L’entrée principale de la bibliothèque Haskell graduellement refusée aux Canadiens
Une tradition centenaire s'apprête à prendre fin : les autorités américaines vont graduellement empêcher les Canadiens d'emprunter l'entrée principale de la bibliothèque et de la salle d'opéra Haskell. À partir de lundi, seuls les employés et les abonnés à la bibliothèque qui présenteront leur carte de membre pourront entrer dans le bâtiment par cette entrée. L’accès leur sera ensuite refusé dans quelques mois, en octobre. L’entrée principale de l'édifice centenaire se trouve à Derby Line, au Vermont, mais une partie de l’édifice se trouve également à Stanstead. Les résidents de cette municipalité estrienne pouvaient s’y rendre sans problème, sans passer par un poste frontalier américain, depuis des années. Le lieu était un symbole fort de coopération transfrontalière entre le Canada et les États-Unis. Mais Washington, en contexte de guerre commerciale et de refroidissement des relations avec Ottawa, en a décidé autrement. La bibliothèque et la salle d'opéra Haskell Photo : (Don Emmert/AFP/Getty Images) Les gestionnaires de la bibliothèque ont toutefois une solution : les Canadiens qui ne sont pas abonnés à la bibliothèque pourront emprunter dès lundi une sortie de secours se trouvant sur le mur est de la bibliothèque, du côté canadien. Autrement, pour emprunter l'entrée principale, les citoyens auraient été contraints de passer par un poste douanier américain. Les gestionnaires de l’établissement comptent l’aménager dans les mois à venir. Un trottoir, un stationnement et une entrée devront être construits. Les travaux sont estimés à plus de 100 000 $. La bibliothèque lance une campagne de sociofinancement en ligne pour récolter les fonds nécessaires. « Ça va permettre à tout le monde d'accéder à la bibliothèque et aussi à la salle d'opéra. À l'intérieur, il y a un escalier », a expliqué en point de presse la présidente du conseil d’administration, Sylvie Boudreau. Pour elle, il n'était pas question de laisser tomber la bibliothèque. « Ce n'est pas une chaîne, une barrière, la fermeture de notre accès de plus de 100 ans qui va nous empêcher de continuer la mission de Haskell, soit d'unir et de rassembler nos communautés, nos familles et nos amis des deux côtés de la frontière », a-t-elle lancé, la voix brisée par l'émotion. Dans l'établissement, la frontière est indiquée par une ligne noire tracée sur le plancher. Cette marque attire beaucoup de touristes curieux de se tenir debout, à cheval entre deux pays. Sylvie Boudreau soutient que les Canadiens, une fois à l'intérieur de la bibliothèque, pourront circuler librement d'un côté ou de l'autre. Vendredi après-midi, un grand nombre de citoyens et de médias américains et canadiens ont assisté à la conférence de presse qui visait à faire le point sur la situation. Le maire de Stanstead, Jody Stone, a dénoncé cette décision unilatérale des États-Unis. « Je veux commencer par dire que nous aimons nos voisins. Peu importe ce que fait cette administration, ça ne va pas changer le fait que Stanstead et Derby Line sont des partenaires et des amis pour toujours », a-t-il indiqué, soulevant des applaudissements. Le point de presse a attiré beaucoup de monde vendredi après-midi. Le maire de Stanstead, Jody Stone, a raconté comment il a passé son enfance entre le Canada et les États-Unis. Photo : Radio-Canada / Bertrand Galipeau « L'annonce d'aujourd'hui n'a pas de sens selon moi, a ajouté l'élu. Ça fait plus de 100 ans qu'il y a une entente non écrite qui permet aux Canadiens d'avoir accès à la bibliothèque par ce trottoir. C'est une façon de faire qui fonctionnait. Très peu de problèmes ont été soulevés par cette façon de faire, qui atteste de la coopération et de l'amitié de nos deux pays. » La députée libérale de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau, qui ne se présentera pas aux prochaines élections, a aussi pris le micro pour soulever l'absurdité de la situation. Elle affirme que son gouvernement a la volonté d'offrir son soutien à la bibliothèque, une institution dans sa circonscription. La députée sortante de Compton-Stanstead, Marie-Claude Bibeau Photo : Radio-Canada / Bertrand Galipeau « Je peux vous assurer qu'on a déjà commencé à regarder de quelle façon on pourrait soutenir la bibliothèque et l'opéra. Je peux vous assurer que ma successeur, Marianne Dandurand, commence déjà à travailler sur le dossier. » Les résidents de Stanstead déplorent aussi les nouvelles exigences américaines, comme Josée Dumesnil, qui traîne sa carte de membre depuis 20 ans. « C’est très très tragique. [...] Tout le monde entre par là, on n’a jamais eu de problèmes. Avec le nouveau gouvernement, tout a changé. »
La consternation


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