Financement de la recherche en français : des intervenants demandent des changements
La recherche en français au Canada est confrontée à une crise silencieuse, selon plusieurs acteurs du domaine. Ces derniers affirment que les chercheurs en milieu francophone minoritaire sont confrontés à des obstacles considérables. Sophie Montreuil, directrice générale de l'Acfas, souligne les défis auxquels sont confrontés les chercheurs francophones en milieu minoritaire, notamment le manque de financement pour la recherche.
Photo : Avec l'autorisation de Sophie Montreuil Elle souligne un déséquilibre préoccupant entre chercheurs anglophones et francophones dans un pays pourtant bilingue. Les chercheurs francophones devraient bénéficier de conditions égales, ce qui n'est pas le cas, selon elle. Pour elle, cette situation contraint les chercheurs à traduire leurs demandes, une tâche qui nuit à la qualité de leur réflexion. Mme Montreuil affirme que cette réalité engendre un manque de recherches en français, particulièrement en milieu minoritaire. Moins de financement pour la recherche signifie moins de recherches et, souvent, moins de recherches qui documentent les besoins d'une partie de la population canadienne. La directrice générale de l'Acfas insiste également sur le manque d'infrastructures adaptées pour soutenir la recherche en français, ajoutant qu’il est urgent de changer le système et les structures en place afin de garantir un accès égal aux financements. Elle souligne que reconnaître la valeur des chercheurs francophones permettrait au Canada de renforcer son identité et son rayonnement mondial en recherche. Étudiant en médecine à l'Université de l'École de médecine du Nord de l'Ontario, Nicholas Lambert plaide également pour que les chercheurs puissent présenter leurs travaux en français. Nicholas Lambert évoque les défis rencontrés par les chercheurs francophones et les étudiants en médecine dans un environnement scientifique majoritairement anglophone.
Photo : Avec l'autorisation de Nicholas Lambert Même s’il reconnaît les avantages d’avoir accès à des recherches menées à travers le monde et traduites en anglais pour se parfaire, il souligne les défis rencontrés par les étudiants francophones dans un environnement dominé par l'anglais, notamment dans le domaine médical. Ça peut être un défi de trouver plusieurs ressources en français ou des ressources de bonne qualité en français. Marie Lebel, chercheuse à l’Université de Hearst, déplore que sa petite université soit mal financée, avec des fonds de recherche souvent insuffisants, parfois aussi bas que 9000 $ à 10 000 $ par an. Marie Lebel exprime ses préoccupations concernant le financement insuffisant pour la recherche en milieu francophone minoritaire, appelant à une meilleure équité dans l'attribution des fonds.
Photo : Avec l'autorisation de Marie Lebel La chercheuse insiste également sur l’importance de l’équité dans la distribution des fonds, regrettant que parfois le financement soit tributaire des objectifs et des priorités des bailleurs de fonds sans égard pour les besoins spécifiques des communautés francophones en situation minoritaire. Elle appelle à un changement structurel pour mieux soutenir la recherche en français. Dans le cadre du Plan d'action pour les langues officielles 2023-2028, le gouvernement canadien rappelle, dans un courriel adressé à Radio-Canada, avoir alloué 8,5 millions de dollars sur cinq ans pour soutenir la recherche en français, notamment par le biais du programme Service d'aide à la recherche en français, administré par l'Acfas. Le gouvernement a également créé un groupe consultatif externe pour conseiller le ministre des Langues officielles sur la pérennité de la recherche en français et réexaminer la politique de libre accès des publications scientifiques dans les deux langues officielles. Ces initiatives sont saluées par Mme Montreuil et par Linda Cardinal, vice-rectrice adjointe à la recherche à l’Université de l’Ontario français et coprésidente de ce groupe consultatif. Mais cette dernière précise qu’il est encore trop tôt pour évaluer leur impact concret. Selon Mme Cardinal, bien que les demandes en français reçoivent un financement plus important, leur nombre reste faible comparativement aux financements pour la recherche au pays. Elle ajoute que le plan d'action sera évalué en 2028, ce qui permettra d’avoir une meilleure idée de ses effets à long terme. Isabelle Carignan, professeure associée à l’Université de Sudbury et à l’Université Laurentienne, propose une solution complémentaire pour améliorer le financement de la recherche en français. Ce serait important qu'il y ait des fonds, par exemple, par province. [...] Ce serait vraiment une des solutions à privilégier pour qu'on puisse avoir des fonds propres à la recherche en français. Isabelle Carignan plaide pour la création de subventions spécifiques afin de soutenir la recherche en français dans les communautés minoritaires.
