À Portland, Mimi Alidou peut trouver le parfait bonheur avec son club et son pays
Pendant sept ans et demi à jouer en Europe, Marie-Yasmine Alidou est rentrée voir sa famille au Canada bien plus souvent que ses proches ont fait l’inverse. Cela est parfaitement normal, comprenons-nous bien. Maintenant qu’elle s’est jointe aux Thorns de Portland, dans le championnat des États-Unis, elle se réjouit de penser qu’on lui rendra la pareille lorsque son équipe ira jouer sur la côte est. Imaginez si elle avait signé en Super Ligue du Nord (SLN). Elle a eu la même réflexion que bien des joueuses. On connaît le niveau des championnats établis comme celui aux États-Unis. On ne pourra évaluer que dans quelques semaines celui de la SLN. Le moment viendra peut-être où Mimi Alidou sera dévoilée comme nouvelle embauche des Roses, du Rise ou des Tides. Ses qualités et sa personnalité en feraient une recrue de choix pour n’importe quel club canadien. Elle ne sera pour l’instant que simple téléspectatrice depuis l’Oregon. Elle qui éprouvait toutes les difficultés du monde à convaincre Bev Priestman de lui donner son occasion en équipe nationale pendant qu’elle explosait tout avec Benfica, au Portugal, avait commencé à voir ces deux variables prendre des trajectoires tout à fait différentes. Et c’est un peu ce qui explique son transfert vers Portland. Ces derniers temps, avec le changement de garde au sein de la sélection, Alidou y connaît ses meilleurs moments. Incapable de se mettre en valeur sous Priestman, qui l’a convoquée neuf fois pour ne la faire jouer qu’un seul match, elle a tiré le maximum de ses quelques rencontres sous la direction d’Andy Spence, en poste par intérim, puis de Casey Stoney : cinq buts en six matchs. À l’inverse, sa carrière à Benfica avait un peu de plomb dans l’aile. Alidou jouait en effet sept minutes de moins par match, en 2024-2025, par rapport à la saison précédente. Sa production a aussi diminué. Après avoir tourné à un rythme supérieur à un but tous les deux matchs, Alidou en inscrivait un toutes les cinq rencontres cette saison. C’est l’éternelle question de la poule ou l’œuf : la faisait-on moins jouer parce que les buts étaient plus rares, ou aurait-elle marqué davantage si on lui avait fait confiance? Alidou était donc prête à laisser son contrat atteindre son échéance, puis à faire son choix de carrière suivant. Mais son dernier camp fructueux avec l’équipe nationale a visiblement incité les Thorns à passer à l’action dès maintenant, et la joueuse n’allait pas se faire prier, d’autant plus qu’après sa participation aux quarts de finale de la Ligue des champions 2023-2024 — et tous les matchs supplémentaires que ça implique —, Benfica en avait été éliminé en septembre cette fois-ci. Casey Stoney a bien accueilli ce transfert d’Alidou aux Thorns le 26 mars, principalement parce que la ligue portugaise, sans être mauvaise, n’est pas la plus compétitive. En revanche, Portland, qui est pourtant l'un des clubs phares du championnat, doit nager à contre-courant dès le début de la saison. Après trois matchs, les Thorns n’ont marqué que deux buts et n’ont récolté que deux points. Sophia Wilson prendra une pause pendant toute la saison 2025 dans l'attente de la naissance de son premier enfant. Photo : Craig Mitchelldyer-USA Today Sports Le secteur offensif avait besoin de renforts. L’attaquante Morgan Weaver, l’une des joueuses les plus fiables des Thorns ces dernières années, ratera toute la saison en raison d’une blessure à un genou. La meilleure buteuse américaine du moment, Sophia Wilson, ne jouera pas non plus cette saison, car elle attend son premier enfant. Une certaine Christine Sinclair vient aussi de prendre sa retraite. La porte est grande ouverte pour une nouvelle venue, aussi surprenante son identité puisse-t-elle être pour la no 21 des Thorns, la capitaine de l’équipe canadienne. Alidou tente de prédire son avenir dans le championnat américain, mais elle le fait depuis le camp de l’équipe canadienne, à Vancouver, où les Rouges affronteront