Du cauchemar au rêve paralympique
Impossible aujourd’hui, en le regardant marcher, de deviner par où sont passés Alexandre Hayward et ses parents. S’il roule à vive allure à vélo, il conserve néanmoins des séquelles de son accident. À l’effort, il vit avec une rigidité musculaire et des spasmes importants. Son corps a des sensations limitées.
Par exemple, seule la peau de son visage peut lui indiquer si l’eau est chaude ou froide. Il est impossible pour lui d’avoir l'information grâce à ses bras ou ses jambes. Son système nerveux est aussi touché, si bien que certains entraînements lui causent une fatigue neurologique intense.
Un peu plus de 12 ans après son accident, il s’apprête à réaliser un rêve qui a déjà semblé bien impossible : participer aux Jeux paralympiques. Il s’alignera à la poursuite de 3000 m sur la piste, à la course sur route et au contre-la-montre.
Dans les premiers jours après son accident, je me suis dit que s’il parvenait à sortir du centre de réadaptation en marchant, ce serait la cerise sur le gâteau, dit Nathalie Losier de façon imagée. Tout le reste, ce serait du glaçage.
« Là, du glaçage, on en a épais et on en a épais! »
Nathalie Losier et Andy Hayward sont bien sûr à Paris pour vivre de grandes émotions avec leur fils. Médaille ou pas, la victoire est ailleurs et, surtout, déjà acquise.
Il vit un peu le rêve en ce moment de pouvoir pousser sa passion pour le sport à l’international, et c’est agréable de pouvoir l’accompagner dans tout ça, confie le paternel. Je suis fier et je serais tout aussi fier s’il me disait que son nouveau rêve était d’être ingénieur ou d’ouvrir un garage au Nouveau-Brunswick.
Ce qu’est devenu son fils est encore plus important que ses accomplissements. Cet hiver, par exemple, après un entraînement à vélo, il a remarqué une dame de 86 ans, Louise Cloutier-Paquette, en mauvaise posture sur son balcon en fin d’après-midi à Bromont, où Alexandre réside.
Il s’est arrêté et s’est approché de la maison, à une bonne distance de la route, pour aller l’aider. Elle avait chuté et était incapable de se relever. Si Alexandre ne l’avait pas vue, elle aurait pu passer la nuit dehors et peut-être même y passer.
Inquiet qu’elle ait subi une commotion cérébrale, il est même retourné la visiter le lendemain. Ils se voient régulièrement depuis.
Il a peut-être sauvé la vie de la dame, lance Andy Hayward, avec fierté. C’est ça qui me rend le plus fier de mon fils. C’est lui, c’est un bon citoyen du monde.
Les mots nous manquent souvent parce que c’est tellement beau de le voir heureux, ajoute Nathalie Losier. Il est heureux, il est comblé et c’est tout ce que des parents peuvent demander.
La question peut sembler cruelle, mais Andy Hayward changerait-il le cours de la vie de son fils s’il avait une baguette magique, en sachant ce qu’il est devenu aujourd’hui malgré l’accident?
Non, je ne changerais rien, répond-il. Bien sûr que j’aurais préféré qu’il ne vive pas ces épreuves et qu’il ne vive pas avec des séquelles de l’accident, mais tellement de belles choses lui sont arrivées.
« Il a l’occasion d’inspirer tellement de gens. En fait, chaque fois qu’il rencontre des gens, il devient une inspiration. »
Et ça ne pourrait être que le début.
À 27 ans, Alexandre Hayward et sa famille sont prêts à clore un chapitre de leur vie pour en écrire un nouveau, tout aussi inspirant, à Paris.
Photo d'entête par Bader Ben Amara/Radio-Canada
Photos des chapitres 1 (Le choc, le déni et la peur), 2 (Le patient modèle), 3 (Des objectifs après les autres) et 4 (Un fauteuil qui change tout) fournies par la famille Hayward
Photo du chapitre 5 (Le plus grand bonheur) par Oscar Muñoz Badilla/Getty Images
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