Photo : Avec l'autorisation d'Isabelle Carignan Celle qui est aussi professeure titulaire à l'Université TÉLUQ suggère la création de subventions spécifiques pour la recherche en français en contexte minoritaire. De son côté, Mme Cardinal plaide pour un réexamen des critères de financement afin de mieux soutenir la recherche en français, en particulier dans les milieux minoritaires. Elle souligne qu' Linda Cardinal plaide pour des critères de financement révisés afin de mieux soutenir la recherche en français dans les communautés minoritaires.
Photo : Avec l'autorisation de Linda Cardinal Selon elle, Par ailleurs, elle propose de soutenir davantage les revues francophones, notamment en milieu minoritaire, et souhaite que les chercheurs publiant en français soient récompensés, afin de garantir une meilleure équité dans le financement. Une mesure positive, une mesure d’égalité réelle pour le français en recherche, c'est de donner des points à ceux qui publient en français. Raymond Théberge, commissaire aux langues officielles du Canada, soutient l'appel à l'équité pour garantir l'accès au financement de la recherche en français dans les milieux minoritaires. Il souligne que Il y a deux éléments importants : la possibilité de faire de la recherche en français et, deuxièmement, la possibilité de publier en français. M. Théberge rappelle les obligations du gouvernement fédéral prévues dans la section 7 de la Loi sur les langues officielles qui incitent les institutions fédérales à prendre des mesures positives pour soutenir les communautés en milieu minoritaire. Raymond Théberge soutient l'égalité d'accès au financement de la recherche en français dans les communautés minoritaires, soulignant l’importance de mesures concrètes.
Photo : Avec l'autorisation de Raymond Théberge Ces dernières années, son bureau a reçu plusieurs plaintes concernant l'accès aux fonds qui ont été jugées fondées par le commissariat. Le gouvernement assure être actif dans le dossier. Une consultation en ligne sur la création et la diffusion des connaissances scientifiques en français, menée par un groupe consultatif chargé de proposer une stratégie fédérale, se déroule jusqu’au 11 mai 2025. Selon un rapport de l'Acfas publié en 2021, le Canada compte environ 65 000 chercheuses et chercheurs francophones, dont 35 000 au Québec, tandis que 30 000 autres exercent dans le reste du pays. (Photo d'archives) Photo : CBC/Jonathan Migneault Il ajoute que les organismes subventionnaires révisent leur politique de libre accès afin de garantir que les publications financées soient accessibles gratuitement en français et en anglais.Les principales difficultés sont nombreuses, mais il y a d'abord une difficulté d'accès au financement, surtout quand on est chercheur ou professeur œuvrant en francophonie minoritaire
, explique Sophie Montreuil, directrice générale de l'Acfas. 
Un chercheur ou une professeure francophone au campus Saint-Jean qui veut faire une demande de financement pour un projet de recherche au Conseil de recherches en sciences humaines risque fort de ne pas pouvoir rédiger sa demande en français, car, au sein de son établissement, le bureau de la recherche n'aura probablement personne capable de lire et d’évaluer sa demande en français
, illustre Mme Montreuil.Quand notre langue maternelle est le français et que l'anglais est une autre langue, nous n’avons pas la même finesse intellectuelle ni la même capacité de raisonnement.
Quels défis rencontrent les étudiants en médecine dans un environnement dominé par l'anglais?
Si un chercheur se sent plus à l'aise en français ou a mené ses recherches en français, il devrait pouvoir présenter ses résultats dans cette langue
, dit-il.
Je dirais que peut-être 10 à 15 % de notre contenu est en français
, évalue-t-il, ce qui force les étudiants à traduire eux-mêmes les ressources scientifiques de l’anglais en français.Le financement insuffisant : un frein pour la recherche en français
C'est absolument incompréhensible, dans la mesure où nous existons depuis 77 ans et que nous avons formé plus de 50 % des professionnels de la grande région nord-ontarienne avec des moyens qui sont risibles.

Quand je regarde les groupes consultatifs qui sont créés, je ne me reconnais pas nécessairement là-dedans, ou je ne reconnais pas nécessairement la diversité de la francophonie
, indique-t-elle.De nouvelles perspectives pour soutenir la recherche en français

La quête d’équité : ajuster les critères de financement
il y a très peu de demandes en français
et que, bien que certaines demandes soient subventionnées à un taux plus élevé, elles restent minoritaires. 
ce qu’on veut, c’est que les organismes subventionnaires prennent des mesures concrètes pour susciter davantage de demandes en français
.Comme à l’immigration : quand vous parlez français, vous avez plus de points, ça serait la même chose quand on publie en français
, précise-t-elle.Garantir l'équité
la recherche est une des fonctions primordiales dans le milieu universitaire
.
Mesures gouvernementales pour soutenir la recherche en français

Advertising by Adpathway









