« On ne peut plus dépendre de l’immigration » : les choix d’Ottawa ressentis à l’Î.-P.-É.
Des entrepreneurs à l’Île-du-Prince-Édouard disent déjà ressentir les conséquences des décisions du gouvernement fédéral, qui a coupé le nombre de résidents permanents que le Canada acceptera dans les prochaines années. Ottawa a baissé de 21 % le nombre de résidents permanents qui seront acceptés en 2025, par rapport à 2024. Les cibles annuelles d'immigration permanente ont été abaissées à 395 000 personnes cette année, 380 000 en 2026 et 365 000 en 2027. Le fédéral a aussi coupé de moitié le nombre de candidats à la résidence permanente auquel l’Île-du-Prince-Édouard a droit, par l’entremise du Programme des candidats des provinces et le Programme d’immigration au Canada atlantique. L’île peut en désigner 1025 cette année. La décision d’Ottawa survient après que le gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard ait lui-même décidé de restreindre le nombre de nouveaux arrivants : la province avait le droit de désigner 2050 personnes pour la résidence permanente l'année dernière, mais n’en a choisi que 1590. Des étudiantes en soins infirmiers font un stage dans un hôpital de Manille, aux Philippines. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Cheryl Ravelo La province dit vouloir ralentir la croissance démographique et la pression que la hausse de population exerce sur l’offre de logement et de soins de santé. Elle priorise désormais les nouveaux arrivants qui peuvent travailler dans les secteurs les plus en demande : la santé et l’industrie de la construction. La réduction des cibles d’immigration affecte notamment la communauté francophone de l’île. Kathleen Couture est la directrice générale de l'Association des centres de la petite enfance francophones de l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : CBC / Thinh Nguyen Kathleen Couture, directrice générale de l'Association des centres de la petite enfance francophones de l'Île-du-Prince-Édouard, explique que plus de 80 % du personnel des cinq garderies francophones de la province sont des travailleurs recrutés à l’étranger. Jusqu’à l’an passé, les services à la petite enfance étaient l’un des secteurs privilégiés par la province dans son recrutement d’immigrants. À présent, les cibles sont réduites, et la province restreint son recrutement au secteur manufacturier, à ceux de la santé et de la construction. Huit travailleurs sur 10 dans les garderies francophones de l'Île-du-Prince-Édouard ont été recrutés à l'étranger. (Photo d'archives) Photo : Getty Images / petrograd99 Le gouvernement provincial, soutient Kathleen Couture, doit repenser son approche. Elle affirme que les gens de l’extérieur ne viendront pas à l’île s’il n’existe pas de services pour leurs enfants, qu’ils soient francophones ou anglophones. Des propriétaires de petites entreprises disent déjà ressentir des effets. Harneet Brar, propriétaire du restaurant indien House of Spice, à Summerside, affirme que la réduction des cibles d’immigration fait mal à son entreprise. Harneet Brar est la propriétaire du restaurant House of Spice, à Summerside. Photo : CBC / Steve Bruce Une bonne partie de sa clientèle régulière est faite de travailleurs temporaires originaires de l’Inde. Depuis la fin de 2023, plusieurs ont discrètement et graduellement quitté l’île, dit-elle. Elle a aussi perdu des employés, qui sont partis dans d’autres provinces, à la recherche de meilleures opportunités d’immigration. On ne peut plus dépendre de l’immigration. Shreesh Agrawal, vice-président externe de l’association étudiante de l’Université de l’Île-du-Prince-Édouard (UPEI), affirme que plusieurs étudiants lui ont confié que, sans voie d’accès claire vers la résidence permanente, ils envisagent de quitter le Canada après l’expiration de leur permis de travail postdiplôme expire. Ils se demandent s’ils ont perdu leur temps. Enfin, pour des communautés rurales, des questions pressantes surgissent. Eric Gavin est maire d’O’Leary, à l'Île-du-Prince-Édouard. Photo : CBC / Thinh Nguyen Eric Gavin, maire d’O’Leary, s’inquiète d’un impact sur les services essentiels, dans une région où on ressent déjà le vieillissement de la population et le manque de personnes en âge de travailler. O’Leary a environ 1500 habitants, dont 10 % sont des nouveaux arrivants. Même s'ils représentent un petit nombre d’individus, ces immigrants sont une part importante de la force de travail locale. S’ils partent, on va voir des fermetures. Le nombre de travailleurs étrangers temporaires à l’Île-du-Prince-Édouard est passé de 950 en 2020 à 1600 en 2023, mais a baissé à 1460 en 2024. D’après le reportage de Thinh Nguyen (CBC)
Des impacts sur les francophones

Avant le recrutement international, nos garderies fermaient
, souligne Kathleen Couture. On ne pouvait pas accepter plus d’enfants, parce qu’on n’avait pas le personnel
.Grâce au recrutement international, nos cinq centres sont à pleine capacité. Tous nos permis sont utilisés. Nous avons des listes d’attente de 160 à 200 enfants qui attendent une place
, dit-elle.Non seulement ils ont coupé [l’immigration] de moitié, mais ils ne donnent plus la priorité à l’éducation de la petite enfance. On est donc doublement touchés
, déplore Kathleen Couture.Je reçois des appels d’employés qui me disent : Est-ce que ça veut dire que je n’aurai pas ma résidence permanente? Est-ce que ça veut dire que je dois partir? On aime l’Île-du-Prince-Édouard. On veut rester
, poursuit-elle.
L’éducation de la petite enfance doit être une priorité
, déclare-t-elle.Plusieurs sont déjà partis

J’ai dû prendre un prêt sur ma maison, pour pouvoir payer mes employés à temps
, confie-t-elle. Pour attirer de la clientèle, elle tente de modifier son menu, qui était fait de cuisine traditionnelle indienne.Ils font face à tellement d’incertitude et d’imprévisibilité
, dit-il.Moteur économique en région rurale

S’ils ne sont pas ici, ça veut dire que les usines de poisson ne roulent pas, que les épiceries ne restent pas ouvertes. C’est une grande préoccupation pour moi, et pour beaucoup de gens de la région
, affirme Eric Gavin.
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