Ces pompières en feu
À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, sept pompières en Ontario parlent de leur passion pour le métier et de l'évolution du rôle des femmes au sein des services de pompiers. Au fil de leurs parcours respectifs, elles racontent leurs défis et leur vision.
Melissa Geils est pompière à Thunder Bay depuis deux ans. Ce qui l’a poussée à devenir pompière, c’est avant tout le désir d’aider les autres. Nous avons l'occasion d'aider les gens lors de leurs pires journées
, raconte-t-elle.

Melissa Geils partage son parcours et son engagement pour l'égalité dans les services d'urgence.
Photo : Gracieuseté de Melissa Geils
Cependant, elle confie que son plus grand défi jusqu'à présent a été d’obtenir le poste, de passer le test physique pour intégrer le métier
.
J'ai dû passer beaucoup de temps, en réalité plusieurs années, à m’entraîner et à me préparer pour répondre aux exigences physiques du métier, au même niveau que mes collègues masculins. Cela a vraiment été mon plus grand défi
, explique-t-elle.

Melissa Geils a surmonté des défis physiques pour exercer un métier encore dominé par les hommes.
Photo : Gracieuseté de Melissa Geils
Elle se réjouit aujourd'hui de certains progrès dans le métier en faveur des femmes : Un grand pas en avant [...] a été la reconnaissance [...] des cancers du sein, des ovaires et du col de l’utérus comme des maladies professionnelles [...], alors que les cancers spécifiques aux hommes sont reconnus depuis un certain temps
, souligne-t-elle.
Sara Pellanda, pompière à North Bay depuis deux ans, trouve que ses moments les plus gratifiants surviennent lorsqu'elle voit l'impact positif de son travail.

Sara Pellanda éprouve une grande satisfaction à servir la communauté qui l'a vue grandir en contribuant à la sécurité publique locale.
Photo : Gracieuseté de Sara Pellanda
Le sentiment qu'on éprouve quand on aide vraiment quelqu'un dans le besoin, c'est un sentiment qui ne ressemble à aucun autre. C'est ce qui me motive à continuer à aider les gens, à continuer à faire des choses difficiles
, explique-t-elle.
Sara constate une évolution des rôles des femmes dans les services d’urgence. Je vois les femmes progresser dans les rangs hiérarchiques de la lutte contre les incendies au même titre que n'importe quel homme.

Sara Pellanda en pleine action symbolisant son engagement envers la sécurité de la communauté.
Photo : Gracieuseté de Sara Pellanda
Son message aux jeunes femmes qui aspirent à faire la même carrière : Allez à votre service d'incendie local, demandez à faire une visite et voyez comment vous vous sentez dans cet environnement. Si vous vous sentez excitée dans la salle des appareils, si vous êtes curieuse à propos des différents types d'équipement, cela pourrait bien être la passion que vous cherchez.
Mikaela McGill, pompière à Peterborough, a dû surmonter de nombreuses embûches en tant que femme dans un milieu traditionnellement masculin, selon elle. Un des plus grands obstacles a été le manque d'expérience pratique en matière de mécanique, d'utilisation d'outils électriques et d'autres compétences techniques. Il faut constamment prouver sa compétence et sa force
, explique-t-elle.

Mikaela McGill inspire les futures générations de femmes dans les services d'urgence.
Photo : Gracieuseté de Mikaela McGill
Elle remarque qu’au fil des ans, de plus en plus de femmes ont rejoint les services d'urgence, prouvant que ces carrières ne sont pas réservées aux hommes. Elle ajoute : La représentation féminine a tout changé et m'a donné la confiance nécessaire pour franchir le pas.
Son message aux jeunes qui souhaitent suivre cette voie : N'attendez pas que quelqu'un d'autre vous ressemble pour prouver que c'est possible. Vous pouvez être celle qui inspirera la prochaine génération. Plus il y aura de femmes dans les services d'urgence, plus notre présence sera considérée comme étant normale et plus nous pourrons faire tomber ces barrières mentales pour d'autres personnes.

Mikaela McGill en pleine action pour démontrer sa détermination et son engagement à briser les stéréotypes dans le métier de pompier.
Photo : Gracieuseté de Mikaela McGill
L'évolution du rôle des femmes dans le métier de pompier
Kyla Tunstall est pompière en période d'essai à Sudbury. Elle se souvient avoir été inspirée à 16 ans par des pompières autour d’elle. J’ai pensé : c’est un travail plutôt cool. C’est à ce moment-là que j’ai su que je voulais devenir pompière.
Lorsqu’on lui demande si le fait d'être une femme a constitué un obstacle, elle répond avec aplomb : Je suis assez confiante. Je n'ai pas eu l'impression que le fait d'être une fille était un obstacle.

Kyla Tunstall exprime sa passion pour son métier, qu'elle considère comme une véritable vocation, contribuant ainsi à transformer les stéréotypes dans le milieu.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau
Après plusieurs mois dans le métier, elle remarque une évolution positive : Le stéréotype autour des femmes dans le milieu des pompiers évolue positivement. C’est maintenant une grande famille heureuse.
Kyla se sent pleinement acceptée et soutenue par ses collègues : Je ne me sens pas comme un fardeau pour qui que ce soit. Ils ne me traitent pas comme si j’étais un fardeau.
Samantha Béchard se souvient de son premier jour à la caserne : C'était effrayant, mais l’équipe a été super accueillante. Ils nous ont fait visiter la caserne, voir les camions, et nous ont rapidement fait sentir que nous faisions partie de l'équipe.

