Le temps, de François Delisle : transcender le déni climatique
Ambitieux, original et percutant, le nouveau film dystopique Le temps, écrit et réalisé par le Québécois François Delisle, raconte les conséquences du changement climatique grâce à quatre récits campés au présent et dans trois époques différentes du futur. Ce voyage dans le temps interpelle alors que les craintes suscitées par l’arrivée de Donald Trump au pouvoir ont relégué la question environnementale au second plan. Le film s’ouvre sur cette Montréalaise qui a eu un bébé en pleine pandémie de COVID-19, un enfant dont elle se demande s’il va connaître la fin du monde, car devenir mère a fait naître chez elle des angoisses environnementales. Entrer dans l’ambiance de l’effondrement, c’est ce qui est arrivé à François Delisle au fil de ses recherches menées pour son précédent long métrage de fiction, Cash Nexus, sorti en 2019. Le sujet de la crise climatique l’a Dans Le temps, le récit de Marie et de sa prise de conscience de l’urgence se mêle aux histoires de Terence, de McKenzie et de Kira. L'actrice Emmanuelle Lussier-Martinez dans le rôle d'une mère dans Le temps, réalisé par François Delisle
Photo : h264 et Films 53/12 Fuyant sa région devenue inhospitalière en raison du changement climatique, Terence tente, en 2042, de migrer vers le nord, au Canada, malgré les dangers de ce parcours qui ressemble à celui entrepris actuellement par les personnes qui tentent de franchir la frontière mexicano-américaine. Vivant en 2088, McKenzie, joué par Laurent Lucas, est correspondant de guerre pour un État – dépeint comme étant totalitaire –, ce qui l’amène à se rendre dans des territoires abandonnés car devenus invivables à cause de la pollution. Militaire en 2175 dans un monde dont la moitié est encore habitable par une population de seulement 20 millions de personnes, Kira, incarnée par Rose-Marie Perreault, déserte l’armée pour rejoindre un groupe de gens animés par des valeurs humanistes. Le personnage de McKenzie est incarné par l'acteur Laurent Lucas. Photo : h264 et Films 53/12 François Delisle a écrit les personnages du Temps de manière à ce que le public soit en prise directe avec leur intimité. La singularité du Temps réside également dans sa forme. Ce film est composé d’images fixes – de sublimes photos prises en argentique –, couplées à une narration et à une trame sonore. Ce procédé, déjà utilisé par le réalisateur en 2020 dans CHSLD, un court métrage documentaire qui portait sur la fin de vie de sa mère, permet d’amplifier l’impact de l’image. On n’est pas distrait par un mouvement. Chaque image nous traverse et nous questionne. Le temps débarque dans les cinémas en plein milieu d’une campagne électorale tellement monopolisée par les conséquences de la politique menée par le président américain Donald Trump que les thèmes environnementaux en sont quasi absents. Pour François Delisle, son film arrive au bon moment pour nous rappeler une réalité qui va finir par nous En cohérence avec sa prise de conscience écologique, le cinéaste s’est soucié de réaliser son film de manière écoresponsable : compensation des émissions de gaz à effet de serre, utilisation de vaisselle non jetable pendant le tournage, décors loués à Écoscéno, qui récupère des éléments de décor pour leur donner une seconde vie… De plus, les costumes portés dans les séquences qui se déroulent au présent ont été réutilisés pour les scènes campées dans le futur. François Delilsle montre une planète dévastée dans son film Le temps. Photo : h264 et Films 53/12 Prendre la juste mesure de l’urgence climatique a constitué un tournant dans la vie de François Delisle, qui n’avait pas pris l’avion depuis 2019 quand il s’est envolé pour l’Islande afin d’y tourner des scènes du Temps. Sans qu'il en fasse forcément le thème central de ses prochains films, la question environnementale sera intégrée dans ses futures créations cinématographiques. Je ne peux pas revenir en arrière. Je peux toucher à d’autres sujets, mais ce serait difficile de faire un film dont un personnage prend l’avion pour aller se reposer sur le bord d’une plage. Le temps sort au cinéma ce vendredi, 18 avril. À l’occasion du Jour de la Terre, qui a lieu le 22 avril, quatre projections de ce film suivies d’une rencontre avec François Delisle sont prévues à Montréal le 21 avril (Cinéma du Parc), le 22 avril (Cinémathèque québécoise), le 23 avril (Cinéma moderne) et le 4 mai (Cinéma public).Pendant que la sixième extinction de la vie sur Terre s’enclenche, on est tous pris dans nos vies à faire demain ce qu’on a fait hier. On continue de s’enfermer dans notre bulle, de se divertir devant des séries, devant des films, scotchés sur nos téléphones à nous sécuriser. [...] Ça fait [en sorte] qu’il y aura toujours plus urgent que l’urgence climatique
, raconte Marie, un des quatre personnages du Temps. Elle est interprétée par Emmanuelle Lussier-Martinez à l’image, tandis que Mylène Mackay lui prête sa voix.C’est là que je suis entrée dans l’ambiance de l’effondrement
, dit Marie au début du film.Il était question de justice sociale et il n’y a qu’un pas à faire entre la justice sociale et la justice climatique
, explique François Delisle.happé
, selon ses mots, et l’a conduit à une longue réflexion, dont Le temps est le fruit.Une fois qu’on entre là-dedans, on ne peut plus raconter le monde comme avant
, constate ce père de deux enfants, inquiet de voir l’état de notre planète se dégrader à grande vitesse.D’aujourd’hui à la fin du 22e siècle

Le monde s’est effondré silencieusement, comme l’eau s’évaporant lentement le long d’une rivière qui s’assèche
, peut-on entendre dire Terence dans le film.
Ne pas collaborer au déni
Mon but ultime est de toucher les spectateurs pour que la crise climatique ne soit pas qu’une statistique accablante
, explique-t-il au sujet de son film, qui se veut aussi un espace d'empathie, malgré une réalité qui n’est pas nécessairement belle à voir
.Le mariage entre l’image et le son crée du mouvement
, assure François Delisle, qui précise que des gens lui disent voir les images bouger quand ils repensent au film après l’avoir vu.rattraper de toute façon
. En tant qu’artistes, notre rôle est d’essayer de ne pas parler de ce que l’éphémère, le court terme, nous donnent comme sujet. Il faut essayer de voir un peu plus loin, sinon on ne fait que collaborer au déni.
Tournage écoresponsable
C’était un début pour moi, dit François Delisle. Je pense qu’on peut aller encore plus loin. J’aimerais que ce soit plus systématique pour mes prochains films.

Pas de retour en arrière possible
Je ne participe plus à des festivals, même si ça me brise le cœur de ne plus rencontrer le public à l’étranger
, confie le réalisateur, qui se défend d’être parfait sur le plan environnemental.
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