La recette du succès des Namibiens
La nouvelle présidente vient d’écrire une page d’histoire en devenant la première femme à diriger le pays. Netumbo Nandi-Ndaitwah a inauguré, en avril dernier, une usine qui produit du fer avec de l’hydrogène vert, une première mondiale. De plus, la Namibie s'engage dans une transition énergétique devenue un modèle en Afrique. Et le pays s'est transformé en destination touristique très prisée.
La Namibie tient son nom du désert du Namib, qui borde l’océan Atlantique sur des centaines de kilomètres. Cette rencontre entre les dunes et les vagues offre des paysages à couper le souffle.

Les randonnées dans le désert à dos de dromadaire sont très populaires auprès des touristes.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Les agences de voyages sont de plus en plus nombreuses à offrir la Namibie, avec l’Afrique du Sud, dans les forfaits qui incluent des safaris animaliers.
Les excursions dans le désert namibien sont aussi populaires que les cinq rois de la savane
– lion, éléphant, rhinocéros, buffle et léopard – que l’on peut voir dans le nord du pays.
L’industrie du tourisme explose depuis 10 ans et fait maintenant vivre près de 100 000 Namibiens en offrant 11 % de tous les emplois du pays.

Rodney Links est guide chez Namibia Desert Explorers. On le voit ici près d'un dromadaire.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Rodney Links est guide depuis neuf ans chez Namibia Desert Explorers. On est en forte croissance, c’est toute l’année maintenant. Depuis janvier, il y a toujours des clients. On est très, très occupés
, affirme-t-il.
L’offre d’excursions s’est diversifiée avec le temps. En plus des randonnées à dos de dromadaire ou de quatre roues, on peut camper quelques jours dans le désert, sauter en parachute, faire du surf sur sable, des tours en montgolfière et des croisières, qui permettent de voir des dauphins et des phoques.
La gérante de Namibia Desert Explorers, Silvia Luis, estime que la clientèle a grimpé de 60 % depuis 10 ans. On est bénis d’avoir un si beau pays, avec les dunes juste à côté de la mer. Et nous sommes accueillants, nous nous entendons bien et nous nous entraidons
, dit-elle.

Des excursions en quatre roues dans le désert sont offertes aux touristes.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
La Namibie, avec seulement trois millions d’habitants, est un vaste territoire qui équivaut à une fois et demie la France. La terre aride et les nombreuses sécheresses rendent l’agriculture difficile. La pauvreté est encore importante, mais elle diminue, progressivement.
Le pays est très riche en ressources naturelles. Quatrième producteur mondial d’uranium, il exploite aussi du cuivre, du plomb et du zinc, entre autres. Ces richesses lui permettent de se classer parmi les 10 pays africains ayant le produit intérieur brut (PIB) par habitant le plus élevé.
L’extraction de diamants demeure l’industrie la plus lucrative : elle représente 10 % du PIB et 25 % des revenus d’exportation. Les gisements de diamants de la Namibie, les plus importants au monde, ont été découverts par les Allemands en 1894.
Premier génocide du XXe siècle
La colonisation allemande est extrêmement violente. Entre 1904 et 1908, les soldats allemands massacrent 80 % des Hereros et 50 % des Namas, les deux principales ethnies du pays, qui sont des éleveurs de bétail.
Des milliers d’enfants qui ont survécu aux horreurs servent alors de cobayes pour des expériences médicales et génétiques, qui inspireront les nazis plus tard. C’est officiellement le premier génocide du XXe siècle.

Un mémorial a été aménagé au cimetière de Swakopmund où sont enterrées les victimes des nations Nama et Herero du génocide commis par les Allemands.
Photo : Reuters / Sisipho Skweyiya
Après la Première Guerre mondiale, la Namibie est occupée par l’Afrique du Sud pendant 70 ans. Les Namibiens subissent donc eux aussi les violences du régime raciste de l’apartheid.
Ils obtiennent leur indépendance en 1990 et connaissent depuis une stabilité politique qui nourrit une forte croissance économique et un progrès social marqué. Aujourd’hui, les femmes occupent un nombre exceptionnel de postes de pouvoir.

