Restrictions aux travailleurs étrangers temporaires : « Des drames humains » appréhendés
Des entreprises de l'Abitibi-Témiscamingue craignent de perdre plusieurs employés en même temps, alors que les changements au Programme des travailleurs étrangers temporaires sont entrés en vigueur. Ces entreprises s'attendent à faire des choix difficiles, parfois déchirants, alors que les contrats de certains de leurs travailleurs temporaires arrivent à échéance. Les nouvelles règles impliquent notamment que la proportion de travailleurs étrangers temporaires dans une entreprise est maintenant limitée à 10 % du nombre total d'employés. Ce quota concerne les personnes rémunérées à moins de 27,47 $ l'heure. Les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'agriculture, de la construction et de la transformation alimentaire ne sont pas concernés par la réforme. Dans les domaines de la restauration et de l'hôtellerie notamment, cette nouvelle fait l'effet d'une douche froide. Le restaurant Horizon Thaï à Rouyn-Noranda emploie 23 personnes, dont 4 sous contrat de travailleurs étrangers temporaires. Avec cette nouvelle règle, la copropriétaire Émilie Roy doit se séparer de deux d’entre eux. Pour remplacer ces personnes, Émilie Roy devra nécessairement embaucher des Québécois ou des gens ayant la résidence permanente, pourtant très peu nombreux à postuler pour ce type de poste. Jessica Garzon, Flor Garzon, Andri Fanomezamtsoa et Juan Garzon travaillent au restaurant Horizon Thaï de Rouyn-Noranda. Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas La situation est aussi critique pour les restaurants McDonald’s de la région. Isabelle Leblanc est propriétaire des établissements de Val-d’Or, d'Amos, de La Sarre et de Malartic. Elle emploie près de 80 personnes, dont plus de 10 % ont le statut de travailleurs étrangers. C'est certain qu'on va retourner vers des fermetures plus tôt de nos services. Les contrats de travail des employés concernés par la réforme sont valides jusqu’à l’automne. Mais à partir de là, faute de main-d'œuvre, les restaurants pourraient être forcés de réduire leurs horaires d’ouverture. La situation est aussi difficile à vivre sur le plan humain. Isabelle Leblanc a des franchises McDonald's à La Sarre, à Amos, à Malartic et à Val-d'Or. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean-Marc Belzile Depuis le 21 janvier, il n’est plus possible pour les conjointes et les conjoints des salariés qui ont un statut de travailleurs étrangers d’obtenir un permis de travail. Jusqu’ici, les conjoints et les conjointes de certains travailleurs étrangers temporaires pouvaient obtenir un permis de travail ouvert. Elle évoque la détresse psychologique de plusieurs de ses employés, qui pourraient être forcés de repartir dans leur pays d’origine avec leur famille, faute de permis de travail. Le restaurant McDonald's d'Amos (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Martin Guindon La situation est aussi difficile à vivre pour Émilie Roy. À Horizon Thaï, la décision avait été prise de se séparer d’un couple de cuisiniers, dans l’espoir de pouvoir garder un des deux en permis de travail fermé, et que l’autre puisse bénéficier d’un permis de travail ouvert en tant que conjoint. Mais la fin de la possibilité pour les conjoints de travailler met le couple en difficulté. Il a pour le moment jusqu’au mois d’octobre pour trouver une solution. Le secteur de l’hôtellerie est aussi touché par cette réforme. Tatiana Gabrysz est copropriétaire des hôtels Albert et Deville à Rouyn-Noranda. Elle emploie plus de 10 % de travailleurs étrangers temporaires, mais leurs contrats n’arriveront à leur terme que dans deux ans. D’ici là, elle espère pouvoir passer ses employés sous un autre statut. Tatiana Gabrysz, copropriétaire des hôtels Albert et Deville (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Jean-Michel Cotnoir La réforme implique aussi que les renouvellements de contrats ne pourront maintenant se faire que pour un an. Ce changement représente une charge de travail supplémentaire pour Émilie Roy. Les employeurs appellent les autorités à préserver de ces réformes les personnes déjà installées sur le territoire avec ce statut.Ça peut avoir l'air petit, deux personnes, mais pour nous, deux cuisiniers sur sept, c'est beaucoup
, confie-t-elle.
Trouver de la main-d’œuvre en cuisine, ce n’est pas évident en région. Il y a beaucoup de compétition avec les mines, c’est des gros salaires
, rappelle Émilie Roy.S'il y a seulement six ou sept travailleurs étrangers qu'on peut avoir dans nos entreprises, surtout en restauration où on a besoin de beaucoup plus d'employés, c'est sûr que ça va beaucoup changer le quotidien pour nous, mais aussi pour nos clients
, affirme Isabelle Leblanc.Des drames humains

On a travaillé fort sur le regroupement des familles ces dernières années, pour pouvoir maintenir l’intégration et enraciner ces personnes-là dans notre région, rappelle Isabelle Leblanc. Mais là, si les conjointes et les enfants ne peuvent pas renouveler leurs permis de travail à cause des nouvelles lois, on va faire face à des drames humains.
Ces personnes-là nous ont choisis pour venir s’établir ici, puis tout à coup, c’est : “Non, on ne vous veut pas.” Jamais je n’aurais pensé que mon Canada, mon Québec, prendrait des décisions comme ça un jour
, regrette Isabelle Leblanc. 
Je ne sais pas si les gens réalisent à Rouyn le nombre de conjoints et de conjointes qui travaillent actuellement dans des entreprises et qui ne pourront plus le faire l’année prochaine.
On s’est attachés, c’est rendu des amis. Quand ils sont arrivés, on est devenus leur famille aussi. Ils se sont bien intégrés, tout va bien, c’est de la bonne main-d’œuvre
, fait savoir Émilie Roy.L’hôtellerie est aussi concernée

On essaie d’accompagner le plus rapidement possible nos travailleurs pour qu’ils puissent obtenir leur résidence permanente, faire leur demande pour pouvoir rester ici puisqu’ils sont établis avec leurs familles
, explique Tatiana Gabrysz.Ça complique les choses, étant donné qu'avant c’était [des renouvellements] de deux ou trois ans, selon les emplois qu’il y a dans nos compagnies
, précise Tatiana Gabrysz.C’est plus de paperasse, c'est plus de frais
, confie-t-elle, alors que chaque renouvellement de contrat lui coûte de 1500 à 2000 $.
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