États-Unis : l’adolescence, le masculinisme et la résistance
WASHINGTON D.C. –Tomber sur des commentaires misogynes ou sur du contenu d’influenceurs masculinistes sans le vouloir, c’est ce dont témoignent plusieurs étudiants de l’école Edmund Burke à Washington, lors d’une rencontre du groupe Boys Leading Boys (les garçons qui guident les garçons). Âgés de 11 à 18 ans, les membres du groupe se réunissent chaque semaine pour réfléchir à ce que signifie En 2022, un jeune homme armé a ouvert le feu de manière aléatoire dans l’école privée Edmund Burke, blessant quatre personnes. Il s’est ensuite enlevé la vie dans son appartement. Ses motifs demeurent méconnus. Photo : Radio-Canada / Naomie Duckett Zamor Sous la supervision du personnel de l’école, le groupe se penche également sur des questions préoccupantes, comme le masculinisme et la misogynie, dans le but de faire de la prévention. En effet, plusieurs jeunes se retrouvent, malgré eux, face à des mouvements extrémistes qui gagnent en visibilité et en popularité dans cette tranche d’âge, particulièrement sur les réseaux sociaux. Les 15 garçons présents ont tous déjà été exposés à du contenu masculiniste. Certains connaissent bien les influenceurs D’autres sont tombés par hasard sur du contenu misogyne en ligne. Pour Michael, 18 ans, ce sont des garçons de son entourage Une situation dont l’ampleur n’est pas connue, selon eux, par les adultes qui les entourent. Jamie (Owen Cooper) est le personnage principal de la série « Adolescence ». Photo : Netflix Cette réalité est d’ailleurs au centre de la série britannique Adolescence, diffusée sur Netflix depuis mars 2025, qui plonge dans le drame familial de Jamie, un garçon de 13 ans accusé du meurtre d’une camarade. La série, qui connaît un succès mondial, explore les effets de la radicalisation en ligne et des violences sexistes. Un scénario qui Lorsque l’on mentionne le nom d’Andrew Tate, les garçons du groupe Boys Leading Boys en ont long à dire. Bien qu’ils le détestent, ces jeunes ont tous été exposés au contenu de l’influenceur qui se dit ouvertement misogyne. Andrew Tate, qui est considéré comme une figure de proue du mouvement masculiniste, donne des conseils pour devenir de Sam, qui a 12 ans, s’est d’ailleurs fâché avec un de ses amis qui idolâtrait l’influenceur. Selon Andrew Tate, un Tout comme Sam, plusieurs autres garçons ont vécu des situations similaires avec leurs amis. Certains d’entre eux sont des préadolescents. « Je n’aimais pas vraiment ce que je voyais sur les réseaux sociaux. J’avais l’impression que ça ne reflétait ni ce que je ressentais ni ce que je vivais réellement. C’est à ce moment-là que je me suis impliqué pour essayer de comprendre, de découvrir et de montrer ce que peut être une masculinité positive », explique Frederick, un des membres de Boys Leading Boys. Photo : Radio-Canada / Naomie Duckett Zamor Depuis 2015, Andrew Tate a été accusé d'agression sexuelle, de violences sexuelles, de traite de personnes, dont des mineures, d’agression sexuelle sur des personnes mineures et de blanchiment d’argent, dans différentes poursuites en Grande-Bretagne, en Roumanie et aux États-Unis. En mars 2025, l'ex-conjointe de l'influenceur a déposé une plainte contre lui pour agression sexuelle. Selon M. Dashtgard, les mouvements masculinistes sont particulièrement préoccupants, car ils sont facilement accessibles et savent exploiter les insécurités des jeunes garçons. La raison derrière le succès d’Andrew Tate est qu’il commence souvent ses publications en disant : "Les hommes souffrent, mais personne n’en parle". Un message fort pour des jeunes qui se sentent ignorés. Il explique qu’aux États-Unis, Selon David Panush, un des superviseurs du groupe Boys Leading Boys, David Panush fait partie des employés de l'école qui supervisent le groupe de discussion destiné aux jeunes garçons. Photo : Radio-Canada / Naomie Duckett Zamor Nous apprenons aux filles dès leur plus jeune âge à se défendre contre les hommes, mais nous n’apprenons pas aux jeunes garçons à bien se comporter. Pasha Dashtgard note que de nombreux garçons, incapables de se confier, cherchent en ligne des réponses à leurs insécurités quant aux relations amoureuses et à leur apparence. Cette honte pousse d’ailleurs certains jeunes garçons vers le mouvement Incel, une frange des masculinistes, qui signifie Contrairement aux adeptes d’Andrew Tate, les incels ne se voient pas comme des mâles alphas. Imaginez