La voix de milliers de policiers « frustrés » retentit en campagne électorale
Le Parti conservateur du Canada a forgé des alliances inédites avec des membres de la communauté policière pour vendre son programme électoral en matière de justice qui inclut des peines de prison particulièrement sévères, notamment pour les trafiquants de fentanyl ou les meurtriers de masse. Au sein du parti de Pierre Poilievre, on espère notamment que ces mesures seront populaires au sein de l’électorat dans des circonscriptions chaudement disputées au pays, dont dans les banlieues de Toronto. Parmi 342 candidats conservateurs au pays, 14 ont déjà été policiers. Jacques Painchaud, l’ancien président de l’Association des policières et policiers provinciaux du Québec, se présente notamment dans une circonscription qui était détenue par les libéraux en Estrie. Le candidat conservateur de la circonscription de Compton-Stanstead, Jacques Painchaud. Photo : Radio-Canada / Zoé Bellehumeur Parmi les autres principaux partis, il y a seulement trois ex-policiers qui se présentent pour le Parti libéral du Canada et aucun pour le Bloc québécois. (Le NPD n’a pas pu fournir de détails sur ce sujet.) En plus de ses candidatures issues des milieux policiers, le PCC a noué une alliance importante avec deux associations de policiers dans des banlieues à l’est et à l’ouest de Toronto, où la lutte entre libéraux et conservateurs est particulièrement vive. Semblables à des syndicats, les associations de policiers municipaux de l’Ontario ont déjà appuyé des partis provinciaux, mais dans les rangs conservateurs fédéraux, on mentionne qu’il est Lors d’un rassemblement aux côtés du chef conservateur Pierre Poilievre le 9 avril, le président de la Peel Regional Police Association a attaqué le bilan libéral et vanté les mérites des politiques conservatrices en matière d’ordre public. Cette association représente plus de 3000 membres du service de police qui couvre cette région de 1,5 million d’habitants à l’ouest de Toronto. Pierre Poilievre a remercié Adrian Woolley pour son appui sur la plateforme X.
Photo : Capture d'écran / compte X de Pierre Poilievre Une autre association qui représente 1200 policiers en Ontario, la Durham Regional Police Association, a elle aussi annoncé qu’elle appuie le Parti conservateur. Ses membres sont responsables de la sécurité publique dans cette région qui compte 800 000 personnes, y compris la ville d’Oshawa. Même si l’Association canadienne des policiers demeure neutre dans cette campagne, le président de cette organisation dit que les appuis récoltés par le Parti conservateur sont le reflet d’un état d’esprit prévalent parmi ses 60 000 membres. Je peux vous dire qu’en ce moment, les membres que je représente partout au pays sont extrêmement frustrés. Ils sont frustrés par ce qu’ils perçoivent comme étant une réponse inadéquate aux tendances en matière de criminalité qu’on peut observer dans nos communautés. La politologue Stéphanie Chouinard explique que les appuis récoltés par les conservateurs pourraient s’avérer utiles dans les banlieues, même si certains pourraient croire que les services policiers ont plutôt un Depuis des années, Pierre Poilievre attaque sans relâche le bilan libéral en matière de criminalité, et il a récemment promis d’utiliser la disposition de dérogation, couramment (et erronément) appelée Il promet notamment d’abolir des peines de détention à domicile – qu’il qualifie de Le Parti conservateur suggère d’imposer des peines de prison plus sévères pour de nombreux crimes. Photo : Unsplash / Matthew Ansley Il a annoncé des peines minimales de 10 ans de prison pour quiconque commet trois infractions graves et des peines sans possibilité de libération pour des Le chef libéral Mark Carney a rétorqué qu’il s’oppose à l’utilisation de la disposition de dérogation par le gouvernement fédéral. Il ajoute que son parti propose des politiques plus strictes que les conservateurs pour restreindre l’utilisation d’armes de type militaire au Canada. Le chef du Bloc québécois, Yves-François Blanchet, a lui aussi critiqué la proposition du Parti conservateur d’avoir recours à la disposition de dérogation. Aux yeux du NPD aussi, il serait malavisé d’utiliser la disposition de dérogation pour permettre l’imposition de peines d’emprisonnement consécutives qui iraient au-delà de la période actuelle de 25 ans avant qu’un détenu puisse demander une libération conditionnelle. Le président de l’Association canadienne des policiers (ACP) fait référence à trois tendances pour expliquer le sentiment d’insatisfaction parmi certains membres de la communauté policière au Canada. Selon Tom Stamatakis, les policiers se trouvent au cœur de la crise de santé publique liée à l’utilisation d'opioïdes et de drogues synthétiques, souvent par des personnes aux prises avec des problèmes de santé mentale. S’ajoutent des hausses du nombre de crimes comme les vols de voitures, les intrusions avec violence dans des domiciles et la remise en liberté rapide de nombreux criminels, qui font en sorte que des policiers se sentent à bout de souffle et abandonnés par les différents ordres de gouvernement. Le président de l’Association canadienne des policiers, Tom Stamatakis. Photo : La Presse canadienne / Ethan Cairns Ensuite, dit-il, le travail des policiers est souvent scruté à la loupe par des groupes