Une décennie après Énergie Est, le Bas-Saint-Laurent veut-il d’un pipeline?
La Côte-du-Sud se caractérise par ses maisons patrimoniales, sa vue imprenable sur le fleuve Saint-Laurent, ses formations rocheuses que l’on nomme des « cabourons » et, surtout, des kilomètres de forêt à perte de vue. C’est au Verger de l'Évolution, situé dans l’arrière-pays de Sainte-Louise, que Simon Côté nous accueille. Au lieu d'un pipeline, des vivaces plantées par des élèves d'écoles avoisinantes sortent de la terre encore couvertes de neige. C'est que la Coop Arbre-Évolution accueille chaque année des centaines d'enfants lors d'ateliers scolaires pour Bref, un lieu hautement symbolique pour Simon Côté, bien fier de ce que son organisme a accompli. Simon Côté a milité pendant plusieurs années contre le projet d'oléoduc Énergie Est. Aujourd'hui, il est coordonnateur général d'un organisme qui veut sensibiliser la population à l'importance de la protection de la flore. Photo : Radio-Canada / Édouard Beaudoin S'ils ressuscitaient le projet et maintenaient la dernière version du tracé, ça impliquerait de détruire tout ce que les jeunes ont fait depuis des années. Encore aujourd'hui, son opinion sur la possibilité d'une autoroute de l'essence dans la région n'a pas changé. Sauf que le contexte politique et économique du pays a fortement changé en à peine quelques mois. Dans sa mouture initiale, le projet Énergie Est devait s'étendre sur plus de 4000 kilomètres. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Jason Franson Devant un voisin du Sud qui devient de moins en moins prévisible et amical, des premiers ministres provinciaux ont soulevé l'hypothèse d'une possible relance du projet de pipeline, censé transporter plus d'un million de barils de pétrole chaque jour. L'idée a été reprise par le chef conservateur Pierre Poilievre, qui a souligné la nécessité de transporter l'énergie canadienne vers les provinces de l'Atlantique. Pour sa part, le chef libéral Mark Carney a évoqué la création d'un « corridor énergétique » à travers le Canada. Le Québec aurait toutefois un droit de veto sur tout projet d'oléoduc, toujours selon la promesse libérale. Carte du tracé projeté de l'oléoduc Énergie Est de TransCanada. Il devait notamment traverser les terres du Kamouraska et du Témiscouata. Photo : Fournie par la Régie de l'énergie du Canada Abandonné en 2017, le projet porté par TransCanada prévoyait entre autres la construction d'un nouvel oléoduc de l'Est de l'Ontario jusqu'au port de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick. L'objectif était d'exporter le pétrole de l'Ouest canadien vers d'autres marchés, comme en Europe. Au moment où Il y a véritablement un changement de paradigme. [...] [Donald Trump] va être là pendant quatre ans. Il est extrêmement imprévisible, alors on se doit de prendre des décisions qui vont favoriser le développement économique du Canada et de nos ressources. À ses yeux, les technologies dans le domaine ont grandement évolué depuis qu'Énergie Est a été relégué aux oubliettes. Et les communautés locales qui accueilleraient un tel pipeline pourraient toucher des redevances, laisse-t-il entendre, au même titre que pour les projets éoliens pilotés par l'Alliance de l'énergie de l'Est. Bernard Généreux veut se faire réélire pour un cinquième mandat avec les conservateurs. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Émie Bélanger Le tuyau pétrolier pourrait même être construit, avance M. Généreux, dans le même corridor qui sera défriché pour y aménager la nouvelle ligne de transport d'électricité d'Hydro-Québec dans la région. Donner une seconde vie au projet d'oléoduc serait une erreur, selon la candidate bloquiste de l'endroit. Pour sa part, le libéral Rémi Massé considère la notion de corridor d'énergétique comme une Dans la première version du tracé d'Énergie Est, le pétrole de l'Ouest devait bifurquer à Cacouna, où le promoteur souhaitait aménager un port pétrolier. L'or noir aurait ensuite été acheminé par des navires longs de plus de 200 mètres vers d'autres marchés. Le scénario s'est toutefois heurté à une forte résistance locale, qui a aussi résonné aux quatre coins du Québec. Plusieurs s'inquiétaient de l'impact du projet de port pétrolier, qui devait être construit directement dans