Occupé et heureux avec le Rocket, Cayden Primeau ne pense pas au Canadien
Laval - Il y a trois certitudes dans la vie : la mort, les impôts et les discussions entourant l’utilisation des gardiens de but. Sous-jacente à ces questions, il y a aussi celle à savoir quel gardien peut le mieux servir le Canadien quand Montembeault a besoin d’un répit. Jakub Dobes disputera l’un des deux prochains matchs, que ce soit celui de jeudi à Philadelphie ou celui de vendredi en Caroline. Il s’agira d’un départ important pour lui. Après avoir amorcé neuf des 22 premiers matchs du Canadien qui ont suivi son rappel, le jeune gardien tchèque a vu son utilisation réduite de façon significative depuis la Confrontation des 4 nations, n’ayant entamé que trois des 14 derniers matchs du CH. La vitesse de la LNH semble l’avoir quelque peu rattrapé et ce prochain départ pourrait l’aider à réaffirmer sa place comme second à Montembeault. Tel est l’ingrat mais incontournable défi d’un gardien auxiliaire, celui d’être capable d’afficher le niveau nécessaire même dans les périodes où il ne joue pas suffisamment pour pleinement garder son rythme. Ce qui nous amène à Cayden Primeau, que nous sommes allés rencontrer à Laval. Au moment d’être soumis au ballottage et d’être cédé à la Ligue américaine, à la fin décembre, Primeau connaissait la pire saison dans l’histoire du Canadien en termes de taux d’efficacité (,836) parmi tous les gardiens ayant participé à au moins 10 matchs. Il avait vu Montembeault amorcer 10 rencontres de suite avant qu’on ne l’avise, la veille de Noël, qu’il allait passer par le ballottage avant de rejoindre le Rocket. Or, Primeau ne croit pas qu’il s’agissait d’une question de confiance. Aujourd’hui, Primeau a retrouvé tout son aplomb devant le filet et parle de son parcours avec une assurance et une maturité qui illustre les embûches qu’il a traversées. Ainsi, s’il veut faire référence à un moment où il avait perdu confiance, Primeau retourne plutôt à l’hiver 2022 quand le Canadien était en pleine débandade et qu’il ressemblait à un agneau sacrifié chaque fois qu’il était envoyé devant le filet. Au début de cette année, ayant peur de faire des erreurs, je ne savais pas quand j'allais jouer mon prochain match. Ça n’avait jamais été quelque chose que je regardais, car j’ai tendance à me concentrer sur le présent. Là non plus je n'étais pas dans un très bon état d'esprit, mais je pense que c'était 100 % différent. Primeau a toujours rêvé à la LNH, mais il n’a jamais été pressé d’y arriver au plus vite. Du moins, pas au prix de court-circuiter le processus. Cet hiver 2022 a longtemps laissé des traces car il n’était pas tout à fait prêt à faire face à ce qui l’attendait. Primeau peut désormais en parler avec détachement parce qu’il est heureux à Laval et qu’il se sent de nouveau bien en selle. Plusieurs fois durant la conversation il répétera qu’il savoure de pouvoir jouer sur une base régulière. Et même s’il ne refuserait jamais la chance d’aller jouer pour le Canadien, le fait de voir beaucoup d’action avec le Rocket l’a permis de se recentrer et d’amener son jeu à un nouveau niveau. On est loin du jeune homme qui rongeait son frein l'an dernier au milieu d'un ménage à trois gardiens. Mais c’est surtout en dehors de la glace, mentalement, où je suis une personne complètement différente. Je me sens bien et je suis heureux. Primeau n'est pas allé jusqu'à faire un Max Pacioretty de lui-même, qui jadis avait lancé un cri du cœur en disant qu'il préférait jouer beaucoup avec le club-école du Canadien que très peu à Montréal. Mais on sent que c'est la régularité de son utilisation qui a remis Primeau dans de bonnes dispositions. À son arrivée à Laval, Primeau avait délogé Charlie Lindgren, un gardien de six ans son aîné qui, par sa persistance et son éclosion plus tardive dans la LNH, est devenu une source d’inspiration pour lui. Lindgren a toujours eu cette qualité d’être un coéquipier exemplaire pour qui les autres voulaient jouer. Or, l'une des choses qui a frappé le Rocket à la suite du renvoi de Primeau dans la Ligue américaine, c’est justement à quel point son attitude a été irréprochable et qu’elle incite ses coéquipiers à vouloir jouer pour lui. Il ne pointe jamais personne du doigt, il est positif, il est le fun dans le vestiaire et les gars l'adorent. Il est silencieux, il est super humble, le sourire dans le visage, il demande