l’Argentine ce vendredi et mardi prochain. Sur l’écran, elle sourit, elle est détendue. L’équipe nationale n’est plus le sujet délicat qu’il a pu être auparavant. La sélectionneuse Casey Stoney, depuis sa nomination, essaie de faire passer le message que tout le monde aura son occasion, sans égard à ses antécédents. De la musique aux oreilles de la Québécoise, louangée par Stoney après son triplé contre le Taipei chinois en février dernier. Marie-Yasmine Alidou (à gauche) a marqué cinq buts dans six matchs de l'équipe nationale depuis le départ de Bev Priestman comme sélectionneuse. Photo : La Presse canadienne / Francisco Macia Martinez Alidou n’est pas devenue du jour au lendemain une cadre de l’équipe pour autant. Les décisions de Stoney au cours des prochains jours en diront plus long sur le sujet. Mais à 29 ans, elle se sent plus appréciée que jamais comme joueuse internationale et comme personne. Ne reste plus qu’à montrer le fruit de tout ça à la famille. Ça tombe bien, le Canada affronte les États-Unis sur la côte est le 2 juillet.J’ai beaucoup de respect pour tous les gens qui m’ont approchée pour aller jouer dans une équipe de la nouvelle ligue au Canada, mais je suis à un stade de ma carrière où j’ai encore plus d’objectifs pour moi, pour ce que je vais devenir
, dit la Québécoise en entrevue depuis Vancouver, où elle s’entraîne avec l’équipe nationale.Je sais que j’ai encore des trucs à révéler en moi, dans la joueuse que je suis et dans la façon dont je veux jouer, poursuit-elle. J’ai besoin de continuer au plus haut niveau. C’est très excitant d’aller jouer à Portland, entourée de joueuses extraordinaires, dans une ligue qui est vraiment bonne, une des ligues majeures. […] Mais je vais appuyer la [SLN] à 100 %. J’ai vraiment hâte que ça commence parce que c’est quelque chose de gros pour le Canada.
On peut le voir de toute façon sur Internet, mais je ne jouais pas autant, comparativement à l’année dernière
, indique-t-elle. Quand ils font la signature de nouvelles joueuses, il faut qu’ils prouvent pourquoi ils ont fait ces signatures, avance-t-elle. Il y a donc certaines choses qui peuvent affecter ton temps de jeu. Même si tu as fait des trucs extraordinaires la saison dernière, c’est une nouvelle saison, de nouveaux plans, de nouvelles perspectives. Et puis, j’ai écopé parce que je suis polyvalente. J’ai commencé les six premiers matchs comme arrière gauche parce qu’il y avait une blessée. Ça ne m’a pas vraiment aidée à reprendre mon poste. Ça s’est passé un peu comme ça toute la saison.

Quand j’étais en route pour venir à Portland, [Jessie Fleming] m’a envoyé un message, et elle riait parce qu’elle se disait que c’était la dernière chose qui pouvait arriver, raconte Alidou. Moi, j’étais encore sous contrat en Europe, et je parlais beaucoup de combien j’aime le style européen, parce que ça me rapproche de comment je joue au football, le tiki-taka.
Là, j’arrive dans la NWSL, et mon jeu se rapporte beaucoup aux combinaisons courtes, pas tant kick and run. Cela dit, dans la NWSL, il y a beaucoup de transitions, mais il y a quand même du jeu. Ça va être très intéressant pour mon jeu de combiner tout ça : courir beaucoup, jouer des transitions, mais aussi combiner avec les joueuses autour de moi.

Je demeure déconcertée par le fait qu’elle a si peu joué pour le Canada avant
, avait lâché la sélectionneuse, qui exprimait un constat souvent répété sur les réseaux sociaux par des observateurs ou des supporteurs de l’équipe.Je suis toujours honorée de représenter le Canada. Ça me motive encore plus d’entendre que j’ai le soutien, maintenant, de mes entraîneurs, affirme Alidou. Quand j’ai vu ce qu’elle a dit, j’étais vraiment contente et honorée. Ça fait du bien à entendre. […] J’ai souvent de la rétroaction, que ce soit pendant l’entraînement ou après, en réunion. Je trouve que cette approche-là qu’elle veut avoir avec les joueuses, pas nécessairement avec moi, mais dans le groupe, c’est vraiment, vraiment bien.
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