« Les “Indiens” ne paient pas de taxes » : l’exemption fiscale, un « privilège » cher payé
« Les Autochtones sont privilégiés, ils ne paient pas de taxes et d’impôts! » Loin de constituer un privilège, cette exemption fiscale s’inscrit dans un régime de tutelle qui comporte de « sérieux inconvénients ». Remise en perspective. Contrairement à leurs concitoyens, les peuples autochtones relèvent d’abord et avant tout du gouvernement fédéral. En particulier, les Premières Nations sont assujetties à la Loi sur les Indiens, à moins d’être signataires d’un traité moderne. L’article 87 de la Loi stipule que Seulement, cette règle fiscale à elle seule n’est pas représentative de la réalité des Premières Nations, soutient M. Lepage. Si la Loi sur les Indiens peut, dans des circonstances particulières, protéger des Autochtones de la fiscalité étatique, elle les empêche néanmoins de bénéficier de certains droits fondamentaux de la société canadienne. L’exemple le plus saillant, d’après Pierre Lepage, est probablement le droit à la jouissance paisible et à la libre disposition des biens dans une communauté. Au Québec, ce droit est codifié dans la Charte des droits et libertés de la personne, une loi fondamentale de statut quasi constitutionnelle qui ne s’applique pas sur les La Loi sur les Indiens, ce n'est pas une loi de privilège. Au point de départ, c'était une loi qui visait la disparition. [Les législateurs canadiens] étaient convaincus que les Autochtones allaient éventuellement disparaître et que la loi faciliterait leur assimilation à la société canadienne. Anthropologue à la retraite, Pierre Lepage a animé au cours de sa carrière plus de 250 conférences sur les réalités autochtones. Photo : Radio-Canada / Marc-André Turgeon En plus d’être assujettis à un régime paternaliste, les membres des Premières Nations ne retirent que des avantages D’abord, les salaires dans l’ensemble des Premières Nations demeurent modestes, ce qui réduit l’incidence d’une exonération d’impôt. Selon le recensement canadien de 2021 (nouvelle fenêtre), le revenu d’emploi médian des Autochtones vivant en communauté en 2020 était de 29 400 $, comparativement à 40 000 $ pour ceux qui vivent à l’extérieur et à 47 600 $ pour les personnes non autochtones. De plus, ce droit semble être inaccessible pour plusieurs. La règle s’applique essentiellement lorsqu’on considère qu’un bien, comme un revenu d’emploi, est suffisamment lié à une réserve, conformément au test des Or, une majorité des membres des Premières Nations ne sont pas susceptibles de satisfaire à ce critère, car ils sont nombreux à entretenir un lien ténu avec leur communauté. Selon la Banque du Canada (nouvelle fenêtre), plus de 70 % d’entre eux résidaient en dehors d’une réserve en 2023. Enfin, cette règle fiscale comporte un inconvénient non négligeable, affirme M. Lepage. Pour les personnes exonérées d’impôt, il est vain d’investir dans des régimes d'épargne-retraite, comme le REER, dont l’attrait principal est précisément l’économie d’impôt. La planification de la retraite peut donc s’avérer un défi pour elles. Une jeune fille se balance dans la communauté crie d’Attawapiskat, au nord de l’Ontario. Photo : La Presse canadienne / Nathan Denette Pour Pierre Lepage, le contexte historique ayant donné naissance à l’exemption fiscale s’inscrit dans un changement de paradigme : la promesse initiale de Au lendemain de la Conquête, la Proclamation royale de 1763 reconnaît le rôle protecteur du roi George III envers les Catalysées par de grandes vagues d’immigration, d’abord des Treize colonies au sud puis de la Grande-Bretagne, les autorités coloniales ne tardent pas à multiplier ces ententes, qu’ils assimilent à de simples transactions foncières. De 1764 à 1862, pas moins de 30 traités de cession de terres sont signés au Haut-Canada (aujourd’hui