Le feu sacré de la souveraineté de grand-père à petite-fille
Si, selon des experts, l'engagement politique des jeunes est en baisse au sein des partis traditionnels, il se transmet parfois encore d’une génération à l’autre, comme c’est le cas dans la famille de René Canuel, ex-député bloquiste de Matapédia-Matane. Un texte de Cédric Bérubé Malgré leurs 70 ans d’écart, René Canuel et sa petite-fille, Renée-Lou, sont tous deux animés par le même rêve. C’est avec enthousiasme que le grand-père envisage l'avenir de sa petite-fille, récemment devenue la nouvelle présidente du bureau du Parti québécois (PQ) dans la circonscription provinciale de Matane-Matapédia. « Les jeunes sont intéressés à la souveraineté. Je constate un renouveau dans la volonté de s’affirmer comme peuple », souligne Renée-Lou Canuel. Photo : AFP / Gracieuseté : Renée-Lou Canuel Depuis un mois, elle représente les membres du PQ de sa circonscription dans les congrès et aux conseils nationaux. Pour les jeunes, il y a beaucoup de choses qui nous touchent qui ont rapport avec la politique. On ne s’en rend pas compte parfois, mais absolument toutes les sphères de nos vies sont influencées par la politique. Renée-Lou Canuel a décidé de s’engager sur la voie du militantisme au sein d’un parti politique pour faire avancer le système. Elle n’est pas la seule jeune à s’engager dans la région. Ses homologues dans les circonscriptions de Gaspé et de Bonaventure, Ludovic Landry-Ducharme et Ariane Cayer, sont respectivement âgés de 26 et 32 ans. Pourtant, l'engagement citoyen au sein des partis politiques est plus rare parmi la plus jeune génération, indique Vincent Raynauld, professeur agrégé au département de communication du Emerson College à Boston. Les gens veulent vraiment être capables de s’exprimer par eux-mêmes et non pas au travers d’organisations plus institutionnalisées. Cet universitaire remarque que dans les démocraties occidentales, les jeunes s’identifient de moins en moins à des partis politiques. Au contraire, ils se rattachent davantage à leurs buts personnels. Les réseaux sociaux diversifient les moyens de s'engager en politique, selon Vincent Raynauld, professeur agrégé au département de communication du Emerson College, à Boston. Photo : Vincent Raynauld En ce sens, l’engagement de René-Lou Canuel détonne, selon le chercheur. Le milieu politisé dans lequel a été élevée Renée-Lou Canuel explique fort probablement pourquoi cette jeune étudiante a choisi de devenir présidente du bureau du PQ dans Matane-Matapédia. Au fil des années et des discussions, son grand-père lui a raconté de nombreuses anecdotes sur sa vie en politique, notamment celle d'une rencontre avec René Lévesque, qui l'a convaincu de se lancer en politique. L'ancien bloquiste René Canuel estime que les réseaux sociaux plombent l’engagement politique des plus jeunes. Photo : Radio-Canada / Cédric Bérubé Mon grand-père a influencé mes choix politiques en m’enseignant bien l’histoire du Québec ainsi que l’histoire qu’il a vécue en m’apprenant à être curieuse. Pour l'ancien bloquiste, l’arrivée des réseaux sociaux plombe l’engagement politique des plus jeunes. Il donne l’exemple de ses propres enfants, qui ont perdu de la vigueur dans leur désir que le Québec devienne indépendant après avoir beaucoup voyagé. Si Renée-Lou Canuel reconnaît que les réseaux sociaux peuvent créer un certain désengagement face aux questions de proximité, elle estime aussi qu’ils permettent d'atteindre plus de jeunes. Selon Vincent Raynauld, qui étudie les pratiques de mobilisation politique citoyenne sur les médias socionumériques, les deux Canuel ont partiellement raison. Le professeur Raynauld nuance toutefois en précisant que l'engagement par l'entremise des réseaux sociaux peut aussi être très éphémère. Les médias sociaux exposent le public à une quantité effarante d'information. Les médias sociaux peuvent mobiliser le public, mais cette mobilisation-là est souvent d’une courte période.Renée-Lou, dans 25 ans, sera la présidente du pays du Québec... Le pays du Québec!
lance avec conviction l’ancien député bloquiste.Il y a toute une génération qui n’a pas voté au référendum de 1995. Si on veut faire le pays, ça passe par les jeunes : il faut les ramener dans le camp du oui
, lance l’étudiante de 19 ans.
Si on ne s’occupe pas de la politique, dit-elle, c’est la politique qui va s’occuper de nous.
Je pense que c’est en étant dedans [le système] que tu peux réussir à changer les choses éventuellement.
Les jeunes sont intéressés à la souveraineté. Je constate un renouveau dans la volonté de s’affirmer comme peuple
, estime la militante.Au cours des vingt dernières années, des chercheurs remarquent un phénomène de self-actualization citizenship, c’est-à-dire une citoyenneté plus basée sur le profil identitaire des individus.

[L’engagement de cette jeune femme] ne va pas dans les tendances qu’on remarque présentement, soit l’engagement pour des causes communes, qui est moins présent.
Une histoire de famille
Chaque midi, au primaire, quand je dînais avec mon grand-père, la télé était ouverte avec Mordus de politique
, raconte-t-elle, sourire aux lèvres.
À Mont-Joli, son avion était en retard d’une heure. Je lui ai donc proposé une consommation, nous avons parlé pendant une heure. C’est là que j’ai compris que René Lévesque était un homme très simple, intelligent et avec une vision profonde.
J’ai vécu des événements qu’elle n’a pas vécus. Charlottetown, Meech, [ce sont des échecs d’accords constitutionnels lors desquels] les autres provinces et les territoires nous ont craché dessus
, ajoute l’ancien élu.Les réseaux sociaux : utiles mais éphémères
Plus tu es ouvert sur le monde, moins tu attaches d’importance à ton terrain
, affirme-t-il.La page "OUI Québec", en annonçant [ses] événements sur les réseaux sociaux, ça peut faire grandir le patriotisme québécois.
Lors du printemps érable, Facebook était vraiment l’outil [qui a permis] aux gens de créer des groupes Facebook pour organiser des manifestations. Facebook, donc un réseau social, a vraiment été le moteur d’engagement politique
, dit-il.Je crois que [les réseaux sociaux] viennent diversifier l'engagement politique des membres du public. Les militants se retrouvent dans une situation où ils vont faire du local, du national et du global très rapidement
, ajoute l’universitaire.Ensuite, le public passe à une autre cause puisqu’il est exposé à énormément d'information. C’est difficile de maintenir son attention sur une cause politique
, ajoute le chercheur.
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