Élections fédérales : la défense de l’Arctique, une priorité des Nunavummiut?
Sécurité, défense et souveraineté sont les termes qui ressortent systématiquement des discussions concernant l’Arctique canadien, ces derniers temps. Alors que les projecteurs sont braqués sur le nord du pays, des Nunavummiut craignent que ce dossier n'ait relégué au second plan des défis de longue date. L’Arctique canadien occupe une place importante dans l’espace public, comme en témoignent les visites de plusieurs candidats aux élections fédérales, des promesses de financement fédéral et les menaces du président américain Donald Trump d’annexer le Groenland et de faire du Canada le 51e État. La menace d'une incursion russe, chinoise ou américaine préoccupe des résidents du Nunavut. Aaju Peter est une militante inuk originaire du Groenland. Elle réside à Iqaluit, au Nunavut, depuis 1981. (Photo d'archives) Photo : CBC / Sima Sahar Zerehi Aaju Peter rappelle par ailleurs que la présence de l’armée américaine dans le Grand Nord n’est pas inconnue des Nunavummiut. En 1942, son armée de l’air a choisi d’installer une base militaire à Koojesse Inlet, où se situe aujourd’hui Apex, en périphérie d’Iqaluit. Elle a aussi construit une piste d’atterrissage et y a installé, des années plus tard, une unité du Commandement des forces aériennes stratégiques américaines. Frobisher Bay est devenu le centre des travaux de construction de la ligne de radars avancée DEW. Un avion de type C-41 appartenant à l'armée de l'air américaine devant le hangar Crystal II à Frobisher Bay (aujourd'hui Iqaluit), en 1950.
Photo : Gavin White/Bibliothèque et Archives Canada Pour d’autres Nunavummiut, comme l’agent administratif de la communauté de Clyde River, Billy Palluq, la menace étrangère demeure abstraite, voire invisible. Billy Palluq croit que l’Arctique a longtemps été Billy Palluq est l'agent administratif de Clyde River, une collectivité d'environ 1200 habitants située dans l'est du Nunavut. Photo : Photo fournie par Billy Palluq Vincent Ningark, un résident de Kugaaruk, regrette que la défense soit le principal sujet qui attire l’attention des partis politiques dans le Grand Nord durant cette campagne électorale. Il croit que la réelle Selon Statistique Canada, plus d'un Inuk sur deux vivait dans un logement surpeuplé au Nunavut en 2021. Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey Vincent Ningark soutient que de nombreuses promesses faites par le gouvernement fédéral dans le passé ont été D’autres Nunavummiut partagent le même point de vue. Nous avons besoin de meilleurs services et de meilleures infrastructures. Nous avons le taux le plus grave d’insécurité alimentaire. Nous manquons de logements, d’emplois et nous n’avons même pas d’université. Il y a tellement de travail à faire. Aaju Peter dit espérer que le prochain gouvernement élu respectera ses promesses. Aux yeux du premier ministre du Nunavut, P.J. Akeeagok, des collectivités en bonne santé sont le point de départ pour assurer la défense de l’Arctique. Le premier ministre P.J. Akeeagok, souhaite qu'Ottawa soutienne financièrement des projets d'infrastructures qui ont des retombées positives tant pour la défense de l'Arctique que pour les communautés du Nunavut. Photo : Radio-Canada / Matisse Harvey Le premier ministre P.J. Akeeagok juge crucial d’investir dans des projets qui renforcent la défense dans l’Arctique, tout en répondant aux besoins des collectivités et en créant des occasions de développement économique. Il milite pour qu’Ottawa soutienne, entre autres, le projet de fibre optique Kivalliq to Baffin Connector Project et celui de la route et du port de Grays Bay, dans la région de Kitikmeot.Il est difficile de ne pas avoir peur
, dit l’avocate et militante groenlandaise Aaju Peter, qui est établie à Iqaluit depuis une quarantaine d’années.Je prends les menaces d’invasion très au sérieux, car [Donald Trump] a déjà [une] base militaire au Groenland
, affirme-t-elle. Ce serait facile pour lui de prendre le contrôle.


Je ne suis pas trop inquiet
, dit-il. Je ne vois pas la Russie envahir le Nord de sitôt. Pour l’instant, il y a plus de bateaux de croisière que de navires russes, ici.
négligé
et que le Canada a un retard à rattraper sur plusieurs fronts. En ce qui concerne les infrastructures, nous nous apparentons à un pays du Tiers-Monde en comparaison de la Russie, du Danemark et d’autres nations arctiques.

Le temps d'une élection
Pour moi, la souveraineté est une excuse pour détourner le regard de ce dont nous avons réellement besoin au Nunavut, en particulier dans nos petites communautés
, soutient-il.menace
prend racine dans la crise du logement, qui touchait plus d'un Inuk sur deux au recensement de 2021 de Statistique Canada, l’insécurité alimentaire, la prévalence de la tuberculose, le taux élevé de suicide et le manque de ressources en santé mentale.
brisées
, notamment la création des collectivités qui a mené à la sédentarisation forcée des Inuit.On nous avait promis de meilleurs logements, une meilleure santé et une meilleure vie
, souligne-t-il. Nous avons du mal aujourd’hui à avoir de meilleurs logements dans nos communautés.
Je pense que le Canada se rend compte du retard qu’il a pris dans la réalisation de ses promesses
, estime Aaju Peter.Retombées multiples
Étant donné le contexte mondial actuel et le rôle central que jouent les questions circumpolaires, les Canadiens et les Canadiennes d’un océan à l’autre demandent un investissement transformateur dans l’Arctique qui contribue à bâtir la nation afin de répondre aux besoins locaux, de créer des possibilités de développement économique, et d'aborder la réconciliation et les intérêts géopolitiques du Canada
, a-t-il écrit le 31 mars, dans une lettre adressée aux principaux chefs des partis politiques.
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