Qu’adviendra-t-il de l’emblématique immeuble de La Baie au centre-ville de Montréal?
Depuis lundi matin, La Baie a officiellement fermé boutique au centre-ville de Montréal. Qu'adviendra-t-il de son magnifique immeuble de la rue Sainte-Catherine, qui est maintenant vacant?
En entrevue avec Patrick Masbourian à Tout un matin, le directeur général de la Société de développement commercial (SDC) du centre-ville de Montréal, Glenn Castanheira, explique pourquoi tous les Montréalais devraient se sentir interpellés par le sort de ce bâtiment.
Que sait-on quant à l'avenir du bâtiment?
Glenn Castanheira : On ne sait pas grand-chose. Ce qu'on sait, c'est que l'immeuble sera vendu. On attend de voir qui seront les acquéreurs et, ensuite, quel projet sera développé.
Il faut se rappeler que la société mère de La Baie avait déjà déposé un projet de redéveloppement en 2021, qui avait fini par être approuvé : une tour de bureaux en hauteur, surtout du côté du boulevard de Maisonneuve. Ce projet devait préserver les activités du détaillant au rez-de-chaussée.
Dans le portfolio de La Baie, l'immeuble de la rue Sainte-Catherine est possiblement le plus beau joyau. La Baie s'est départi d'autres immeubles, celui de Winnipeg et celui de Vancouver, il y a déjà un moment.
Il faut s'attendre à ce que l'immeuble de Montréal soit celui qui rapporte le plus aux fiduciaires de La Baie. Et connaissant le marché, ce qu'on peut vraiment s'attendre à avoir, c'est un projet mixte. C'est un site parfait pour un hôtel, des condos, du locatif mixte, peut-être même aussi des bureaux. Malgré ce qu'on entend postpandémie, il y a de la demande pour des bureaux de grande qualité.
Mais la question qui tue, c'est : qu'est-ce qui va se passer entre aujourd'hui et le jour où un projet verra le jour? Et ça, ça nous inquiète beaucoup.
C'est-à-dire? Je ne suis pas sûr de comprendre l'inquiétude.
G. C. : L'immeuble laissé vacant – et on le sait à Montréal, on a de gros problèmes d'immeubles laissés à l'abandon –, c'est un paquet de problèmes pour plusieurs raisons, et un fort vecteur de dévitalisation.
D'un côté, il y a bien sûr des questions de campements et de consommation de drogues dures qui peuvent se passer autour de là. Pensez aux immeubles qui ont pris feu dans les derniers mois, les dernières années. C'était presque tous des immeubles vacants où il y a eu une entrée par effraction et un incendie criminel.
De l'autre côté, on a une dévitalisation par manque d'entretien. Si l'immeuble devenait placardé, rempli de graffitis, rempli de poubelles, tout ce qui est autour perdrait en attractivité, en achalandage. On parle d'une moyenne d'achalandage de 90 000 personnes par jour dans le secteur.
Et pourquoi est-ce que cette situation devrait interpeller tous les Montréalais? Parce que l'immeuble de La Baie, à lui seul, génère près de 3 millions de dollars de taxes par année. Dans le pâté d'immeubles de ce secteur-là, c'est autour de 25 millions de dollars de taxes foncières par année. S'il y a quelque chose qu'on n'a pas en trop en ce moment à Montréal, ce sont des revenus fonciers.
Oui, mais la taxe foncière, elle ne bougera pas même s'il y a dévitalisation à court terme...
G. C. : Au contraire, la taxe bouge radicalement.
La valeur foncière d'un immeuble commercial est directement liée à ce qu'il génère comme revenus. [...] S'il n'y a pas de revenus dans l'immeuble, sa valeur chute. Le budget de la Ville de Montréal, lui, ne baisse pas. Il faut qu'on aille chercher les revenus ailleurs.
On a vu cela se produire dans d'autres villes. Je vous donne l'exemple de Calgary, qui a connu une baisse de valeur foncière de 60 % dans son centre-ville. Résultat? Augmentation des taxes résidentielles de plus de 30 %. Il faut aller le chercher quelque part, cet argent-là.
Connaissez-vous des acheteurs potentiels?
G. C. : Pas officiellement. C'est the talk of the town
[le sujet est sur toutes les lèvres, NDLR]. Mais oui, on s'attend à des affaires... On est chanceux, l'emplacement est parfait. Le square Phillips a été refait, Birks a été refait. On est directement connecté au métro.
C'est vraiment un lieu parfait. Il y a une ironie dans l'histoire de notre centre-ville qui ferait une excellente capsule pour Aujourd'hui l'histoire... Dans les années 1800, le nouveau centre-ville est né de cet immeuble.
Quand [l'homme d'affaires et marchand canadien] Henry Morgan a déménagé son magasin de l'ancien centre-ville – le Vieux-Montréal – vers la rue Sainte-Catherine, c'était à l'époque un quartier résidentiel et tout le monde le traitait de fou. Aujourd'hui, c'est une occasion de se redévelopper pour le nouveau centre-ville.
Donc on comprend que ça risque d'être long et que, pour la suite des choses à court terme, il s'agit de sécuriser les lieux.
G. C. : Absolument. La Baie l'a relativement bien fait, avec beaucoup de défis dans les dernières années. On a dû intervenir directement parce que la compagnie n'investissait plus. La propreté environnante est prise en charge par nous-mêmes, à Montréal centre-ville. La Baie investissait à l'intérieur de son immeuble, mais très peu autour.
On a déjà demandé à la Ville de Montréal de nous aider à habiller l'immeuble, à l'entretenir et à le garder sécuritaire. Il faut vraiment éviter ce qui est arrivé à Winnipeg. Quand La Baie a fermé au centre-ville de Winnipeg, l'immeuble est resté placardé pendant des années. C'est devenu une plaie qui a contribué à la dévitalisation de tout le secteur environnant. On ne peut pas se permettre ça.
Les propos de cette entrevue ont été adaptés à des fins de concision et de clarté.
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