey féminin depuis la saison 2019-2020. Les États-Unis ont remporté la récente édition du tournoi de parahockey féminin. Photo : Gracieuseté : USA Hockey La reconnaissance par la fédération d’un autre programme national de parahockey viendrait couper en plus de pointes une tarte déjà bien convoitée par de multiples acteurs au pays, admet Michelle LaFlamme. Le modèle en place n’aidait pas du tout la situation des athlètes féminines
, rapporte Michelle LaFlamme, la directrice de l’organisation. On ne pouvait pas continuer dans cette direction-là et espérer une amélioration. Les chiffres parlent d’eux-mêmes.

C'est vraiment une bonne chose, dit-elle. Le hockey féminin a vraiment fait un grand bond vers l'avant en l'espace de quelques années seulement. C'est prometteur pour la suite, mais il faut continuer à travailler.
C’était pour tâter le terrain, voir dans quel pays il y avait de l’intérêt, explique Michelle LaFlamme. On ne voulait pas se lancer dans un Championnat du monde sans savoir où étaient les athlètes.
Un critère du Comité international paralympique, c’est d’avoir huit équipes nationales et que ces équipes viennent de trois régions différentes du monde aussi
, précise Michelle LaFlamme.Nos règlements nous permettent, lors des mondiaux, d’avoir des équipes continentales. Idéalement, ce serait six équipes nationales, mais peut-être qu’on aura encore un regroupement de joueuses venant d’une même région pour commencer
, dit Michelle LaFlamme. Il y avait beaucoup de femmes qui n'étaient même pas au courant qu’elles pouvaient jouer au parahockey. Elles pensaient que c’était une exception, celles qu’on voyait sur les équipes nationales. On veut montrer qu’il y a de la place pour elles dans le parahockey
, mentionne Michelle LaFlamme. La Corée a presque une équipe complète, il lui manque seulement une gardienne. Ça se développe aussi du côté de la Norvège. Il y a des joueuses en France, en Suède aussi
, indique Élisabeth Bisaillon, qui a gardé les buts pour l'équipe Pacifique lors du dernier tournoi.Mettre en valeur les modèles
Le Québec est fort, la province a deux équipes : son équipe A et son équipe de développement. Le Québec a gagné trois fois le Championnat national, ce n’est pas une équipe facile à percer
, dit-elle. 
Des problèmes d'accessibilité et de financement
À Montréal, il y a seulement deux arénas qui sont entièrement accessibles au parahockey. L’accès à de l’équipement spécialisé est aussi un enjeu, explique Élisabeth Bisaillon, qui siège aussi au conseil d'administration de Parahockey Montréal. En Amérique du Nord, des entreprises fabriquent ici des luges, donc on est choyés. C'est beaucoup plus compliqué en Europe pour l'achat et les ajustements.
Pour la Thaïlande au complet, c’est seulement deux arénas qui sont accessibles. Pour la Grande-Bretagne, on n'en répertorie aucune avec les installations entièrement accessibles
, ajoute pour sa part Michelle LaFlamme, consciente des défis que cela pose pour le développement du sport.
Cet été, on devait avoir un camp en août, pour lequel on avait obtenu une somme d’argent, finalement retirée en juillet. Le financement est volatile, ce n’est pas figé dans le béton comme pour les gars
, dit, avec déception, Élisabeth Bisaillon.Nous avons aussi soutenu l'équipe canadienne féminine de parahockey dans certains de leurs déplacements, notamment à Milot, au Dakota du Nord, l'année dernière, et nous continuerons à faire appuyer le développement du parahockey féminin au pays.

S’il y a plus de dépenses occasionnées par l’arrivée d’une équipe, il faudra avoir plus de revenus. Ce sera aux organisations de trouver un moyen de générer ces revenus, par des partenaires gouvernementaux ou privés
, note-t-elle.Les réalités internationales font que ça diffère vraiment. Dans certains pays, ce sont les athlètes qui doivent s’autofinancer. Ailleurs, il y a du financement. Il y a plusieurs modèles différents.
Mais le but est d’enlever ce stress-là aux athlètes, qu’ils puissent se concentrer sur la performance, et non pas à faire des levées de fonds
, conclut la directrice de la Fédération internationale.
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