Samantha Béchard affirme que les pompières sont capables de réaliser tout ce que les hommes accomplissent et parfois même mieux.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau
Elle constate également que ce domaine a beaucoup évolué et n'est plus aussi dominé par les hommes qu’auparavant. Aujourd'hui, elle se sent pleinement acceptée et n'a jamais ressenti d'exclusion.
Cependant, elle évoque un des obstacles qu’elle a dû surmonter : Je suis vraiment petite
, dit-elle. Certaines personnes doutent de ma force et se demandent si je serai capable de les sauver en cas d’urgence.

Samantha Béchard exprime sa confiance et sa fierté dans le rôle des femmes au sein des services d'incendie, soulignant les progrès accomplis dans ce domaine.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau
Malgré tout confiante, Samantha assure qu'elle est prête et qu'elle a été formée pour faire face à ces situations en suivant exactement les mêmes entraînements physiques que les hommes. Elle ajoute que le soutien de ses collègues lui permet de surmonter ces préjugés.
Les avancées dans le métier de pompier
Darcie Merrill, capitaine à Sudbury, témoigne des avancées réalisées au cours des deux dernières décennies pour promouvoir l'égalité des sexes dans les corps de pompiers.

Darcie Merrill témoigne des progrès réalisés en matière d'égalité et d'inclusivité dans les services d'incendie tout en soulignant les obstacles qui subsistent.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau
Elle note également que les équipements, tels que les tenues de travail, ont été adaptés pour mieux convenir à la morphologie des femmes.
Néanmoins, elle reconnaît que certains obstacles persistent. La façon dont nos casernes sont configurées ne convient pas nécessairement aux deux sexes. Nous travaillons avec notre employeur pour rénover la caserne afin qu'il y ait des toilettes appropriées.
En tant que vice-présidente du syndicat, Darcie Merrill s'engage activement pour représenter les femmes dans des rôles historiquement dominés par les hommes, contribuant ainsi à remodeler la culture des services d'incendie.
Je suis vice-présidente de notre syndicat. Le fait que des femmes occupent ces fonctions qui étaient toujours occupées par des hommes, c'est un signe de grand changement
, souligne-t-elle.

Darcie Merrill, capitaine à Sudbury et vice-présidente du syndicat.
Photo : Radio-Canada / Ezra Belotte-Cousineau
Elle explique aussi ce que les femmes apportent de particulier à ce métier : Un mélange unique d'empathie et de communication dans la profession de pompière. C'est crucial dans des situations de haute pression pour désamorcer les tensions et pour fournir un soutien émotionnel à ceux qui en ont besoin
, dit-elle.
Elle ajoute que les femmes apportent une perspective différente en matière de résolution de problèmes et de travail d'équipe.
Camp Molly : une initiative pour l'émancipation des pompières
Monique Bélair est directrice et cheffe du service d'incendie de Kingston. En 2019, elle a créé Camp Molly, un programme gratuit de quatre jours destiné aux jeunes femmes de 15 à 18 ans.
Le camp a été baptisé ainsi en l'honneur de Molly Williams, la première pompière en Amérique du Nord.

Molly Williams, la première pompière en Amérique du Nord. Le nom du Camp Molly lui rend hommage.
Photo : Académie des pompiers
Ce programme leur offre l’occasion de découvrir le métier de pompier et de développer des compétences essentielles à travers le Canada, notamment en Ontario, au Québec et en Saskatchewan.
Bien qu'elle se réjouisse que certaines femmes n'aient plus à faire face aux problèmes liés au genre qu'elle a subis lorsqu'elle a commencé dans le métier, en 1986, elle souligne qu'encore aujourd'hui, chaque semaine, des jeunes pompières la contactent pour raconter leurs difficultés et pour obtenir du soutien, des conseils et du mentorat.

La cheffe pompière Monique Bélair a fondé le Camp Molly pour initier les jeunes filles à son métier.
Photo : Radio-Canada / Sofia Mingram
Mme Bélair évoque entre autres des situations où des hommes refusent de travailler avec des femmes, les isolent ou les harcèlent, ce qui constitue des attitudes persistantes de non-acceptation.
Il y a des pompiers dans leur équipe qui ne voudront pas travailler avec elles. [...] Ils pensent qu'elles ne sont pas assez fortes. Ils les rabaissent. Il y a encore du harcèlement, des plaisanteries
, confie-t-elle.
Elle raconte également l’histoire d’une jeune femme dont le père doutait de ses capacités physiques et refusait de financer sa formation en matière de lutte contre les incendies.
Pour prouver sa détermination, cette jeune femme a participé au Camp Molly pour démontrer sa force et son engagement.
Ne laissez jamais votre sexe être la raison pour laquelle vous ne répondez pas à la question de savoir pourquoi vous voulez faire quelque chose
, insiste Monique.

Des filles âgées de 15 à 18 ans s'entraînent au Camp Molly à éteindre un feu en situation réelle sous la supervision d'un officier d'entraînement.
Photo : Radio-Canada / Sofia Mingram
Elle encourage aussi les jeunes femmes à s'entourer de personnes positives et à chercher du soutien, affirmant ceci : Il y a beaucoup de gens dans les services d'incendie prêts à vous aider ou à vous mentorer.
Elle admet toutefois que malgré tout, certaines femmes choisiront de ne pas s'impliquer dans son organisation ou dans d'autres programmes similaires, préférant ne pas attirer l'attention sur leur genre.
Cependant, elle insiste sur le fait suivant : Ce n'est pas attirer l'attention sur votre sexe. C'est dire que je suis fière de qui je suis. [...] J'ai le droit d'être ici parce que je suis aussi qualifiée que n'importe qui d'autre.
Avec 39 ans d'expérience, elle conclut : Pour chaque mauvaise expérience [...], j'ai vécu 10 expériences incroyables.
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