Kateri Champagne Jourdain, de Uashat à l’Assemblée nationale
Kateri Champagne Jourdain s’est toujours impliquée dans son milieu, que ce soit au sein de sa communauté de Uashat mak Mani-utenam, à la Chambre de commerce de Sept-Îles et maintenant à Québec comme ministre. Elle s’identifie fièrement comme une femme innue et québécoise, une identité qui vient avec certains obstacles qu’elle a su surmonter. Espaces autochtones l’a accompagnée à l’Assemblée nationale. Comme bien d’autres, cette journée sera marquée par une succession de réunions. Les semaines, elles, sont faites de longues journées où s’enchaînent les nombreux déplacements entre sa région natale, la Capitale-Nationale et Montréal. Au nomadisme qu'imposent ses fonctions s’ajoutent l’apprentissage de ses dossiers comme ministre, des rouages de l’Assemblée nationale et le fait de devoir porter la voix des gens de sa circonscription. La courbe aura été raide, mais elle se plaît sur la colline Parlementaire. Kateri Champagne Jourdain, députée de la circonscription de Duplessis, ministre de l'Emploi et ministre responsable de la région de la Côte-Nord, un modèle féminin autochtone de persévérance à l'Assemblée nationale. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon Aurait-elle pensé un jour avoir ces fonctions et se promener entre quatre bureaux répartis dans trois régions? Une réunion du conseil de direction du ministère de l'Emploi discutant de la stratégie ministérielle d'insertion socioprofessionnelle des Premières Nations et des Inuit au cabinet de la ministre de l'Emploi. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon L'important, c'était de se dire : "on va continuer d'avancer, peut-être le lendemain, mais on va avancer encore". Alors se faire confiance, c'est important et [il faut] toujours continuer d'avancer, même s'il faut prendre des pauses. Elle a fréquenté l’Institut d’enseignement de Sept-Îles, la Polyvalente Manikoutai et le Centre de formation aux adultes de Trois-Rivières. Une des tâches de la ministre de l'Emploi est d'enregistrer une allocution pour une conférence de presse lorsqu'elle ne peut pas y assister. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon Son implication dans divers projets tout au long de son parcours lui a donné l’occasion de socialiser à Uashat mak Mani-utenam et d’évoluer également à l’extérieur de sa communauté, Elle affirme, avec fierté, qu’elle a toujours embrassé les deux cultures qu’elle représente. C’est pourquoi lorsqu'elle aborde son identité, elle ne peut pas dire qu’elle est totalement innue ni totalement québécoise. Je pense que ça fait de moi quelqu'un qui a dû rapidement trouver sa place et définir ce qu'elle était. Mais à quel prix parvient-elle à s’épanouir dans Kateri Champagne Jourdain, ministre de l'Emploi et ministre responsable de la région de la Côte-Nord, se rendant à une autre rencontre dans les couloirs de l'Assemblée nationale, accompagnée de sa directrice des communications. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon Malgré le pincement au cœur, elle relativise : De plus, elle explique que sa propre mère est vieillissante. Être loin d'elle pour pouvoir s’investir Quand elle s’est lancée en politique, elle s’est demandé pourquoi et pour qui elle allait le faire. La Coalition Avenir Québec n’était pas la première entité à la solliciter pour qu'elle se lance en politique. Une rencontre, en après-midi, de la ministre de l'Emploi, Kateri Champagne Jourdain, avec la Guilde du jeu vidéo du Québec à l'Assemblée nationale. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon Mais les perspectives de créer des bases, comme la réconciliation par le développement économique, dans sa région ou ailleurs, concordait parfaitement avec ses valeurs, surtout dans leur volonté de On va livrer des résultats avec les recommandations qui ont été faites dans les rapports. [...] C'est le temps de matérialiser ça. Le mandat actuel de la CAQ a été marqué par certaines avancées, notamment l’adoption de lois sur la sécurisation culturelle et sur les recherches d’enfants disparus dans les hôpitaux québécois. Ces progrès n’ont toutefois pas été sans controverses et plusieurs autres dossiers sont toujours litigieux entre Québec et les peuples autochtones en ce qui concerne l’autodétermination et l’énergie, entre autres. Kateri Champagne Jourdain salue le travail de son collègue Ian Lafrenière, qui a su développer une relation de confiance avec des élus autochtones. Photo : Radio-Canada / Shushan Bacon Elle note aussi que Elle considère qu’elle joue tout de même un rôle clé dans les dossiers autochtones au gouvernement. Kuei, Shushan! Miam a.
