Jean Paul Riopelle décodé dans une colossale chronique biographique
Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) vient de lancer Jean Paul Riopelle en mouvement (1923-2002). Cette biographie particulièrement imposante – elle fait 720 pages et pèse 3 kilos – revient sur la vie de ce géant de l’art québécois et démêle le vrai du faux, tant le peintre et sculpteur s’est raconté avec plus ou moins d’exactitude au fil des années.
C’est John R. Porter, directeur honoraire du MNBAQ, qui est l’idéateur de cet ouvrage ayant demandé cinq ans de travail à son auteur, l’historien de l’art Pierre B. Landry. Jean Paul Riopelle a inspiré nombre de publications, mais M. Porter dit avoir constaté que la rigueur leur faisait parfois défaut.
Plutôt que de publier une énième monographie de Jean Paul Riopelle, il a donc eu l’idée de proposer une chronique biographique qui ferait référence.
Cet ouvrage monumental, qui nous amène beaucoup plus loin dans les connaissances qu’on peut avoir sur Riopelle, va servir de tremplin pour plein d’autres recherches à venir, assure-t-il. On ne sera pas enfargé dans toutes sortes de scories qui auront été colportées parce que chaque personne veut s’approprier un artiste.
Ce livre est une invitation au voyage, on peut se promener dans la vie de Riopelle, et ce qui est merveilleux, c’est que Riopelle conservera toujours une part de mystère.
Mêlant photos, documents originaux, œuvres phares du peintre et citations, Jean Paul Riopelle en mouvement (1923-2002) est divisé en six parties, chacune correspondant à un temps de la vie de l’artiste.

« Jean Paul Riopelle en mouvement (1923-2002) », de Pierre B. Landry, est publié par le Musée national des beaux-arts du Québec et 5 Continents.
Photo : 5 Continents
Tout un personnage
Pour rédiger l'ouvrage, Pierre B. Landry s’est lancé dans un travail de vérification des nombreuses anecdotes qui ont été racontées au sujet de Riopelle au fil du temps. Riopelle était un peu particulier, explique-t-il. S’il n’aimait pas la personne qui l’interviewait, il lui répondait des choses qu’elle avait envie d’entendre, mais qui n’étaient pas toujours tout à fait vraies.
Une de ses fiertés était de laisser croire à un journaliste un truc hors norme, qui n’avait pas de bon sens, et que le journaliste publie
, ajoute John R. Porter.
Ainsi, pressé de parler de son art par un critique d’art du journal Le Monde qui a traversé l’Atlantique pour le rencontrer à son atelier du lac Masson, Riopelle s’est mis à lui parler de… voitures. Il lui a raconté qu’il avait failli délaisser l’art pour la mécanique automobile, qu’il avait participé à une course de voitures… Pourtant, ces aventures automobiles n'étaient pas celles de Riopelle, mais celles de son ami, le peintre italien Paolo Vallorz.
Dans toutes ces anecdotes qu’on pourrait dire fausses, il y avait une vérité, mais pas tout à fait celle qu’on croyait. Il s’agissait simplement de réajuster un peu
, indique Pierre B. Landry.
Jean Paul Riopelle a aussi pris des libertés avec le récit de plusieurs éléments de sa vie : de ses origines pas si modestes ou encore de ses débuts en dessin à un âge moins précoce que ce qu’il a pu dire.
Riopelle avait un côté théâtral, il aimait parfois se jouer des gens et s’inventer des histoires, souligne John R. Porter. Il pouvait vous raconter qu’il avait été un pilote durant la Seconde Guerre mondiale même s’il avait simplement suivi quelques cours dans un groupe de réserve de l’aviation canadienne.
Un être extrêmement sensible
Pour s’approcher le plus possible de la vérité, Pierre B. Landry est remonté aux sources, notamment grâce aux documents de la Fondation Jean Paul Riopelle, au Fonds d’archives d’Yseult Riopelle et aux entrevues menées avec cette dernière, qui est la fille du peintre et sculpteur. Ma relation avec elle a été extraordinaire, elle a été généreuse
, dit-il.
Dans Jean Paul Riopelle en mouvement (1923-2002), l’auteur a tenu à ne pas laisser la vie privée du peintre, dont on a célébré le 100e anniversaire en 2023, écraser ses autres facettes.
Dans cette période d’anniversaire, on a beaucoup mis en valeur les relations intimes de Riopelle avec Joan Mitchell, explique-t-il. J’ai essayé de ramener cette relation à un niveau plus comparable aux autres relations importantes de sa vie, dont celle avec sa première épouse Françoise Lespérance.
Le gars aimait faire de l'esbroufe, mais c’était un être extrêmement sensible
, souligne John R. Porter, qui se souvient de l’avoir vu pleurer en passant devant son œuvre L’hommage à Rosa Luxemburg, exposée au MNBAQ. L'an prochain, ce musée ouvrira l’Espace Riopelle, un pavillon qui sera consacré à l'œuvre du peintre québécois.

« L’hommage à Rosa Luxemburg » a été réalisé par Jean Paul Riopelle en 1992.
Photo : Autre banques d'images / Bruno Boutin
Pour celui qui a été directeur général de cette institution muséale de Québec pendant une quinzaine d’années, Riopelle reste bien vivant, même s’il nous a quittés en 2002.
On ne dira jamais assez le respect qu’il avait pour les Autochtones, pour les paysages du Grand Nord. Il avait une sensibilité écologique, met-il de l’avant. Riopelle est toujours actuel, et c’est ce qui est formidable.
De l’importance de vivre pleinement sa vie
En plus de souligner à quel point Riopelle a été un artiste imaginatif et un homme étonnant, Jean Paul Riopelle en mouvement (1923-2002) contient aussi des leçons de vie, selon Pierre B. Landry.
C’est un homme qui a vécu intensément toute sa vie, aimant la vitesse, le plaisir, la bonne chère, les femmes évidemment.
Il faut regarder ce qu’un homme comme ça a fait pour comprendre à quel point, nous tous, on doit vivre aussi intensément et profondément, confie-t-il. C’est curieux, mais c’est ce qui me reste le plus comme message.
Avec les informations de Rose St-Pierre
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