Netumbo Nandi-Ndaitwah a été assermentée présidente de la Namibie le 21 mars 2025.
Photo : Reuters
Le lendemain de son assermentation historique, le 22 mars dernier, la première présidente de la Namibie a nommé une vice-présidente et un cabinet formé majoritairement de femmes.
Huit des 14 ministres sont des femmes et elles détiennent des postes influents : Finances, Affaires étrangères, Santé, Éducation, etc. C’est aussi une femme qui a été élue, par les députés, présidente de l’Assemblée nationale.
La Namibie est ainsi devenue un des rares pays au monde comptant une majorité de femmes au Parlement, au gouvernement et dans les trois postes les plus élevés du pays. Une femme avait aussi occupé le poste de première ministre de 2015 à 2025.
La dame de fer
de la police
Des Namibiennes brisent également le plafond de verre dans d’autres domaines traditionnellement très masculins, comme les mines, les pêches et la police.
Nous avons suivi sur le terrain l’inspectrice en chef Christina da Fonsech, une des rares femmes haut gradées dans la police nationale.
Les femmes peuvent atteindre les sommets, mais on doit s’entraider. On réfléchit plus vite, on prend des décisions sans hésiter, c’est ça le pouvoir des femmes.
Surnommée la dame de fer de la police
, l’inspectrice s’est fait connaître en menant un combat épique contre des églises et des pasteurs qui abusent de leurs paroissiens.
Ils s’enrichissent, par exemple, en promettant des guérisons miraculeuses. Ayant eu une enfance très difficile, elle est particulièrement sensible aux femmes et aux enfants négligés et abusés.

La policière Christina da Fonsec cherche la mère d'un bambin qui est égaré dans un township près de la capitale Windhoek.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
J’ai toujours voulu être policière pour sauver des vies, trouver des solutions, aider les gens, raconte-t-elle au volant de sa voiture de fonction. J’avais de sérieux problèmes quand j’étais jeune. Si on ne m’avait pas aidée, je ne serais pas ici.
Elle ajoute : Certaines personnes ont joué un rôle important dans ma vie. Elles m’ont éduquée, ont payé mes études. C’est ce qui fait que je suis rendue là où je suis rendue. J’ai beaucoup de gratitude, cela me donne la force d’aider la communauté, la société.
Une rare dirigeante dans l’industrie de la pêche
Martha Uumati a été la première femme namibienne à diriger une grande entreprise de pêche. Biologiste marine, elle a passé les premières années de sa carrière sur les bateaux pour aider les pêcheurs à maximiser leurs prises tout en protégeant la ressource.
Le plus difficile pour elle, devenue entrepreneure dans ce monde masculin conservateur, est de concilier son éthique de scientifique avec l’approche du profit à tout prix
.
Je suis incapable de poser des gestes qui vont à l’encontre de mon éthique. Je refuse de fournir des informations qui ne reflètent pas la réalité. Je suis une scientifique, je ne peux pas falsifier les données
, assure-t-elle.

Marthe Uumati (à gauche) est une biologiste marine devenue entrepreneure.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Un jour, l’entreprise qu’elle gère est accusée de collusion dans le but de faire grimper le prix des poissons. Elle offre alors transparence et collaboration aux enquêteurs du gouvernement. Cela ne plaît pas à son employeur de l’époque, une multinationale. Elle quitte son emploi et renonce à un gros salaire.
Un an plus tard, elle lance – avec des partenaires – un vaste projet d'agrandissement du port de Walvis Bay, deuxième ville du pays, qui comprend un chantier naval. La réparation de navires représente à elle seule des revenus potentiels de plus d’un milliard de dollars.
Le grand défi du projet est d’obtenir les autorisations pour construire des quais et des hangars en pleine mer. Peut-on aménager un port en eaux profondes tout en protégeant la faune et la flore marine?
Il faut un équilibre, dit-elle, entre les facteurs sociaux, économiques et environnementaux. Il faut faire des compromis. Mais s’il y a de sérieux risques pour l’environnement, ça ne se fera pas.
Martha Uumati fait partie de cette nouvelle génération de leaders africains qui tiennent à faire du développement durable. Ils sont aussi de plus en plus nombreux dans le secteur industriel, où la transition énergétique est devenue une priorité.