l'habitat essentiel du béluga. Après que le mammifère marin eut été désigné comme une espèce Dix ans plus tard, la résurrection d'un projet de pipeline – et d'un port pétrolier – est reçue avec une bonne dose de scepticisme dans la municipalité membre de l'Association des plus beaux villages du Québec. Ça a été enterré parce qu'il n'y a pas eu d'acceptabilité sociale. Et, selon moi, c'est encore enterré. De toute façon, poursuit-elle, le port de Gros-Cacouna sera déjà amplement sollicité dans les prochaines années. En plus d'avoir une vocation industrielle, il accueillera le traversier entre le Bas-Saint-Laurent et Saint-Siméon dès 2028. Initialement, le port pétrolier devait être aménagé dans le secteur est du port de Gros-Cacouna. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Fabienne Tercaefs Si le volet du port pétrolier a connu une vive opposition à l'époque, la résistance était moindre pour ce qui est du reste du pipeline qui devait traverser le Kamouraska et le Témiscouata, analyse pour sa part le candidat conservateur Bernard Généreux. Une nuance que ne partage pas Simon Côté, qui entend bien se battre contre une nouvelle mouture du projet d'oléoduc. Le bâtiment construit sur le Verger de l'Évolution accueille chaque année plus de 500 élèves de la région. Photo : Radio-Canada / Édouard Beaudoin Mais encore faudra-t-il qu'un promoteur lève la main pour construire et assembler ces milliers de kilomètres de tuyaux à travers le Canada. Jusqu'ici, c'est loin d'être acquis, selon des experts et économistes qui doutent de la rentabilité d'un tel projet à court terme. Et si un tel projet se mettait en branle, que ce soit à une ou deux évaluations environnementales, il nécessitera des années de préparation... et de discussions avec les gens de l'endroit.On se trouve exactement là où aurait passé la dernière version du tracé de l'oléoduc Énergie Est
, nous montre ce militant de la première heure contre le projet dans la région. former les écocitoyens de demain
. 
C'est un projet qui allait traverser, voire cicatriser l'ensemble du Québec et une quantité innombrable de cours d'eau, en plus de nous accrocher à une des énergies les plus sales au monde pour des décennies
, croit celui qui a été porte-parole du collectif Stop-Oléoduc Kamouraska.Si c'était anachronique en 2013 et 2014, ça l'est dix fois plus en ce moment!
Rouvrir les vannes?


l'on ne peut plus se fier à notre voisin
, le député conservateur sortant, Bernard Généreux, croit que le Canada devrait donner une nouvelle chance à l'initiative. La réflexion qui se fait au Canada depuis trois, quatre mois, c'est un virage à 180 degrés par rapport à ce qu'on vivait à l'époque
, martèle celui qui se représentera dans Côte-du-Sud–Rivière-du-Loup–Kataskomiq–Témiscouata.
Pour éviter de faire trois, quatre corridors un à côté de l'autre, est-ce qu'il y aurait matière à réflexion pour voir s'il y a une possibilité de passer tout à la même place?
, demande-t-il.C'est simple : c'est non
, affirme Diane Sénécal, qui dit préférer que le pays se concentre sur la transition énergétique.avenue intéressante
. Il faut être capable de pouvoir faire circuler notre énergie d'est en ouest. Et encore une fois, on verra les détails lorsqu'ils nous seront présentés.
Peu d'appétit à Cacouna
en voie de disparition
, TransCanada a écarté le port de Gros-Cacouna comme emplacement pour son terminal maritime pétrolier en 2015. Selon nous, le projet d'oléoduc est un projet du passé
, dit sans détour la mairesse Suzanne Rhéaume.
Non, pas un gros appétit
, laisse tomber un couple déambulant dans les rues tranquilles de Cacouna, lorsqu'interrogé sur une possible résurrection du projet. On est vraiment dans une autre situation, alors oui, je suis en faveur
, dit un passant venu chercher son courrier au bureau de poste.On a érigé une école, un verger agroécologique à vocation scolaire. [...] On a décidé de créer un lieu où est-ce qu'il y allait avoir de l'espoir.

Vous pouvez être certain qu'un pipeline de cette envergure-là ne figure pas du tout dans les objectifs de la transition énergétique, et qu'on sera des milliers et des milliers à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour ne pas que ce projet arrive
, avertit le militant.
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