Pas de consultations les soirs et le week-end : il manque 2000 médecins, répond la FMOQ
Le président-directeur général de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Marc-André Amyot, s’est porté vendredi à la défense de ses membres à la suite de la publication de données, obtenues par Radio-Canada, qui montrent que la vaste majorité des rendez-vous pour voir un médecin de famille au Québec ne sont offerts que du lundi au vendredi avant 15 h.
Selon des documents publics obtenus par nos collègues Daniel Boily et Davide Gentile, sur les 23 millions de rendez-vous auprès des quelque 10 000 médecins de famille du Québec, de janvier 2024 à mai 2025, 62 % n’ont été offerts que du mardi au jeudi, tandis que seulement 6 % ont été donnés la fin de semaine.
Si on examine les rendez-vous en semaine, on observe qu'environ 30 % de rendez-vous de moins sont offerts le vendredi comparativement aux jours précédents.
Pour ce qui est des plages horaires, plus de 80 % des rendez-vous ont été planifiés avant 15 h et environ 3 %, en soirée.
Selon le Dr Amyot, il est important de préciser que les médecins des GMF respectent les heures d’ouverture des cliniques.
La principale raison qui explique l'accès difficile à un médecin est que le Québec doit composer avec une pénurie de 2000 médecins de famille, a expliqué le président de la FMOQ au micro de l'émission Midi info, sur ICI Première.
Les médecins de famille qui travaillent en cabinet, ils ont l'obligation de travailler à l'hôpital, à l'urgence, à l'hospitalisation, en obstétrique, en CHSLD [centre d'hébergement et de soins de longue durée]... C'est les mêmes médecins qui font ces heures défavorables dans les gardes en deuxième ligne.
C’est une mauvaise interprétation de ces chiffres-là, proteste le Dr Amyot. À l’urgence, en hospitalisation, en aide médicale à mourir, en CHSLD, ils font des heures défavorables
, assure-t-il.
Pour ce qui est du fait que la vaste majorité des rendez-vous en cabinet sont donnés le jour, le patron de la FMOQ a là aussi une explication.
En clinique, en cabinet, le suivi des maladies chroniques, ça se fait de jour, quand tout le personnel pour accompagner les médecins est disponible. Les soirs et la fin de semaine, les GMF sont ouverts, mais c’est un service d’urgence
, a-t-il expliqué sur les ondes d’ICI RDI.
Quand un GMF doit être ouvert 60 heures par semaine, il est ouvert 60 heures par semaine
, assure le médecin.
Le problème demeure entier
Il n’en demeure pas moins qu’à l'heure actuelle, il est quasiment impossible d’être vu par un médecin de famille le soir ou les fins de semaine dans un délai raisonnable au Québec. Résultat : presque tous les gens qui sont malades hors des heures ouvrables se retrouvent assis pendant des heures dans les salles d’attente des urgences des hôpitaux.

Le manque de rendez-vous les soirs et les fins de semaine a pour conséquence d'ajouter une charge aux urgences. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Laurie Trudel
Un constat que déplore la présidente du Regroupement provincial des comités des usagers (RPCU), Sylvie Tremblay, pour qui la publication de ces chiffres confirme l'existence d'un phénomène que son organisme constatait depuis un moment déjà.
Selon elle, le système de santé ne peut pas offrir aux gens que des rendez-vous du mardi au jeudi avant 15 h.
Dans un contexte où on travaille et où on doit y aller le soir ou les week-ends, beaucoup de ces gens-là vont à l'urgence [des hôpitaux]. Les gens qui sont vulnérables, qui ont un problème de santé majeur, vont souvent à l'urgence parce qu’il n’y avait pas de plage horaire pour les prendre en amont
, a-t-elle expliqué au micro de l’émission Tout un matin, sur ICI Première.
Et à l'urgence, souligne-t-elle, ce n’est pas une sinécure. […] Il faut revenir à un peu de logique.
Il faut, selon Mme Tremblay, revoir la modulation des plages horaires pour répondre aux besoins des gens, ce qui est la mission première du système de santé.

Sylvie Tremblay, présidente du Regroupement provincial des comités des usagers
Photo : Radio-Canada
Si votre parent âgé a besoin de soins, pour un rendez-vous médical, il va souvent attendre son fils, sa fille, pour être capable d'y aller. Mais les gens travaillent. C'est la même chose pour des gens qui ont des petits boulots et qui ne peuvent pas manquer.
Iniquité entre les patients
Il y a comme une forme d'iniquité derrière ça, parce que beaucoup de gens qui n'ont pas les moyens d'aller à leur rendez-vous le jour vont se retrouver à l'urgence
, souligne Mme Tremblay.
Tout en insistant sur le fait que son organisme ne remet absolument pas en cause le professionnalisme et le dévouement des omnipraticiens, la présidente du RPCU souligne néanmoins qu’à l'heure actuelle, les urgences des hôpitaux débordent parce qu’un grand nombre de personnes n’arrivent pas à obtenir une consultation en clinique.
Et ça, ce n’est pas acceptable
, ajoute-t-elle, invitant le gouvernement et les médecins à sortir d'une logique de rapport de force pour discuter sérieusement des problèmes d’accessibilité et de prise en charge des patients. Ben oui! On va placer le patient au cœur du débat!
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