Le Manitoba veut créer un second port sur la baie d’Hudson pour le commerce avec l’UE

Le premier ministre du Manitoba, Wab Kinew, envisage de créer un second port en eau profonde sur la baie d’Hudson pour commercer avec l’Europe. Il a fait part de cette possibilité alors qu'une délégation de l’Union européenne (UE) est de passage dans la province pour discuter de possibles augmentations de débouchés commerciaux avec l’Europe dans le cadre de la guerre tarifaire avec les États-Unis.
La délégation est composée de Geneviève Tuts, ambassadrice de l’UE, et de 18 chefs de mission des États membres. Ces derniers sont en visite dans la province pour une période de deux jours dans le but de renforcer les liens entre le Manitoba et le vieux continent.
Nous cherchons à rapprocher nos relations, compte tenu de la situation américaine
, explique Wab Kinew.
Il ajoute que cette rencontre permet au Manitoba de montrer aux représentants d’un marché de 450 millions de personnes qu’il est prêt à commercer avec lui.
Le premier ministre manitobain ajoute que les menaces formulées par le président américain, Donald Trump, déclenchent un besoin de trouver de nouvelles options pour les exportations, ce qui pourrait concerner un autre port que Churchill.
Un projet qui ne date pas d’hier
C’est la première fois que Wab Kinew se dit ouvert à l’idée d’un second port. Cette possibilité avait cependant été évoquée dans le passé par l'ancien gouvernement progressiste-conservateur. Il avait d'ailleurs mis de l’avant un engagement financier pour étudier l’idée. Le gouvernement néo-démocrate a néanmoins annulé cette initiative.
Wab Kinew explique que l’idée n'aurait pas été reproposée, si Donald Trump n’avait pas perturbé le commerce mondial.
La veille, il a annoncé qu'Hydro-Manitoba ne renouvellera pas des contrats expirants de 500 mégawatts d’exportation d’électricité aux États-Unis.
Wab Kinew veut rediriger une partie de cette électricité dans le nord du Manitoba pour renforcer le port et en faire un corridor de commerce fort et fiable
.
Je pense que l’on peut vraiment transformer cette période de turbulence en possibilités.
Inquiétudes environnementales
Wab Kinew reconnaît que le port actuel de Churchill n'est peut-être pas idéal, étant donné que la saison de migration des bélugas coïncide avec la saison de navigation. Selon lui, cela pourrait justifier la construction d'un second port ailleurs dans la baie.
Selon Voyage Manitoba, la partie ouest de la baie d’Hudson abrite 57 000 bélugas et pendant l’été, presque 4000 d’entre eux remontent l’estuaire de la rivière Churchill pour se reproduire.
Interrogé sur les préoccupations concernant les déversements potentiels en cas d'expédition de produits énergétiques, Wab Kinew a affirmé que les Canadiens réexaminent ce qui doit être fait pour faire croître l'économie dans l'ombre de Donald Trump.
Alors que ces considérations sont pesées, il y a d'autres produits en demande que le Manitoba peut expédier, tels que les minéraux critiques et les produits agricoles, a-t-il dit.
Rien n'indique si un financement pourrait venir de l'UE ou du gouvernement fédéral pour aider à couvrir le coût d'un deuxième port, mais il y a quelques signes favorables, indique le premier ministre manitobain.
Faire de l’ombre à Churchill ?
Wally Daudrich, candidat à la direction du Parti progressiste-conservateur, a défendu l’idée d’un port plus proche de l’embouchure de la rivière Nelson et a salué le fait que Wab Kinew reconnaît que Churchill n’est pas un lieu idéal pour accroître le commerce maritime.
Le candidat conservateur qui possède un hôtel et une entreprise d’écotourisme dans la ville côtière reste cependant critique.
J'aime Churchill. C'est évidemment de là que je viens. [...] Mais en tant que capitaine sur la baie d'Hudson, je dois dire que je comprends les conditions maritimes et qu'elles ne permettront jamais à Churchill d'être un port ouvert 12 mois par an, ce dont nous avons besoin.
Les intérêts européens
Avant la rencontre, Geneviève Tuts, l’ambassadrice de l’UE, a dit que la délégation se concentrerait sur de nombreux sujets, mais plus particulièrement sur les technologies biologiques, l’énergie verte, les matières premières servants à la transition numérique
et les minerais rares.
Elle a aussi évoqué l’importance d’utiliser pleinement l’Accord économique global entre le Canada et l’Union européenne signé en 2016.
Je pense que le Manitoba a tous les ingrédients nécessaires pour approfondir notre amitié et notre partenariat. L’Europe a des besoins, le Manitoba aussi. C’est peut-être la raison pour laquelle nous avons décidé de visiter votre belle province.
Wab Kinew ajoute que la rencontre portait aussi sur la diplomatie culturelle. Les participants ont abordé la possibilité d'apporter un festival de films européens au Manitoba et de mener des expositions artistiques et des délégations d’art performant de l’autre côté de l’océan Atlantique.
La cheffe de la délégation européenne va aussi s’entretenir avec le Conseil manitobain des entreprises et la Chambre du commerce autochtone, et visiter le quartier général du Norad ainsi que CentrePort Canada.
La délégation est composée d’ambassadeurs et de hauts-commissaires représentant l’Autriche, la Belgique, la Croatie, Chypre, l’Estonie, la Finlande, l’Allemagne, la Grèce, la Hongrie, la Lituanie, le Luxembourg, Malte, les Pays-Bas, le Portugal, la Slovaquie, la Slovénie, l’Espagne et la Suède.
Avec des informations de Darren Bernhardt
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