Jacques Blais, la force tranquille derrière les Huskies à Rouyn-Noranda
Jacques Blais le reconnaît d’emblée, il n’a pas toujours été un « gars de hockey ». C’est au moment où il est devenu propriétaire des Huskies, il y a 27 ans, qu’il a appris à patiner. Il était alors âgé d’une cinquantaine d’années. Encore à ce jour, son intérêt pour le sport se concentre dans les activités de son équipe.
Je ne m’occupe pas des autres équipes, je ne regarde pas les Canadiens de Montréal non plus. Moi, c’est juste les Huskies
, dit M. Blais.
Bien qu’il ne soit pas le plus grand des amateurs de hockey, Jacques Blais ne s'est pas fait tirer l’oreille bien longtemps avant d’embarquer dans l’aventure des Huskies.
À peine deux ans après l’arrivée de l’équipe à Rouyn-Noranda, il a été approché par les propriétaires de l’époque, Sylvain Danis et Dave Morin, qui souhaitaient vendre des abonnements saisonniers.
Ils m’ont dit : "Viens donc voir une game". Je m’en vais là et je me dis : "Bonyenne, c’est comme dans le temps des Copper Kings, quand mon père m’amenait!" J’ai été élevé sur la rue Carter, ici, à Noranda, et c’était rempli de monde pareil comme ça
, se remémore l’homme d’affaires dont les entreprises sont à l'œuvre dans le secteur de la construction.
Impressionné par l’ambiance qui régnait dans l’aréna, M. Blais a alors décidé d’acheter 10 % de l’équipe. Peu de temps après, il s'est porté acquéreur de l’ensemble de l’équipe.
Une fois que j’ai acheté, j’ai pris huit propriétaires de Rouyn-Noranda. Je voulais que ça appartienne à des gens de Rouyn-Noranda
, se rappelle Jacques Blais.
Plusieurs de ces nouveaux actionnaires étaient des amis personnels. À l’époque, Jacques Blais s’était laissé convaincre qu’il pouvait être profitable d’être propriétaire d’une équipe de la Ligue de hockey junior majeur du Québec, renommée en 2023 Ligue de hockey junior Maritimes Québec (LHJMQ).
Je leur avais dit : "En dedans de cinq ans, ça va être payé". Moi, c’est ce qu’on m’avait dit. Je n’avais pas tout à fait été bien conseillé : au bout de cinq ans, je m’aperçois que mes amis qui avaient embarqué, et qui avaient mis 120 000 $, les seules redevances qu’ils avaient eues, c’est une paire de billets de saison
, raconte-t-il.

Quelque 3500 personnes peuvent s'entasser dans l'aréna Glencore.
Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas
Bien décidé à ne pas laisser ses partenaires d’affaires perdre de l’argent, M. Blais a alors décidé de racheter les parts de plusieurs d’entre eux.
Quand il y avait des déficits, je les payais. Il y a des années où on a break-even, mais avec 45 000 de population, on m’avait dit : "Jacques, tu vas avoir de la misère à payer ton club"
, mentionne-t-il.
Je suis un gars de Noranda. Je reste à Rouyn-Noranda et je voulais avoir un club ici. Une chance que mes commerces vont bien, parce sans ça, on n’aurait pas pu passer au travers.
Même si cela ne transparaît pas dans les liquidités, la valeur de la franchise, aux dires de M. Blais, avoisinerait en 2025 les 6 millions de dollars.
Pour faire de l’argent, il faut dépasser la deuxième ronde des séries. Quand on dépasse la deuxième ronde de séries, on est bien de bonne humeur
, avoue-t-il.
En raison de l’éloignement et des nombreux déplacements que doit faire l’équipe lors d’une saison, l’organisation estime à près de 200 000 $ les coûts supplémentaires liés aux voyages par rapport à une équipe située dans le centre de la province, comme les Tigres de Victoriaville ou les Voltigeurs de Drummondville.
Dans les dernières années, il y a eu deux ou trois groupes qui m’ont approché et qui m’ont dit qu’ils aimeraient acheter, mais ils vont sortir l’équipe de Rouyn-Noranda
, soutient le propriétaire.
Une question de fierté
Pourquoi, alors, tenir à conserver l’équipe à Rouyn-Noranda si celle-ci ne génère que rarement des profits?
Premièrement, mon gars Jean-François est fou de hockey. C’est vraiment le fun qu’il suive ça. Après ça, les autres propriétaires, les Charchuk, Pilon et les cinq autres propriétaires, ils sont aussi bien vendus à ça
, fait-il remarquer.
Au-delà de l’engouement de son entourage pour le hockey, Jacques Blais évoque la fierté de bien représenter Rouyn-Noranda et de faire vivre des émotions positives aux amateurs de hockey.
Quand il y a 2000 personnes dans l’aréna pis que tu fais un but, c’est 2000 personnes qui se lèvent debout. C’est des dizaines de fois durant l’hiver que le monde va sortir d’ici de bonne humeur quand on gagne. Quand on perd, c’est autre chose : là, on dort mal!
Il rappelle que l’équipe a remporté une Coupe Memorial en 2019 et qu'elle s'est rendue en finale en 2016. Finale que les Huskies ont perdue en prolongation.
Il y a 60 équipes au Canada et se rendre là, c’est un exploit. Val-d’Or l’a fait deux ou trois fois, mais ils n’ont pas été capables de faire ce qu’on a fait, pis ça, c’est ben le fun!
dit-il en envoyant une petite flèche aux Foreurs, rivaux de la 117.

