Les monastères de la controverse
Le 4 février 2025, face à la montée de la grogne populaire, la province a ordonné la tenue d’une enquête par la Commission de réglementation et d’appels pour déterminer si les deux organismes propriétaires des monastères ont acquis plus de terrains que permis.
La Commission, un tribunal provincial quasi judiciaire, est responsable de l’administration de la Loi sur la protection des terres.
Unique à la plus petite province du Canada, cette loi limite à 3000 acres la quantité totale de terres qu'une entreprise peut détenir de façon directe ou indirecte.
Ils ont bien au-delà de 6000 acres
, soutient Douglas Campbell. Il arrive à ce bilan en additionnant les lots qui appartiennent à certains groupes, dirigeants, moines et religieuses associés à Bliss and Wisdom.
Radio-Canada a été en mesure de confirmer ses calculs en épluchant GeoLinc, le registre foncier de la province.
Mais les deux organismes bouddhistes visés par l'enquête affirment ne contrôler que les terrains qui sont à leur nom et dont la superficie est bien en-deçà de la limite autorisée, soit 578 acres pour GEBIS et 670 pour GWBI.
Nous avons toujours dit qu’ils ne dépassent pas leurs limites de terrains de façon individuelle
, précise l’ancien directeur régional de l’Union nationale des fermiers. Cependant, c’est en reliant les points qu’on découvre qu’ils sont tous connectés au même groupe, Bliss and Wisdom. C’est là qu’ils dépassent leurs limites.
Toute l’enquête va se jouer sur cette question clé du contrôle indirect.
La loi précise que deux ou plusieurs sociétés qui sont directement ou indirectement contrôlées par la même personne, corporation, groupe ou autre organisation sont considérées comme une seule société
.
Une entreprise qui contrevient à la loi peut être forcée de se départir de l'excédent de terres et ses directeurs risquent des amendes.
Mais démêler les ramifications entre différents dirigeants et groupes associés aux bouddhistes de l’île et les terrains qu’ils achètent peut être exigeant.
Bliss and Wisdomest un terme vague
, se défend le Vénérable Xing-En.
Le principal argument des moines et des religieuses, c’est que Bliss and Wisdom est une communauté
qui partage les mêmes valeurs, sans contrôle sur les groupes qui y adhèrent et qui sont indépendants les uns des autres.
GEBIS n'a pas de chevauchement de directeur et n'est pas financé par une organisation associée à Bliss and Wisdom Taiwan. Nous sommes donc une organisation indépendante de Bliss and Wisdom
, indique Xing-En.
Des documents officiels contredisent cette déclaration.
Le certificat d'enregistrement de GEBIS obtenu auprès de la province, en 2016, décrit l’organisme comme une opération outre-mer de “Bliss and Wisdom Monastery Corporation” à Taïwan
.
De plus, Bliss and Wisdom à Taïwan a été impliqué de près dans la construction du monastère des religieuses à l’île, dont il a annoncé l’achèvement de la première phase en 2017.
Des dépenses totalisant environ 11,3 millions de dollars canadiens ont couvert la première série de dortoirs, les usines de traitement des eaux usées, les bassins d'incendie, les routes, l'électricité et d'autres besoins en infrastructures
, écrit le regroupement taiwanais sur son site web, tout en soulignant l’appui financier de ses étudiants partout dans le monde.
L’échange de fonds et de directeurs est aussi pratique courante entre les différentes composantes de Bliss and Wisdom.
Par exemple, la Vénérable Joanna Ho, l'une des religieuses qui nous a accordé une entrevue, est l’ancienne présidente de GWBI Californie. Durant son mandat, elle a approuvé des dons de près de 200 000 dollars à GWBIÎ.-P.-É., avant de déménager au Canada.
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