Quelles conséquences du blocage des nouvelles sur Meta en contexte électoral?
Des experts s’inquiètent du rôle que peut jouer la désinformation des réseaux sociaux sur les décisions des électeurs le 28 avril, puisque Meta ne relaie plus les nouvelles des grands médias canadiens sur les sites comme Instagram et Facebook depuis 2023. En juin 2023, le gouvernement canadien a adopté la Loi sur les nouvelles en ligne, qui vise à ce que les géants du web versent une contribution financière aux médias canadiens. La réaction immédiate de Google et Meta a été de bloquer le contenu médiatique au public canadien. Depuis 2024, Google a conclu une entente, mais c’est encore le désert sur Meta. De l'avis de David Black, professeur de communications à l'Université Royal Roads, les risques de désinformation sont bien présents. Or, comme les plateformes des réseaux sociaux se sont taillé une place dans l’écosystème de l’information, sa qualité affecte plusieurs électeurs, surtout chez les jeunes Canadiens, car 57 % d’entre eux consomment leur nouvelle sur les réseaux sociaux, selon une étude de Pollara Strategic Insights menée en 2024. Puisque la circulation des nouvelles est empêchée par Meta, la place est grande ouverte aux influenceurs, dont certains n’ont pas nécessairement l’expertise ni l'éthique journalistique qu’adoptent les médias traditionnels pour relayer de l’information. Aengus Bridgman, directeur de l’Observatoire de l’écosystème médiatique de l'Université McGill, à Montréal, observe un glissement sur ce terrain. Il cite le cas de Joe Rogan, l’Américain qui anime le balado The Joe Rogan Experience et qui bénéficie d’une grande popularité. Joe Rogan anime le balado « The Joe Rogan Experience », l'un des plus populaire sur Spotify. Photo : Getty Images / Alex Trautwig Ce faisant, les informations que certains Canadiens peuvent recevoir n’ont pas de grande valeur, soutient M. Bridgman. La tentation est aussi grande pour les politiciens de passer outre les médias et publier eux-mêmes leur contenu en ligne, ajoute M. Black. Les partis politiques ont d'ailleurs dépensé pour un total de 3,9 millions de dollars en publicité sur les plateformes de Meta du 16 mars au 14 avril. Le Parti conservateur du Canada mène le bal des dépenses, et le Parti vert du Canada a déboursé le moins. Une autre source d'inquiétude, pour David Black, ce sont les électeurs qui ne se rendent pas sur les sites d’information, mais qui attendent que l’information se rende à eux. La présence de médias appelés « pink slime », qui se font passer pour des organes d'information traditionnels tout en diffusant des informations partiales ou de fausses nouvelles, prend aussi de l’ampleur sur les réseaux sociaux de Meta au Canada, vidés de nouvelles traditionnelles. Dans ce contexte, la source est indispensable : il faut prêter attention à la provenance de l’information, répètent les professeurs. Ce dernier rappelle aussi qu’il est possible de signaler du contenu en ligne qui semble frauduleux ou mal intentionné à Élections Canada.La démocratie dépend de la qualité de l’information qui est disponible à ceux qui doivent s’y impliquer
, croit-il.L’influence des… influenceurs
Ça nous inquiète beaucoup, parce qu’il y a plusieurs Canadiens qui suivent de près ce que les influenceurs américains disent. Et ils ne sont pas nécessairement bien informés de ce qui se passe ici
, fait valoir M. Bridgman.
Outrepasser les médias
Ce blocage des nouvelles par Meta encourage de manière structurelle une habitude regrettable que les politiciens ont prise ces dernières années, un peu plus à droite qu'à gauche, de ne pas s'adresser aux journalistes des médias traditionnels
, observe le professeur.Ou bien ils se tournent vers cet univers parallèle de l'information politique que sont les blogues ou les chaînes YouTube, qui ne sont pas toujours terribles, mais qui peuvent souvent être trop amicaux ou trop partisans.
Des électeurs en reste
Ce sont généralement des électeurs qui n’ont pas d'allégeance précise et qui changent de partis
, les rendant tout à la fois vulnérables et alléchants pour les partis politiques, qui tentent de séduire cet électorat.Dans la mesure où Meta bloque l’accès aux nouvelles, ces personnes ne se présenteront peut-être pas aux urnes parce qu'elles ne reçoivent pas d'informations sur les élections et sur la façon dont les choses se déroulent.
Cela crée une détérioration de l’information accessible
, note M. Black.Durant une élection, les gens ont besoin d’informations rapidement pour se former une opinion et suivre ou être à jour sur les débats de politiques publiques.
Devoir de discernement
Il faut se poser des questions : qui a publié cet article? Est-ce que son auteur est canadien? Est-ce qu’il a les intérêts de ma communauté à cœur?
soulève M. Bridgman.
Advertising by Adpathway