zéro entretien, il participe aux activités du Rocket à l’extérieur de la glace… C’est un jeune homme vraiment impressionnant comme être humain. Le vétéran défenseur Tyler Wotherspoon a joué presque 700 matchs dans la Ligue américaine et il a été le coéquipier de gardiens tels que Jordan Binnington, Ville Husso et Alex Lyon, qui ont tous dû patienter avant d’obtenir leur chance dans la LNH. Le chemin que veut défricher Primeau lui est familier. Primeau a connu sa part d'ennuis avec le Canadien en première moitié de saison, entre autres lors d'une dégelée face au Kraken de Seattle. Photo : The Canadian Press / Christinne Muschi En 19 matchs avec le Rocket cette saison, Primeau a compilé un dossier de 16-2-1 en plus d'afficher un taux d'efficacité de ,916. Il n'a accordé que six buts à ses cinq derniers départs. Primeau a eu plusieurs conversations avec son entraîneur des gardiens, Marco Marciano, par rapport aux leçons qu’il devait tirer de ses dernières expériences à Montréal et de ce qu’il fera différemment la prochaine fois qu’il sera rappelé. Marciano a beaucoup travaillé avec lui pour faire en sorte qu’une erreur durant un match soit non seulement oubliée mentalement, mais qu’elle soit aussi corrigée techniquement. Un peu comme un golfeur qui doit éviter de traîner une petite défaillance technique durant toute une ronde et qui doit veiller à retrouver ses marques dès le trou suivant. Le Rocket de Laval est premier au classement général de la Ligue américaine et les joueurs se sont donnés comme objectif de terminer le calendrier régulier au sommet. Primeau s’amuse, il apprend et il gagne. Si le Canadien décidait de procéder à un changement de gardien no 2 et de le ramener à Montréal, il pourrait bénéficier du fait que Primeau joue beaucoup plus que ne l’a fait Dobes dans les dernières semaines. Toutefois, s’il s’agissait d’un rappel pour mieux l’asseoir au bout du banc, Primeau n’en sortirait pas gagnant. Attendons voir. Le principal intéressé a eu sa leçon et il n’est pas question pour lui de se projeter dans l’avenir.Le Canadien doit-il reposer davantage Samuel Montembeault?
Jusqu’à quel point faut-il se tourner vers son gardien no 1 dans les périodes les plus cruciales?
Il faut qu’il aille retrouver sa confiance
, avait invoqué Martin St-Louis, le 27 décembre, au moment d’expliquer le changement de gardien.Je pense que j'avais peur de faire des erreurs, ce qui n’est pas la même chose
, a nuancé le gardien de 25 ans.Je ne voulais vraiment pas me faire tomber dessus parce que j'avais peur de ne pas réussir à faire un arrêt, a confié Primeau. Ce n'est pas une bonne chose en tant que gardien de but. J'étais dans un état d'esprit terrible, et on pouvait voir que je n'avais pas confiance en moi.
J’aurais aimé qu’on me laisse tranquille et qu’on laisse les choses évoluer par elles-mêmes au lieu de les précipiter.
Sur la glace je me sens vraiment bien, je me sens fort, j'ai l'impression de bien lire les jeux, explique-t-il. J'arrive à me placer tôt pour les lancers, ce qui aide, et je me sens un peu mieux sur le plan technique.
Ça fait du bien de jouer. Tout le monde veut jouer. Ils ont un bon groupe en haut, et c'est sûr que je veux être dans la LNH, mais je suis très heureux là où je suis.
Une attitude irréprochable
Chacun suit sa propre route, a dit Wotherspoon. Ce qui compte, c'est ce que tu peux faire pour t’aider en vue du moment où l'occasion va se présenter. J'ai vu des gars traverser des moments difficiles, mais se battre et travailler dur, se mettre au défi tous les jours en travaillant sur leur jeu, et quand ils ont eu cette opportunité, ils en ont profité.
Cayden est un très bon gardien, il est prêt à passer à l'étape suivante, mais je pense que pour l'instant, il s'agit simplement d'acquérir de la confiance, de continuer à travailler sur son jeu pour que lorsque la prochaine opportunité se présente, ça ne paraisse pas comme un grand saut pour lui et que ce soit juste « bang, je suis là et je suis prêt à être là.

Comme un golfeur
Au début de l'année, je regardais un peu plus loin que le présent, et ce n'est pas une situation à laquelle j'étais habitué ou dans laquelle je me sentais à l'aise, a raconté Primeau. Je ne sais pas d'où ça sortait, mais je ne veux pas retourner là. J'essaie donc de rester dans le présent et de jouer autant de matchs que possible.
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