Dix-huit travailleurs mis à pied à Damabois de Cap-Chat
Damabois justifie sa décision par les impacts des mesures de protection du caribou sur son accès à l’approvisionnement forestier ainsi que par l’absence de compensation de la part de Québec. L’entreprise indique qu’elle ne commentera pas cette décision, qu’elle a fait connaître par voie de communiqué. Les 18 personnes, qui travaillaient à l’usine de Cap-Chat, ont été informées de la situation au cours des derniers jours. Elles seront sans emploi pour une durée indéterminée. Cette fermeture entraînera aussi la perte d’emplois indirects liés notamment au transport du bois et à l’aménagement forestier. Lors de l’annonce, l’entreprise a interpellé la ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Maïté Blanchette Vézina, ainsi que le premier ministre, François Legault, sur la survie du secteur forestier de la Gaspésie. Un caribou montagnard au mont Albert, dans le parc national de la Gaspésie. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / William Bastille-Denis Damabois demande une révision en profondeur des mesures de protection du caribou et des compensations qui assureront la viabilité des entreprises touchées. Interpellé, le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, Guy Bernatchez, est consterné. Il se dit attristé pour les travailleurs et leurs familles. Depuis la mise en place de mesures intérimaires pour protéger le caribou en 2019, Damabois ne peut plus s’approvisionner à proximité de l’usine. L’annonce en 2024 de nouvelles mesures dans le cadre du projet pilote sur la protection du cheptel gaspésien est venue complexifier un peu plus les activités forestières. Avec ce projet de créer une zone d’habitation en restauration (ZHR), une superficie de plus de 5000 kilomètres carrés n’est plus disponible pour l’industrie forestière de la Haute-Gaspésie, qui a déjà sonné l’alarme à plusieurs reprises sur le sujet. Le maire ajoute qu'il est interdit dans la ZHR de planter des arbres ou de les récolter, même les arbres tombés lors d'un chablis survenu en décembre 2023. M. Soucy rapporte que des démarches ont été entreprises dans la dernière année avec l’appui des maires et de la MRC auprès du gouvernement. Dix-huit personnes perdent leur emploi. Elles en ont été avisées au cours des derniers jours. Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes Au cours des dernières années, l’entreprise de Cap-Chat a effectivement dû se rendre dans l’est de L’Anse-Pleureuse pour récolter le bois, explique le préfet de la MRC de la Haute-Gaspésie, bien au fait du dossier. Guy Bernatchez avance que l’entreprise a dû débourser 10 M$ supplémentaires pour s’approvisionner en bois. Damabois confirme que depuis mai 2023, aucune récolte n’a été effectuée dans 90 % de son parterre traditionnel de coupe. Le préfet de la Haute-Gaspésie se dit catastrophé par la décision de Damabois. Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes Le préfet redoute que d’autres entreprises en aménagement forestier, en récréotourisme ou dans le secteur éolien soient dans le même cas que Damabois et ne puissent plus poursuivre leurs activités. On ne demande pas la charité, on veut avoir accès à notre territoire, point final. Le préfet a souvent fait valoir que le territoire de protection du caribou dans le parc de la Gaspésie avec l’ajout d’un territoire autour du parc ne soulevait pas de problème, mais que l’extension de ce territoire jusqu’aux rives du fleuve Des investissements de 30 M$ ont récemment été réalisés dans l’usine de Cap-Chat. Maïté Blanchette Vézina, ministre des Ressources naturelles et des Forêts et ministre responsable de la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine admet que les mesures intérimaires ont eu des impacts sur la récolte forestière de certaines entreprises dont Damabois. Elle se dit consciente que le territoire de coupe de l'entreprise a été déplacé. Des solutions sont en discussion, dit-elle. J'ai du mal à comprendre que la ministre des forêts n'est pas en mesure d'autoriser des coupes de bois dans la province de Québec. La ministre ajoute qu’en raison des tarifs douaniers imposés par les États-Unis, le contexte économique est aussi difficile. Elle assure par contre être en contact avec le ministre Charette afin qu'il assure un équilibre entre protection du caribou et protection de l’économie lorsque son plan sera déposé. Le maire de Cap-Chat estime qu'il s'agit d'une bien mauvaise nouvelle pour la ville et la région. Photo : Radio-Canada / Jean-François Deschênes Marcel Soucy invite le ministre de l’Environnement à venir rencontrer les Gaspésiens. Le maire rappelle que la Haute-Gaspésie, la MRC parmi les plus dévitalisées au Québec, réclame depuis des années un statut particulier. Des compensations ont aussi été demandées dans le dossier du caribou. La ministre Maïté Blanchette Vézina n’a pas été en mesure de préciser quand sera déposée la stratégie de protection du caribou montagnard de la Gaspésie, mais a indiqué que cette question devait être posée à son collègue de l’Environnement, Benoit Charette. Des rencontres ont eu lieu dans les derniers jours avec l’entreprise et le ministère des Ressources naturelles et des pistes de solutions sont déjà envisagées. Avec la collaboration de Jean-François Deschênes
Le conseil des maires a lancé de nombreux signaux d’alarme dans les derniers mois, les dernières années. On est en représentation politique continue. On voit qu’on n’a pas eu d’écoute du gouvernement. C’est un événement concret qui arrive là qui est catastrophique pour notre MRC.
Même si ceci n'est qu'un projet, on applique les règles comme si c'était en fonction
, commente le maire de Cap-Chat, Marcel Soucy. Des solutions proposées
Si ces arbres ne sont pas récoltés, ils seront perdus cet été. Ce que Damabois voulait faire, c'était récolter cette forêt-là pour réussir à poursuivre, à continuer nos activités.
Les actions ne viennent pas
, constate le maire. On a parlé cette semaine avec des fonctionnaires à la table des maires et les fonctionnaires nous avouent que le message est passé au ministre concerné et que malgré tout ça, il n'y a pas d'action qui sont prises.