l’Ontario). Au Bas-Canada (aujourd’hui le Québec), aucun accord n’est conclu, car on estime que le régime français a éteint tout titre foncier autochtone. Puis, dès le début du 19e siècle, l’importance militaire et économique des peuples autochtones chute. Partant, la colonie change son fusil d’épaule : l’imposition d’un mode de vie sédentaire et agraire est désormais préconisée. Cette politique de Ainsi apparaissent dans les traités de nouvelles clauses qui favorisent l’avènement de collectivités agricoles. Des terres de réserve sont créées et les membres des Premières Nations se voient accorder des paiements annuels, communément appelés Une aînée ojibwée attend qu’un agent de la GRC lui verse son annuité, conformément aux dispositions du Traité No 3 de 1873, dans l’ouest de l'Ontario. Photo : Bibliothèque et Archives Canada Seulement, les nouveaux sédentaires, étrangers à la logique mercantiliste, sont fort vulnérables non seulement aux saisies des banques, mais surtout à l’imposition de taxes foncières par des municipalités convoiteuses du peu de terres qui ont été réservées aux Autochtones. En attendant que ceux-ci C’est ainsi qu’une première clause d’exemption fiscale apparaît dans une loi de 1850 relativement à l’ensemble des Cette disposition est ensuite reprise par le jeune Dominion du Canada dans l’ D’apparence des paradis fiscaux, les réserves se sont avérées des carcans peu propices au développement économique, avance Pierre Lepage. Des propos qui font écho à ceux, 35 ans plus tôt, de la Cour suprême : Deux Autochtones cultivent une terre en 1925 sur la réserve de Hay River, dans les Territoires du Nord-Ouest. Photo : Bibliothèque et Archives Canada / J. RussellOn parle de privilèges, mais moi je ne parle pas de privilèges
, affirme l’auteur de l’ouvrage phare Mythes et réalités sur les peuples autochtones (nouvelle fenêtre), Pierre Lepage, pour qui les Autochtones ont plutôt des droits différents
.le droit d’un Indien [...] sur une réserve
et les biens meubles d’un Indien [...] situés sur une réserve
sont exemptés de taxation
. Concrètement, cette disposition, qui ne s’applique pas aux Inuit et aux Métis, vise tant les taxes sur les biens acquis dans une communauté que les impôts qui y sont prélevés.On ne peut pas isoler un seul élément du régime de tutelle sans tenir compte de l’ensemble de ses composantes
, affirme-t-il.terres de réserves
, qui sont de compétence fédérale.
Un maigre avantage économique
très relatifs
de l’exemption fiscale, notamment quant aux impôts, signale Pierre Lepage.facteurs de rattachement
élaboré par la Cour suprême dans l’arrêt Williams en 1992.
La genèse de l’exemption fiscale
protection
de la Couronne britannique à l’endroit des Autochtones a cédé à un paternalisme mal placé
.nations et tribus sauvages
en plus de confirmer leur droit incontestable sur leurs territoires. N’empêche, le document décrit le processus pour s’approprier ces terres : la négociation de traités.civilisation
facilitera leur assimilation au corps britannique, croit-on.annuités
, servant à financer la construction d'habitations et l'achat d'instruments et de bétail.
s’intègrent
pleinement à la société, la Couronne décide donc de s’interposer entre, d’une part, ses protégés et, d’autre part, les forces de la société susceptibles de les dépouiller de leurs biens.sauvages
du Haut-Canada. Cette mesure s'applique aussi, bien qu’implicitement, au Bas-Canada.Acte des sauvages
de 1876. On retrouve également dans cette version originale de la Loi sur les Indiens une clause d'insaisissabilité des biens sur une communauté, toujours en vigueur.[L]'objet de la Loi [sur les Indiens] n'est pas de remédier à la situation économiquement défavorable des Indiens
, peut-on lire dans l’arrêt Mitchell, maintes fois confirmé.
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