l’impact sur la santé mentale : ces garçons, déjà isolés, trouvent une communauté, mais seulement s’ils acceptent de se dénigrer. C’est de la haine de soi. De plus, les incels nourrissent une haine profonde envers les femmes, qu’ils tiennent pour responsables de leur souffrance. Les incels et Andrew Tate sont d’ailleurs mentionnés dans la série Adolescence, car Jamie, qui est en apparence un garçon bien normal, a été exposé à ce type de radicalisation en ligne. Dans « Adolescence », le jeune Jamie (Owen Cooper) a été intimidé sur les réseaux sociaux. Photo : Netflix Le tout, alors que ni ses parents ni ses enseignants ne réalisent ce qui se produit sous leurs yeux. Pour Pasha Dashtgard, le fait qu’une série télévisée traite de ce sujet démontre l’ampleur du phénomène. À l’école Edmond Burke, M. Panush constate qu’il a encore beaucoup de travail à faire afin de réussir à inclure plus d’étudiants. M. Dashtgard note que l’isolement causé par la pandémie et la montée des discours d’extrême droite depuis les dernières élections américaines sont des facteurs à surveiller chez les jeunes garçons, car ils peuvent devenir des sources de radicalisation.être un homme
aujourd’hui, en déconstruisant les stéréotypes et en explorant des modèles de masculinité sains et inclusifs.
mâles alphas
, admirés par leurs amis.Je n’ai jamais cherché à voir du contenu qui prône le masculinisme, mais c’est apparu sur mon fil, sans que je le veuille
, confie un adolescent.qui ont tenu des propos sexuels dégradants envers des filles de l’école
.
décrit bien le phénomène de la radicalisation des jeunes garçons
, même aux États-Unis, affirme Pasha Dashtgard, un psychologue affilié au Laboratoire de recherche et d’innovation sur la polarisation et l’extrémisme (PERIL) de l'American University, à Washington.La domination masculine
vrais hommes
à ses 10 millions d’abonnés sur le réseau social X. Selon lui, pour être un homme, il faut avoir de l’argent, de belles voitures et savoir manipuler les femmes puisqu’elles doivent être au service des hommes
.À 11 ans, il faisait des cigares en papier, vendait de la limonade pour acheter une voiture de luxe et essayait de devenir un "Top G"
, raconte-t-il.G
, l’abréviation du mot gangster, est un homme fort et respecté alors que le Top G
est l’homme alpha par excellence. Il est riche, dominant, sûr de lui et, surtout, admiré des femmes.
[Aux États-Unis], on a maintenant toute une génération de garçons qui regardent un type comme Andrew Tate et se disent : "Voilà ce que je devrais être"
, déplore le psychologue Pasha Dashtgard.Exploiter l’insécurité des enfants
Quelqu’un leur dit : "Hé, je vois ta douleur, je comprends ce que tu traverses"
, souligne l’expert.un adolescent peut tomber sur ce type de groupe en faisant seulement des recherches sur "comment parler aux filles"
.les tiraillements des garçons ne sont pas bien identifiés et ne sont pas assez abordés aux États-Unis
, ce qui contribue à leur radicalisation.
Les incels
par excellence
célibataire involontaire
et qui attire particulièrement les jeunes.Pour être un incel, il faut n’avoir jamais embrassé une fille, ni eu de relation sexuelle ou amoureuse, et ne connaître aucun succès amoureux, explique l’expert. Et qui correspond souvent à ça? Un jeune adolescent. Ils trouvent alors un groupe dans lequel ils sont le candidat par excellence.
Leur communauté interdit souvent les messages positifs et encourage les pensées négatives, en rappelant qu’ils [les incels] seront toujours malheureux
, précise M. Dashtgard.Il y a cet effet pervers où les incels détestent les femmes alors qu’elles détiennent la validation dont ils ont besoin pour être un homme
, explique M. Dashtgard, qui souligne l’effet nocif d’une telle dichotomie sur le développement des adolescents.La réalité de l’Adolescence

Il faut prévenir la radicalisation avant même qu’elle ne devienne une option, recommande le psychologue. Il faut que les jeunes aient des espaces sécurisés et des personnes de confiance à qui ils peuvent se confier.
Ils ne sont que 20 garçons, mais ils font une différence
, souligne-t-il.Je reçois deux à trois appels d’écoles par semaine pour signaler des situations préoccupantes
, indique l’expert. Bien qu’il constate une hausse du nombre de cas de radicalisation, il souligne qu’il est difficile de quantifier le nombre de jeunes Américains qui fréquentent les groupes masculinistes.
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