Le rôle du gouvernement du Québec devrait être de trouver un équilibre entre la protection du caribou et le développement des communautés. Malheureusement, les mesures de protection en vigueur, par leur caractère déraisonnable, sont en train de tuer toute possibilité de développement pour la Haute-Gaspésie
, a commenté par écrit le président de Damabois, Martin Lavoie. Craintes pour d'autres entreprises

Au-delà de compensation, laissez-nous faire de l’économie sur notre territoire. Ce n’est pas de l’argent qu’on veut, on veut avoir une liberté d’action sur notre territoire.
mettait la région sous cloche de verre
. C’est sûr et certain qu’ils veulent que ça roule. Tout ce qu’ils veulent c’est du bois
, lance Guy Bernatchez.Réponse de la ministre
On est bien sûr en contact avec l'entreprise pour que des solutions puissent être envisagées en termes de récupération de bois à une plus grande proximité.

Il a juste à regarder sur la carte du Québec, il va nous trouver. Puis qu’il prenne le temps d'entendre les gens d'ici. On est en train de perdre des millions de dollars. Et si ça continue, c'est la fermeture des villages, point final.
Ça fait des années qu'on demande ça et quand on en parle au ministre, elle dit oui, on s'en occupe, on parle aux députés, on s'aperçoit qu'il n’y a rien qui a été fait là-dessus. Alors c'est le temps, ça presse. C'est minuit moins cinq comme on dit.
Nous sommes de tout cœur avec les employés qui perdent aujourd’hui leur emploi
, écrit dans un courriel le ministère de l'Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Nous sommes conscients que ce n’est pas une situation facile.
Nous voulons rappeler que l’équilibre entre la protection du caribou et l’économie est important
, ajoute le courriel. D’ailleurs, il n’y a aucune baisse de possibilité forestière dans ce secteur présentement.
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