La nouvelle loi sur les travailleurs étrangers de l’Î.-P.-É. aurait des angles morts
Trois ans après son adoption, une loi destinée à mieux protéger les travailleurs étrangers à l’Île-du-Prince-Édouard va finalement entrer en vigueur dans deux semaines, mais des observateurs craignent qu’elle soit inefficace pour lutter contre les pires abus dont ces migrants sont victimes. Selon le gouvernement provincial, la Loi sur la protection des travailleurs étrangers temporaires Elle a été adoptée au printemps 2022, mais ce n’est que le 1er avril prochain que sa première phase sera mise en oeuvre. Elle obligera notamment les personnes qui recrutent des travailleuses et travailleurs étrangers à détenir un permis. Son obtention est assujettie à certains critères et un dépôt de garantie de 10 000 $ sera exigé. Selon Joe Byrne, président de l’Institut Cooper, à Charlottetown, la loi offrira en effet des protections supplémentaires à cette catégorie de travailleurs, mais ne s’attaque pas au problème central, qui demanderait une intervention du gouvernement fédéral. Le programme des travailleurs étrangers temporaires du gouvernement canadien délivre des permis de travail qui sont liés à un employeur donné. Les migrants ne sont donc pas libres de quitter un emploi où ils sont mal traités pour se faire embaucher par un concurrent. Couramment appelés Selon un rapport du Sénat en 2024, 70 % des travailleurs étrangers temporaires au Canada ont dit avoir subi de la violence psychologique, 30 % de la violence physique et 10 % une agression sexuelle. (Photo d'archives) Photo : Reuters / Gus Ruelas Les permis fermés qui lient un travailleur étranger à un employeur unique créent un environnement qui rend ces travailleurs plus susceptibles de subir des abus et de mauvais traitements, soutient Joe Byrne. Le Sénat du Canada a d’ailleurs conclu la même chose dans un rapport le printemps dernier. Les sénateurs recommandaient l’abolition des permis de travail fermés. De nombreux cas de harcèlement et de violences sexuelles envers les travailleurs étrangers ont été documentés. Joe Byrne est le président de l'Institut Cooper et coordonnateur du Centre des ressources pour les travailleurs étrangers temporaires. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Marika Bellavance Dans les 10 dernières années, le nombre de travailleurs étrangers temporaires a presque quadruplé à l’Île-du-Prince-Édouard. On estime qu’ils représentent environ 40 % de la main-d'œuvre dans l’important secteur agricole de la province. On les retrouve aussi dans l’industrie du camionnage et de la transformation des produits de la pêche. En 2024, ce sont 1500 travailleurs étrangers temporaires qui ont atterri à l’île, comparativement à 400 en 2015. Des protections accrues pour ces travailleurs auraient dû être mises en place bien avant, puisque la dépendance de la province à cette main-d'œuvre a augmenté d’année en année, affirme Joe Byrne. À deux semaines de l’entrée en vigueur de la loi, Joe Byrne espère que ses inquiétudes quant à l’application des nouvelles règles seront apaisées. D’après le reportage de Thinh Nguyen (CBC)viendra renforcer leurs droits et leur assurer un traitement équitable en milieu de travail
.L'enjeu : les permis de travail fermés
permis de travail fermés
, ils sont critiqués par des défenseurs des droits des travailleurs et des migrants depuis nombre d’années.
Les gens ont peur de les dénoncer, parce que s’ils le font, ils risquent de perdre leur emploi. S’ils perdent leur emploi, ils perdent aussi leur voie vers la résidence permanente, et tout le reste. C’est la fin de leurs rêves
, dénonce Joe Byrne.
Je ne crois pas que la loi [provinciale] soit conçue pour même commencer à aborder le problème, parce qu’il est structurel
, ajoute-t-il.La loi sera-t-elle respectée?
Pourquoi a-t-il fallu aussi longtemps, si c’était censé être une priorité?
, demande-t-il. Lorsque le gouvernement décide que quelque chose est prioritaire, il est pourtant capable de procéder efficacement et rapidement.
Les règles ne comptent pas, à moins d’avoir les ressources pour les faire respecter
, prévient-il.
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