Chaque année, les partisans des Huskies et des Foreurs parcourent les kilomètres de la route 117 pour soutenir leur équipe favorite. (Photo d’archives)
Photo : Gracieuseté - Dany Germain
Selon M. Blais, ces exploits ont permis de donner une visibilité à la ville de Rouyn-Noranda, à la mettre sur la map
.
Quand je parle des Huskies, n’importe où je vais aller au Canada, ils connaissent la ville de Rouyn-Noranda et ils savent, dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec, qui sont les Huskies
, indique-t-il.

Lors du passage de Radio-Canada, l'attaquant Antonin Verreault était sur la patinoire des Huskies. Il a remporté le championnat des pointeurs en 2024.
Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas
Prendre soin de son monde
Lorsqu'on les questionne sur leur séjour avec les Huskies, nombreux sont les anciens joueurs et membres du personnel à mentionner le nom de Jacques Blais.
Il est souvent question de la qualité de l’organisation et de comment elle prend soin de son monde, sur le plan humain.
Récemment, l’ancien entraîneur dans la Ligue nationale de hockey, Bob Hartley, a reconnu ces qualités lorsque questionné sur le processus ayant mené à l’embauche de son fils Steve comme entraîneur-chef de l’équipe.
J’ai fait quelques appels pour voir qui étaient les Huskies de Rouyn-Noranda. Je n’avais jamais été là et je ne connaissais personne. Les gens m’ont parlé de M. [Jacques] Blais en premier. Ils m’ont parlé de la qualité de M. Blais, la qualité de personne; comment il travaille avec les gens.
J’aime bien ça quand on entend des choses positives de notre groupe ici
, répond Jacques Blais quand on lui rapporte les propos de celui qui a remporté la Coupe Stanley comme entraîneur-chef de l’Avalanche du Colorado en 2001.
Selon Jacques Blais, il importe également d’entretenir de bonnes relations avec ceux et celles qui ont contribué aux succès de l’équipe par le passé.
L’année passée, j’ai été à la pêche au saumon et j’ai invité Guy Boucher. Guy Boucher était coach au début et les anciens propriétaires l’ont mis à la porte. Je lui ai dit : "Guy, je te dois quelque chose, il est arrivé quelque chose dans le passé et viens à la pêche au saumon avec moi". Ç’a été bien le fun
, affirme celui qui garde également un bon lien avec André Tourigny, qui a entraîné l’équipe pendant 10 ans.
Les Huskies, à Rouyn-Noranda pour y rester?

En tant que président et principal actionnaire des Huskies depuis 1998, Jacques Blais a plusieurs anecdotes à raconter.
Photo : Radio-Canada / Jessica Gélinas
Les Huskies sont-ils à Rouyn-Noranda pour y rester à long terme? En réponse à cette question, Jacques Blais se montre optimiste.
J’espère qu’on va rester ici au moins pour les 15 prochaines années. À date, ça va bien!
dit-il.
L’idée, c’est qu’on a un club de hockey, poursuit l’homme d’affaires. Dans toutes les villes au Québec et en Ontario, les personnes à l’aise financièrement veulent être propriétaires d’un club junior. Avoir la chance d’être là, tu restes là.
Lorsqu’il sera prêt à passer le flambeau, M. Blais se dit convaincu que la relève sera au rendez-vous.
C’est Jean-François qui va être là, mais pas juste ça. Que je sois là ou non, ça va fonctionner. Avec Gilles Bérubé [directeur opérationnel] et Yannick Gaucher [directeur général], ça va très, très bien. N’importe qui pourrait être à ma place et ça irait bien
, conclut-il.
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