Querelle entre Trump et Zelensky : quelles incidences sur la guerre en Ukraine?
Lors d'un échange sous haute tension au bureau ovale, Donald Trump et le vice-président américain, J.D. Vance, ont accusé vendredi Volodymyr Zelensky de refuser les négociations de paix avec la Russie et de ne pas être assez reconnaissant pour l'aide américaine. Quelles incidences cet esclandre pourrait-il avoir sur la suite de la guerre en Ukraine et les tractations diplomatiques pour y mettre fin? Éclairage. Ce genre d’échange corsé aurait dû se dérouler à huis clos, et non pas devant les caméras de bureau ovale, estime-t-il. Le climat était très tendu à la Maison-Blanche lors de la visite du président ukrainien, Volodymyr Zelensky. Photo : Reuters / Brian Snyder En débattant ainsi sur la place publique avec le président ukrainien, M. Trump et son numéro deux souhaitaient Je pense que la volonté de Trump et de Vance était d'affaiblir la position de Zelensky pour obtenir un cessez-le-feu [...] qui soit à l'avantage des États-Unis [et de la Russie]. Pour sa part, Christophe Cloutier-Roy, directeur adjoint de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, n’y voit pas nécessairement un piège tendu à M. Zelensky. Donald Trump – qui s’est rapproché du président russe – cherche avec empressement à mettre la fin à la guerre en Ukraine, qui fait rage depuis trois ans. Or, Kiev refuse catégoriquement un cessez-le-feu avec la Russie tant et aussi longtemps que les États-Unis ne lui accorderont pas des garanties de sécurité. L'Ukraine et l'Europe suivent avec inquiétude le rapprochement entre M. Trump et son homologue russe, craignant une paix dictée par Moscou avec la complaisance des États-Unis. Moscou et Washington ont lancé, sans inviter l'Ukraine ni les Européens, des négociations bilatérales pour mettre fin à la guerre, de laquelle le président américain ne considère pas Moscou responsable. La rencontre entre Donald Trump et Volodymyr Zelensky a viré à l’affrontement devant les caméras, le 28 février 2025. Photo : Getty Images / Andrew Harnik C’est d’ailleurs le sujet des garanties de sécurité réclamées par le président ukrainien qui a mis le feu aux poudres à la rencontre, vendredi, à Washington. Lorsque M. Zelensky est revenu à la charge sur sa demande de protection américaine, M. Trump a accusé le chef d’État ukrainien de s'opposer au processus de négociations diplomatiques avec la Russie et de Dominique Arel, titulaire de la chaire d'études ukrainiennes à l'Université d'Ottawa, salue l’attitude de M. Zelensky, qui, selon lui, a réussi à se tenir tête à M. Trump. Il est d'avis, comme les Ukrainiens, qu'un accord On ne peut pas simplement avoir un cessez-le-feu sur la parole que Poutine va accepter de maintenir le cessez-le-feu. Donald Trump, toutefois, refuse des garanties de sécurité à l’Ukraine en répondant que Et ça, bien sûr, pour Volodymyr Zelensky, c'est complètement inacceptable et faux. Or, Le président américain Le président américain, Donald Trump, et le président russe, Vladimir Poutine, lors d'un sommet du G20, en novembre 2018 Photo : Reuters / Marcos Brindicci Ce rapprochement des États-Unis et de la Russie a de quoi surprendre, alors que les républicains, historiquement, ont toujours été Pour Dominique Arel, une chose est certaine : cette prise de bec entre les chefs d'État ukrainien et américain marque C’est devenu très clair que les États-Unis vont abandonner l'Ukraine en termes d’aide militaire, parce qu’ils blâment l'Ukraine non seulement pour avoir causé la guerre, mais pour soi-disant ne pas vouloir faire la paix. Kiev, dont l'armée est à la peine sur le front, pourra difficilement se passer de l’aide américaine, particulièrement dans le secteur du renseignement par satellite, avance M. Arel. Des soldats des forces armées ukrainiennes tirent un obus en direction des troupes russes, près de la ville de Pokrovsk, le 6 février 2025. Photo : Reuters / RFE/RL/Serhii Nuzhnenko Ce revirement de situation forcera l'Europe à prendre M. Arel rappelle également les Un consensus européen sur la question pourrait difficilement être dégagé, souligne toutefois M. Lasserre, alors que certains pays souhaitent un désengagement militaire vis-à-vis de Kiev. La question de l'aide européenne risque d'être centrale au sommet européen sur l'Ukraine qui s’ouvre dimanche à Londres. Le premier ministre canadien, Justin Trudeau, est le seul dirigeant non européen qui sera de la partie. Un sommet crucial, selon M. Massie, Le Royaume-Uni a d'ailleurs annoncé samedi un prêt de 4,11 G$ CA afin de soutenir les capacités de défense ukrainiennes. Le président ukrainien, Volodymyr Zelensky, a rencontré samedi en soirée le premier ministre britannique, Keir Starmer. Photo : Reuters / Peter Nicholls Après l'escalade de vendredi, le président ukrainien a semblé vouloir calmer le jeu, en remerciant sur le réseau X le président Trump, le Congrès et le peuple américain. Interrogé ensuite par Fox News, M. Zelensky a dit croire que sa relation avec son vis-à-vis américain pouvait survivre à l'incident, tout en estimant ne pas lui devoir d'excuses. Considérant sa Malgré Avec des informations de l'Agence France-PresseUn
guet-apens
tendu à M. Zelensky?En 50 ans d'études et de carrière, je n'ai jamais vu un événement comme celui-ci qui émane de la Maison-Blanche et du président des États-Unis. C’est un abus de langage qui viole toutes les règles protocolaires
, affirme d’emblée Charles-Philippe David, président de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l’UQAM.Je soupçonne très fortement Donald Trump, et encore plus J.D. Vance, le vice-président, d'avoir tendu un guet-apens à Volodymyr Zelensky
, poursuit M. David.