Le premier reportage télé de Sophie Langlois sur la Namibie.
Du fer vert
D’importants gisements de pétrole ont récemment été découverts au large de la côte namibienne. Le gouvernement promet que cela ne va pas ralentir la transition énergétique, déjà bien engagée. On mise beaucoup sur l’hydrogène vert, produit avec l’énergie solaire et éolienne.
HyIron est une toute nouvelle usine de fer, adossée à une centrale solaire de 44 000 panneaux. Cette énergie permet de produire de l’hydrogène vert, qui alimente l’usine.

La Namibie mise sur le développement d'énergies renouvelables comme l'énergie solaire.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Nous avons visité l’installation avec l’ingénieur en chef de l’entreprise, Kelvine Amukwaya. C’est une fonderie de fer écologique, une première mondiale
, affirme-t-il.
L’énergie solaire est acheminée dans une salle d'électrolyse. Ce procédé, explique l’ingénieur, fait passer le courant électrique dans l’eau pour séparer les molécules et en extraire l’hydrogène. On produit ainsi du fer vert, qui sera vendu à l’industrie de l’acier, au secteur de l’automobile en particulier.

HyIron est une nouvelle usine qui produit du fer de façon écologique.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
La Namibie vise à ce que 70 % de l’énergie consommée dans le pays soit renouvelable d’ici 2030. Le gouvernement incite fortement le secteur industriel à participer aux efforts de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Par exemple, des quotas d’utilisation d’énergie renouvelable sont imposés au secteur minier, qui consomme 20 % de l’énergie du pays.
Prospérité alimentaire
Le cycle des sécheresses et inondations, accéléré par les changements climatiques, maintient plusieurs pays africains dans une pauvreté extrême. Il est possible de sortir de ce mode de survie, dans la mesure où l’on n’est pas constamment confronté à l’insécurité des conflits.
Il faut savoir que 80 % des Africains vivent en paix et ne sont pas en train de combattre le choléra ou une famine. C’est le cas des Namibiens, qui sont tranquillement en train de se sortir de l’agriculture de subsistance.
Ils réussissent grâce, entre autres, à de nombreux programmes qui encouragent et financent des PME et des entreprises en démarrage, en particulier celles dirigées par des femmes.

Elizabeth Kambode a démarré son entreprise, LizWize Investment, spécialisée dans le secteur alimentaire.
Photo : Radio-Canada
Elizabeth Kambode vient de gagner un concours organisé par la Banque de développement de la Namibie, qui lui accorde une subvention de 30 000 $ pour développer son entreprise, LizWize Investment, lancée il y a un an. La trentenaire produit des pâtes, des sauces tomate et du mozzarella avec des produits biologiques locaux.
Les pâtes sont faites avec du millet perlé, une céréale traditionnelle aussi nommée mahangu, qui est très nutritive et sans gluten. C’est un aliment de base que tout le monde cultive et mange chez nous
, explique l'entrepreneure, qui a grandi dans un village agricole dans le nord du pays.
Le mahangu a fait ce que nous sommes. Si vous visitez des Namibiens, ils vont forcément vous offrir du mahangu. Vous devez en manger avant de faire quoi que ce soit d’autre
, dit-elle avec un grand sourire.

Elizabeth Kambode a des projets d'avenir pour sa petite entreprise.
Photo : Radio-Canada / Sophie Langlois
Le problème, ajoute Elizabeth, c’est qu’on le mange seulement comme céréale, alors que c’est un aliment riche, qui pourrait être cuisiné de bien d’autres façons. Avec les pâtes, je veux offrir un produit moderne, au goût du jour, fabriqué à partir d'un aliment traditionnel, qui garde toutes ses qualités nutritionnelles.
La femme d’affaires, qui cuisine encore les sauces et les pâtes chez elle, pourra maintenant acquérir une machine plus grosse et un moulin pour moudre sa propre farine de mahangu. Elle rêve, d’ici quelques années, d’avoir une usine de production.
Maintenant, nous avons une femme présidente. Ils veulent plus de femmes en affaires, ils encouragent l’émancipation des femmes. Espérons que cela deviendra plus facile pour nous d’avoir du soutien et des prêts.

Le second reportage télé de Sophie Langlois sur la Namibie.
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