Une famille algérienne établie à Saguenay prise dans les dédales d’Immigration Canada
Une famille algérienne installée à Saguenay depuis l'été dernier est coincée dans les dédales administratifs d'Immigration Canada. Le père attend l'obtention d'un nouveau permis de travail fermé, mais les délais de traitement de sa demande sont extrêmement longs. Depuis le mois de juin dernier, il lui est interdit d'occuper un emploi au Canada, et c'est la même chose pour sa conjointe. En Algérie, Siham Tazi était architecte. Nadir Hatraf, lui, était opticien. Lors d'un voyage au Canada, en 2017, ils se sont mis à imaginer leur vie ici avec leurs deux enfants. Cette famille est finalement arrivée au Québec en 2023 après de longues démarches qui ont permis à Nadir d'obtenir un permis de travail fermé avec un employeur de Saint-Hyacinthe. Toutefois, le renouvellement de son permis de travail s'est révélé beaucoup plus complexe que prévu, notamment parce que ses compétences n'ont finalement pas été reconnues par l'Ordre des opticiens d'ordonnances du Québec. Nadir Hatraf s'est donc mis à la recherche d'un nouvel employeur pour demeurer au Canada. Le laboratoire Optique Cristal de Chicoutimi a accepté de l'embaucher comme technicien. Cette entreprise est en croissance, ses besoins sont grands et rares sont les travailleurs expérimentés comme Nadir. Dominic Pagé est président de l'entreprise Optique Cristal, basée à Chicoutimi. Photo : Radio-Canada / Mireille Chayer Cependant, ce qui devait être une simple formalité est finalement devenu un véritable parcours du combattant. Il ne sait plus trop sur quel pied danser et, comme Nadir, il trouve les délais déraisonnables. La famille se sent complètement désemparée. Les deux enfants continuent d'aller à l'école, mais leurs parents ne peuvent faire que du bénévolat en attendant des réponses d'Immigration Canada. Ils ont fait des demandes pour demeurer en sol canadien en attendant des conclusions, mais Siham et son fils pourraient devoir rentrer en Algérie dès le 22 avril. C'est moins clair pour son mari et leur fille. S'ils espèrent encore des réponses positives, leur vie, elle, demeure sur pause en attendant.On pensait que ce serait bien de vivre le rêve canadien, d'explorer de nouveaux horizons et que les enfants aient accès à une nouvelle culture dans un autre pays
, se souvient Siham Tazi.[Avec un permis fermé], on est obligé de travailler pour un employeur spécifique et dans une ville spécifique. On n'a pas le droit de changer de ville, ni l'adresse de la compagnie, et on n'a pas le droit aussi de changer d'employeur
, note Nadir Hatraf.Processus parsemé d’embûches
On ne pouvait pas refaire le même contrat avec le même employeur parce qu'il a passé son examen de l'Ordre des opticiens, et là, on lui demandait de refaire certains modules. Pour refaire certains modules, il faut s'inscrire à une école à temps plein, ce qui prend une durée de trois ans. Avec un permis de travail fermé, on ne peut pas faire d'études, donc il faut demander un permis d'études. Avec une famille à charge, on ne peut pas demander un permis d'études et laisser le travail de côté
, explique la mère de famille.
On a fait la demande de son contrat de travail. On a engagé une firme pour le faire, puis on est comme un peu dans l'attente de savoir ce qui se passe, mais c'est excessivement long. On est rendus à neuf mois, puis on ne sait pas trop où on s'en va. Là, on paye, puis j'ai un peu l'impression qu'il est tombé dans la craque du système, vu que le gouvernement a renforcé les lois au niveau de l'immigration
, déplore le président de l’entreprise, Dominic Pagé.Au lieu de travailler pour le gouvernement canadien, payer des impôts comme tout le monde et de contribuer au développement de l'économie du pays, non : je reste là. J'attends
, se désole Nadir.Longue attente
Nous, on est là, actuellement, ici, au Canada. On a une famille à charge. On a des enfants qui sont scolarisés. On s'est adaptés. On a appris le français. On s'est intégrés. On connaît la culture québécoise. Donnez-nous juste une autorisation pour travailler en attendant de traiter notre demande. Si on reçoit un refus, on va partir
, assure le père de famille.Il se pourrait qu'on décide de partir aujourd'hui et qu'on reçoive la réponse positive demain. On va faire quoi? On ne peut pas laisser la maison. Si on doit partir, on doit tout vendre. Partir! Est-ce qu'on devrait partir et repartir à zéro? Moi, honnêtement, je n'ai plus la force et l'énergie de le faire
, confie la maman, qui espère que ce cri du cœur dénouera l’impasse.
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