justifier tranquillement mais certainement leur volonté de désengagement de l’appui à l'Ukraine auprès du public américain
, avance-t-il.On sait que Trump peut avoir une tendance à l'improvisation dans ses façons de gérer les affaires internationales
, souligne-t-il.Pourquoi M. Trump refuse-t-il de fournir des garanties de sécurité à l’Ukraine?

jouer avec la Troisième Guerre mondiale
. Il a même menacé son invité, en disant : Concluez un accord ou nous vous laissons tomber.
sans conditions pour faire en sorte que le cessez-le-feu ne soit pas violé
par la Russie n’est pas envisageable.le président Poutine va respecter
sa présidence et un éventuel accord de cessez-le-feu, explique Justin Massie, codirecteur du Réseau d'analyse stratégique et professeur agrégé de science politique à l'UQAM.Il affirme aussi qu'à partir du moment où il signera un accord de type économique – donc l'accord sur l'exploitation des [minéraux critiques] – ce serait suffisant pour garantir la sécurité de l'Ukraine
, ajoute Frédéric Lasserre, professeur de géographie à l’Université Laval.on ne voit pas très bien en quoi la présence d'entreprises américaines sur le sol ukrainien, si ça se concrétise, serait une garantie de sécurité pour empêcher une nouvelle attaque éventuelle de la part de l'armée russe
, fait valoir celui qui est aussi directeur du Conseil québécois d’études géopolitiques.Pourquoi un rapprochement entre Moscou et Washington?
a besoin, pour conforter le type de régime qu'il est en train de mettre en place, d’avoir des régimes qui le légitiment sur la scène internationale – et notamment des régimes autoritaires
, estime Régis Genté, journaliste et auteur du livre Notre homme à Washington : Trump dans la main des Russes. En plus de Vladimir Poutine, Viktor Orban, en Hongrie, pourrait être un allié de l'administration Trump, donne-t-il en exemple.
antisoviétiques et antirusses
, met en lumière Guillaume Sauvé, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal. La cohérence idéologique n'est pas le facteur principal du comportement des républicains en ce moment.
C’est plutôt la loyauté envers Donald Trump qui prime, croit-il.À quoi s'attendre pour la suite des relations américano-ukrainiennes?
un moment de rupture entre les États-Unis et l'Europe
.
des décisions dramatiques
à court terme, croit M. Arel. Par exemple, les pays du Vieux Continent seront-ils prêts à envoyer davantage d'armes à l’Ukraine à partir de leurs propres stocks? Pourraient-ils acheter des armes en provenance d’autres pays, comme la Corée du Sud, une des grandes puissances en termes de production militaire
?fameux 400 milliards d'avoirs de la Banque russe qui sont gelés, surtout en Europe, depuis trois ans
. Est-ce que l'Europe aura la volonté politique de dire : "On va de l’avant et on envoie ces avoirs en Ukraine?"
se questionne-t-il.On peut penser par exemple à la Hongrie ou à la Slovaquie qui ont déjà publiquement manifesté leur désir de mettre un terme à ce conflit, qui seraient plutôt favorables à des négociations selon les termes que M. Trump a proposés.
parce que c'est là où les Européens et Canadiens [...] pourront offrir concrètement des chiffres d'aide militaire
.
Un froid insurmontable entre Kiev et Washington?
position extrêmement inconfortable
, M. Zelensky sera peut-être obligé de trouver une façon de s'excuser et de réussir à revenir dans les bonnes grâces de la Maison-Blanche
, croit M. Cloutier-Roy.la situation qui semble sombre dans une perspective ukrainienne
, il est tout de même d'avis que la relation américano-ukrainienne pourrait connaître une embellie. On sait que Trump, souvent, c'est sa posture de négociation, de commencer par alimenter le conflit pour par la suite essayer de trouver un terrain d'entente
, conclut-il.
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