C’est par cette phrase loin des protocoles, mais exprimant la convivialité entre les Innus que la ministre a donné le coup d’envoi à la journée. 
Si on m'avait demandé au secondaire si j'allais être ministre, je serais partie à rire, fort probablement parce que c'était loin de mes aspirations [...] jamais je n’aurais pensé que je pourrais me rendre dans un poste avec de si grandes responsabilités.
Elle relate que son père, un Innu, n’était pas très instruit, mais il lui rappelait souvent l’importance de travailler fort et d’être scolarisée pour atteindre ses rêves.Moi, mon secondaire, il m’a pris sept ans et demi à faire, pas cinq ans. [...] Mais est-ce que ça m'a empêché d'être là aujourd'hui? Moi, j'avais besoin de faire cette étape-là, de vivre au travers, de travailler, d'acquérir d'autres expériences.

Il ne faut pas se condamner, il faut suivre son rythme
, souligne-t-elle. Comme nos ancêtres ont toujours fait, continuer à avancer, c'était des nomades. Parfois, est-ce qu'ils auraient voulu avancer une journée de plus? Ils ne pouvaient pas. Il y avait des impondérables, la température, un bris de canot ou un bris d’équipement.
Il y a aussi des défis à porter ses deux cultures

où souvent on est en minorité
, relate-t-elle. Ça m'a permis de me promener entre ces deux cultures-là, deux cultures que je porte aussi. Ma mère est québécoise. Elle est venue s'installer avec mon père dans la communauté [de Uashat].
J'ai évolué aussi devant un modèle de couple qui malgré les différences culturelles, éducatives et familiales trouvait toujours un consensus
, dit-elle.Je n'ai pas choisi ce que je suis et c'est parfait comme ça. Moi, je suis un alliage de cultures et c'est une chance.
Pour certaines personnes, j'étais parfaite comme j'étais, chez les Innus, et il y en a [d’autres qui disaient : "Ah toi, t’as un petit côté qui nous dérange". Puis de l'autre côté, mais ça m'est arrivé de vivre… du rejet
, lâche-t-elle après avoir cherché ses mots.ce désir-là de servir, d'aider, de représenter, d'être là comme courroie pour trouver des solutions entre des groupes qui ont des intérêts différents
?C'est sûr, des moments en famille
, répond-elle spontanément. Elle raconte que lorsqu’elle a accepté l’invitation de se lancer en politique, la famille a pesé lourd dans sa réflexion.
Moi, ce sont les dernières années de l'adolescence de mes enfants. Quand je suis rentrée en poste [en 2022], ils étaient encore très près de moi et ils ont pris beaucoup d'indépendance.
c'est le but de la vie aussi qu'ils soient capables de vivre sans nous. Mais je me rends compte que ma décision a précipité ça.
pour le plus grand nombre de gens possible
à ce moment de sa vie est le plus gros sacrifice qu’elle fait.Une décision qui change sa vie
Moi, je suis de Uashat. Je suis très impliquée dans la ville de Sept-Îles. Nord-Côtière de naissance. Tu sais, c'est mon territoire. C'est la place où j'appartiens.
Quand j'ai eu la proposition de la CAQ... ils ont été tenaces
, se rappelle l’Innushkueu de la communauté de Uashat mak Mani-utenam.Ils sont venus à plusieurs reprises parce que je les "challengais"
, commence-t-elle en souriant, en les interrogeant sur la question autochtone, tout en sachant qu’il y avait eu des rapports et des commissions sur les Premières Nations et les Inuit au Québec
, en mentionnant aussi que ces rapports, ils ont été tablettés
.
livrer des actions concrètes
.
beaucoup de gens
la voyaient dans le poste de ministre responsable des Relations avec les Premières Nations et les Inuit. Cependant, elle répond que ça aurait été extrêmement lourd aussi de mettre sur les épaules d'une Autochtone toute la réconciliation du Québec avec les Autochtones
.J'habite en communauté, mes enfants ont grandi dans la communauté. Je les vis, ces enjeux-là.
Advertising by Adpathway









