La Nouvelle-Écosse souligne sobrement les 5 ans de la tuerie de Portapique
Cinq ans après la fusillade qui a ébranlé la Nouvelle-Écosse et dont l’onde de choc a été ressentie bien au-delà des frontières de la province, c’est de manière sobre que le souvenir douloureux des événements de Portapique est évoqué. Les autorités n’ont prévu aucune cérémonie officielle. Dans un communiqué, le premier ministre Tim Houston appelle ses concitoyens à Il indique que les drapeaux dans la province seront en berne vendredi et samedi et invite les Néo-Écossais à observer une minute de silence à midi lors de ces deux journées. Une voiture de la GRC est vue près d'une exposition commémorative à Portapique après la fusillade de masse en avril 2020. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Brett Ruskin La Gendarmerie royale du Canada (GRC) n’a pas voulu accorder d’entrevue à ce sujet. De son côté, Radio-Canada a fait le choix de ne pas solliciter les proches des victimes dans la préparation de ce reportage. Nous devons être très prudents en ce moment [...] afin de respecter les communautés, leur vie privée et leur façon individuelle de faire leur deuil et de s'en remettre. En avril 2020, la Nouvelle-Écosse est frappée de plein fouet par la pandémie de COVID-19. Les infections se comptent par centaines. Des personnes sont hospitalisées, certaines aux soins intensifs. Les autorités sanitaires imposent un confinement pour éviter la propagation du virus. Les Néo-Écossais sont toutefois loin de se douter que, dans un petit village de la baie de Cobequid, un denturologiste de 51 ans est sur le point de se lancer dans la cavale la plus meurtrière de l’histoire moderne du pays. Après la fusillade, la GRC a publié cette photo de la fausse autopatrouille que conduisait le tueur de Portapique. (Photo d'archives) Photo : GRC Nouvelle-Écosse Plusieurs savent pourtant que l’homme a des comportements violents, qu’il s’est procuré des armes illégalement aux États-Unis et qu’il collectionne les objets liés aux forces de l’ordre, y compris d’anciennes voitures de la GRC. Le soir du samedi 18 avril 2020, c’est une dispute conjugale au chalet de Gabriel Wortman à Portapique qui met le feu aux poudres. Fou de rage, il enferme sa conjointe Lisa Banfield dans l’une de ses anciennes voitures de police qu’il a équipée de gyrophares et d'autocollants aux couleurs de la GRC. Puis il enfile un uniforme de policier et prend avec lui plusieurs armes à feu, des munitions et de l'essence. Pendant ce temps, Lisa Banfield réussit à s’échapper. L'homme de 51 ans s’en prend alors à des voisins qu’il assassine de sang-froid, certains devant leurs enfants. Il met également le feu à plusieurs bâtiments, dont son propre chalet. Lorsque les premiers appels au 911 parviennent à la GRC vers 22 h, les agents les plus proches de Portapique se trouvent à environ 45 kilomètres. Les policiers qui interviennent ce soir-là décrivent une scène d'apocalypse : des incendies, des explosions, des tirs… Le tueur de Portapique a tué 13 résidents de la petite communauté rurale de la Nouvelle-Écosse et a mis le feu à plusieurs bâtiments, dont son propre chalet. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada Treize personnes sont tuées dans le petit village isolé : Greg Blair, Jamie Blair, Joy Bond, Peter Bond, Corrie Ellison, Dawn Gulenchyn, Frank Gulenchyn, Lisa McCully, Jolene Oliver, Joanne Thomas, Aaron Tuck, Emily Tuck et John Zahl. Pendant que les policiers avancent à tâtons dans l'obscurité à Portapique, le tueur prend la fuite par un chemin privé qui n’apparaît pas sur les cartes des autorités. Il passe la nuit du 18 au 19 avril 2020 dans un parc industriel à Debert, où, en plein confinement sanitaire, sa présence n’éveille pas les soupçons. Le lendemain à l’aube, il reprend sa cavale meurtrière. Il prend la route de Wentworth, où il tue trois autres personnes – Tom Bagley, Alanna Jenkins et Sean McLeod – et met le feu à une maison. Les victimes de la tuerie de Portapique. Première rangée : Gina Goulet, Dawn Gulenchyn, Jolene Oliver, Frank Gulenchyn, Sean McLeod, Alanna Jenkins. Deuxième rangée : John Zahl, Lisa McCully, Joey Webber, Heidi Stevenson, Heather O'Brien, Jamie Blair. Troisième rangée : Kristen Beaton, Lillian Campbell, Joanne Thomas, Peter Bond, Tom Bagley, Greg Blair. Quatrième rangée : Emily Tuck, Joy Bond, Corrie Ellison, Aaron Tuck. Photo : Radio-Canada / CBC Au même moment, à Portapique, Lisa Banfield sort du boisé où elle s’est cachée toute la nuit. Son témoignage permet aux policiers de comprendre que le suspect qu’ils recherchent est habillé comme eux et qu'il conduit un véhicule quasi identique aux leurs. Les premiers appels d’urgence en provenance de Wentworth relancent la chasse à l’homme. Les policiers s’engagent dans une véritable course contre la montre pour mettre fin au carnage. Mais le tueur a toujours un ou deux coups d’avance. En revenant de Wentworth, il abat de sang-froid une femme, Lillian Campbell, qui marche sur le bord de la route. Il assassine ensuite deux infirmières qu’il intercepte avec sa fausse voiture de police : Kristen Beaton, qui est enceinte, et Heather O'Brien. L’étau commence malgré tout à se resserrer. Des résidents de Glenholme qui connaissent le tueur et qui le voient s’approcher de leur maison sonnent l’alerte. Mais l’homme de 51 ans poursuit son chemin et parvient à traverser la ville de Truro sans se faire repérer. La réplique du véhicule de police du tireur capturée par une caméra de sécurité sur la rue Esplanade à Truro, en Nouvelle-Écosse, le matin du 19 avril 2020. (Photo d'archives) Photo : Gracieuseté : GRC À Shubenacadie, le tueur croise la policière Heidi Stephenson. Leurs véhicules se heurtent et il y a un échange de coups de feu. L’agente de la GRC est tuée. Il abat alors un passant, Joey Webber, et s’empare de son véhicule. Il fait une dernière victime, Gina Goulet, une femme qu’il connaît et dont il vole également la voiture. C’est en s’arrêtant pour faire le plein d’essence à une station-service à Enfield, au nord d’Halifax, qu’il est intercepté et abattu par des agents de la GRC. La traque du tueur de Portapique s'est terminée à une station-service d'Enfield, en Nouvelle-Écosse, le 19 avril 2020. