Règlement sur le bruit : citoyens et commerçants s’impatientent à Montréal
Pour de nombreux Montréalais, le printemps signifie le retour des terrasses. Mais qui dit terrasses dit aussi musique et bruits urbains. Dans certains quartiers plus résidentiels, la cohabitation peut alors devenir difficile. Rue Letourneux, dans Hochelaga-Maisonneuve, des propriétaires de condos se plaignent depuis des années de la présence de la microbrasserie L’Espace Public dans leur secteur. Ces quatre résidents de l'avenue Letourneux sont contre le projet de salle de spectacles de l'Espace Public. Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau L'entreprise, une ancienne usine de bière, a obtenu en 2020 une dérogation aux règlements municipaux permettant la vente et la consommation d’alcool sur place. Des citoyens ont tenté de se mobiliser, mais ils n’ont pas obtenu le nombre de signatures nécessaire à la tenue d'un référendum sur le projet. Depuis, des résidents se plaignent régulièrement du bruit occasionné par le commerce. Ça crie, ça parle fort… ça ne comprend pas que c'est un quartier résidentiel! Le mouvement de contestation est amplifié, entre autres, par l’implication du maire d’arrondissement dans le projet. Pierre Lessard-Blais est en effet l'un des administrateurs de L'Espace Public, selon le registre des entreprises. Bien qu’il ne participe à aucune discussion ni prise de décision concernant l'entreprise, selon ce que nous confirme l’arrondissement, les citoyens ont l’impression que les La microbrasserie a demandé récemment une nouvelle dérogation pour l’implantation d’une salle de spectacle. Pour les opposants à ce projet, c’est la goutte qui fait déborder le vase. L’Espace Public a refusé notre demande d’entrevue. En septembre 2024, sur le Plateau-Mont-Royal, un jugement de la Cour d'appel ordonnant à La Tulipe de cesser la production de bruit pouvant être entendu dans l'immeuble à logements adjacent, provoquant du même coup la fermeture de la salle de spectacle, avait généré une onde de choc dans le milieu culturel et un branle-bas réglementaire à la Ville de Montréal, qui promettait d'agir rapidement. L'arrondissement avait exempté les bars, restaurants et salles de spectacle de l'application de l'article 9 de son règlement sur le bruit, en attendant de le réviser. Promis en janvier dernier, un nouveau règlement doit finalement être adopté en juin sur le Plateau-Mont-Royal et dans l'arrondissement de Ville-Marie. Ce cadre revu et modernisé, considéré comme une étape charnière pour une mise en œuvre cohérente de la Politique de la vie nocturne sur tout le territoire de la ville, doit servir de canevas à l’harmonisation des règles dans les arrondissements. On veut mettre en place des mesures de médiation, parce qu’on souhaite une cohabitation pour avoir une vitalité nocturne, mais aussi s’assurer de la quiétude du citoyen. Le choix des arrondissements du Plateau et de Ville-Marie ne relève pas du hasard : ils regorgent d’établissements culturels, de restaurants et de bars. De 2021 à 2024, on y a recensé, en moyenne chaque année, près de 700 plaintes déposées au 311 pour le bruit. Notons que ces plaintes ne se limitaient pas aux lieux culturels. Bien que la responsable de la culture au comité exécutif de la Ville, Ericka Alnéus, affirme avec conviction que la question du bruit sera réglée au moment des élections municipales, le porte-parole de l'opposition officielle municipale en matière de politique de la vie nocturne, Julien Hénault-Ratelle, peine à croire que tous les arrondissements auront adopté leurs nouveaux règlements d'ici novembre. On est rendu au mois de mai et il n'y a toujours rien qui est venu sur la table par rapport aux modifications, que ce soit sur la question des décibels ou sur le principe de l'agent de changement. Dans Hochelaga-Maisonneuve, les résidents de la rue Letourneux ne sont pas les seuls à attendre avec impatience la nouvelle politique sur le bruit. Les Studios de Rouen, également situés dans ce quartier, Ces studios offrent une trentaine de locaux de pratique ouverts 24 heures sur 24 pour les musiciens. La majorité de leur clientèle est composée d’artistes émergents. Ces musiciens amateurs pratiquent dans les locaux surtout entre 19 h et minuit. Les membres du groupe Chop Sue Me, qui louent un local de pratique dans les Studios de Rouen, croient que les lieux de pratique sont indispensables pour les artistes en émergence. Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau Les Studios de Rouen avaient pignon sur rue bien avant que des immeubles en copropriété poussent tout autour au cours de la dernière décennie. Le plus gros danger qu'on a en ce moment, c'est l'immobilier! Le gérant des Studios de Rouen, Christian Fafard Photo : Radio-Canada / Marie-Josée Paquette-Comeau L'embourgeoisement du quartier Hochelaga-Maisonneuve provoque des conflits de cohabitation. Les Studios de Rouen tiennent à garder un climat harmonieux dans le voisinage. Ils ont investi pour insonoriser leurs locaux et installer des panneaux pour couper le bruit des climatiseurs industriels, mais il y a une limite à ces mesures, soutient le gérant. Il est difficile de contrôler le bruit des camions qui arrivent dans la nuit à la suite de spectacles ailleurs au Québec, donne en exemple Christian Fafard. Le gérant dit sensibiliser ses clients à la réalité du voisinage, mais il souhaite que les gens gardent en tête que Les Studios de Rouen offrent des locaux de pratique pour musiciens de la relève dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers
dés sont pipés
, un argument que rejette le cabinet du maire.On demande un moratoire là-dessus. Commençons par émettre une nouvelle politique de bruit, ce qui serait sensé dans le cas présent
, laisse tomber le propriétaire de condos Gino Cormier.Un canevas pour harmoniser les règles
Juste le temps de passer à travers les modifications réglementaires et de les implanter sur le terrain, bien malheureusement, [...] on va revivre cette année exactement les mêmes enjeux
, soutient le conseiller de ville du district de Tétreaultville.Musique et cohabitation
ont hâte d’être consultés
par la Ville. Le gérant des studios, Christian Fafard, craint que son entreprise, qu'il voit comme un lieu de diffusion culturel qui devrait jouir d'un statut de protection particulier, soit écartée des discussions.
On est un grand pan de la culture. On fait vivre tous les petits bars de quartier, les petits studios professionnels. Soixante-quinze pour cent de la culture à Montréal se passe dans l’underground
, affirme M. Fafard.
Les locataires qui louent des loyers sont moins enclins à chialer, parce qu'ils peuvent toujours déménager
, explique le gérant des Studios, qui ajoute : Oui, l’espèce de chialage peut venir plus des gens qui investissent de l’argent et qui sont là pour rester pour longtemps.
Ça fait du bruit. Ça fait du bruit de camion qui recule, de mouvement. Ça fait des rires qui portent loin dans les rues
, reconnaît-il.l'esprit du rock réside dans des places comme chez nous
.
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