activistes qui parlent de réduire le financement accordé aux services de police. Ces critiques, affirme Tom Stamatakis, sont parfois reprises ou amplifiées par des élus, ce qui nourrit un sentiment d’isolement pour certains policiers. Troisièmement, M. Stamatakis fait remarquer que les nombreuses manifestations en lien avec la guerre entre Israël et le Hamas depuis le 7 octobre 2023 ont exigé de nombreux déploiements policiers et exacerbé le sentiment d’être continuellement surveillé. Jointes par Radio-Canada, de nombreuses autres associations et fraternités de policiers ont dit qu’elles ne prendraient pas position dans le débat politique fédéral. Professeur de criminologie à l’Université de Montréal, Massimiliano Mulone dit que les policiers au Canada et d’ailleurs dans le monde ont tendance à être plus à droite sur l’échiquier politique et se sentent fréquemment aliénés par les gouvernements de gauche. Dans ce contexte, il était prévisible que des policiers retraités ou des associations de policiers réclament des durcissements de peines de prison, dit-il. Une autre criminologue, Maria Mourani, dit qu’il était inévitable que des lois adoptées sous le gouvernement de Justin Trudeau de 2015 à 2025 soient contestées par des policiers. Le ministre de la Justice du Québec, Simon Jolin-Barrette, a lui aussi réclamé cette semaine l’abolition de mesures adoptées par le gouvernement Trudeau. Lors d’une annonce en matière de criminalité le 10 avril, le Parti libéral a notamment promis de réduire l’accès à la remise en liberté sous caution pour certains 
inhabituel
pour eux de recevoir leur appui formel.Les libéraux nous ont envoyé un message clair et précis : c’est que les criminels passent en premier, tandis que la sécurité des Canadiens et des communautés passe en deuxième
, a affirmé Adrian Woolley devant des milliers de partisans conservateurs réunis à Brampton.
Pierre va instaurer des peines minimales, il mettra fin aux portes tournantes dans le système de justice et enverra les criminels violents là où ils devraient être : derrière les barreaux
, a ajouté le président de cette association policière.Il est temps de prendre le crime au sérieux
, affirme la Durham Regional Police Association. Nous croyons que Pierre Poilievre et le Parti conservateur du Canada sont les mieux placés pour y arriver.
Un sentiment de frustration
devoir de neutralité partisane
.C’est une arme à double tranchant
, croit cette professeure de science politique au Collège militaire royal de Kingston et à l'Université Queen's. Parmi la population plus à droite, c’est une profession qui est très respectée, mais auprès d’une population plus progressiste, les corps policiers ont un déficit de crédibilité.
Deux approches en matière de criminalité
clause nonobstant
, pour soustraire de nouvelles dispositions du Code criminel d’une éventuelle révision judiciaire.sentences Netflix
– et de restreindre le trafic illégal d’armes à feu en provenance des États-Unis.
meurtriers de masse
.[La disposition de dérogation] est là pour une raison, et cette raison, c'est de protéger les droits des Canadiens menacés par des lois procriminels que les libéraux ont adoptées
, a dit Pierre Poilievre cette semaine.L'utilisation de la disposition de dérogation de manière préventive, ce n'est pas du tout correct et c'est très dangereux
, a soutenu Mark Carney. Nous défendrons les droits garantis par la Charte par principe, car c'est la chose à faire.
C’est légal pour Ottawa de recourir à la [disposition de dérogation], mais ça n’a pas été créé pour ça
, a-t-il insisté. [Le fait] de vouloir recourir à la [disposition de dérogation] plutôt que d’améliorer un système de justice par processus législatif, ça me laisse un peu perplexe.
Les droits garantis par la Charte, les droits de la personne ne peuvent pas être ignorés ou mis de côté. Cela me préoccupe que l’utilisation de la [disposition de dérogation] soit de plus en plus courante
, a dit le chef Jagmeet Singh.Des policiers qui se sentent pris entre deux feux

D'une part, ils sont critiqués par la communauté juive pour ne pas prendre suffisamment de mesures. D'autre part, ils sont critiqués par d'autres personnes pour avoir été trop actifs. Donc ils sont pris entre deux feux
, explique Tom Stamatakis, de l’Association canadienne des policiers.Des policiers plus à droite
Ce n’est pas surprenant qu’ils soutiennent des politiques plus conservatrices, surtout les policiers de terrain. La police a une perspective plutôt punitive et répressive
, dit Massimiliano Mulone. La police a beaucoup l’impression d’être toujours empêchée de faire son travail comme elle aimerait le faire.
Je ne suis pas surprise, parce que ces 10 années libérales ont été, quant à moi, le pire bilan en matière de sécurité publique et nationale. On a vu plusieurs peines minimales qui ont été éliminées et qui concernaient des délits très graves, par exemple des délits avec des armes à feu et des vols avec violence
, affirme-t-elle.Les peines pour agression sexuelle ne doivent pas être purgées à la maison. Nous demandons aux chefs de tous les partis politiques fédéraux de s’engager à revoir la loi C-5 adoptée par le gouvernement Trudeau en 2022
, a-t-il lancé sur les réseaux sociaux mercredi.crimes violents et organisés
, surtout dans le cas des récidivistes.
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