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Tim Krochak Après 13 heures d’enfer, la tuerie de Portapique est terminée. La Nouvelle-Écosse prend la mesure du drame. Très vite, des voix s’élèvent parmi les proches des victimes pour demander une commission d’enquête publique. Les gouvernements fédéral et provincial résistent, puis finissent par acquiescer à la demande. Nous continuerons à travailler avec les municipalités, le gouvernement fédéral et la GRC pour rendre nos communautés plus sûres. Nous sommes inébranlables dans notre engagement à apporter des changements réels. Pendant près de deux ans, la Commission des pertes massives épluche quelque 40 000 documents, entend des centaines de témoignages et tient des dizaines d’audiences publiques. L’enquête présidée par le juge à la retraite Michael MacDonald conclut qu’en avril 2020, la GRC n’était pas prête à répondre à la pire tuerie de masse de l’histoire moderne du pays. Le juge à la retraite Michael MacDonald a présidé la Commission des pertes massives, mise sur pied pour faire la lumière sur la tuerie de masse de Portapique. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Andrew Vaughan On apprend que dès les premières minutes de la fusillade, la police fédérale n’arrive pas à communiquer clairement à ses agents sur le terrain les renseignements qu’elle reçoit du 911. Ceux-ci contiennent pourtant une description du tueur et du faux véhicule de police qu’il conduit. Tout au long de la chasse à l’homme qui s’étend sur plus de 200 kilomètres, les communications au sein de la GRC demeurent déficientes. Dans les dernières heures de la traque, deux policiers vont même jusqu’à ouvrir le feu par erreur sur une caserne de pompiers où ils croient avoir aperçu le tueur. La caserne des pompiers d'Onslow-Belmont, sur laquelle des policiers de la GRC ont tiré par erreur pendant la tuerie de masse de Portapique, le matin du 19 avril 2020. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / CBC Les communications avec le public font aussi défaut. Pendant toute la durée de la tuerie, la GRC n’envoie aucune alerte pour prévenir les Néo-Écossais du danger. Elle utilise plutôt le réseau social Twitter – aujourd’hui X. L’enquête publique révèle qu’une alerte aurait pu sauver des vies. Les recommandations de la Commission des pertes massives au sujet des alertes d’urgence ont d’ailleurs mené à des changements rapides et tangibles. Aujourd’hui, ces alertes sont fréquemment utilisées tant pour des interventions policières que pour des avis d’ébullition de l’eau. Une autre chose qui a changé après Portapique, c’est la vente d’anciens équipements des forces de l’ordre, qui est désormais interdite par la loi en Nouvelle-Écosse, et la vente d’anciens véhicules de patrouille de la GRC, qui demeure sous le coup d’un moratoire. Par contre, d’autres changements prennent du temps à se matérialiser. C’est le cas des recommandations visant à prévenir la violence conjugale et à soutenir les victimes. La Nouvelle-Écosse a adopté en septembre dernier une loi qui reconnaît le caractère épidémique de la violence entre partenaires intimes. Depuis, sept femmes ont tout de même été tuées par leur conjoint dans la province. Avec des renseignements de Kheira Morellon et du Téléjournal Acadiefaire preuve de compassion et de soutien pendant cette période difficile, en respectant l'intimité des familles et des communautés touchées et en leur donnant l'espace nécessaire pour faire leur deuil, réfléchir et se souvenir
.
Cette tuerie de masse a profondément endeuillé les personnes les plus touchées et, cinq ans plus tard, nous continuons d'en ressentir les effets profonds
, écrit dans un communiqué Myra Freeman, la présidente du comité qui veille à la mise en œuvre des 130 recommandations de la commission d'enquête publique sur la tuerie.Chacun vit son deuil à sa manière
Chacun vit son deuil à sa manière
, explique Janah Fair, une responsable régionale de la santé mentale et du traitement des dépendances auprès de Santé Nouvelle-Écosse. Certaines personnes trouvent qu'il est utile de partager leur histoire, tandis que d'autres trouvent que c'est difficile, traumatisant ou accablant.

Une scène d'apocalypse


Une traque sur plus de 200 kilomètres




Des changements tangibles, d'autres moins
Il y a eu une leçon apprise par la GRC
, souligne Pierre-Yves Bourduas, un ancien sous-commissaire de la police fédérale, en entrevue à Radio-Canada. Ce genre de communication doit se faire de façon à ce que le public soit avisé le plus rapidement possible afin justement de protéger le public.
Advertising by Adpathway









