Et si le Canada adoptait un programme national de dépistage du prédiabète?
Dans la Belle Province, un Québécois sur cinq est atteint de prédiabète, souvent sans le savoir. C’est pourquoi une chercheuse montréalaise souhaite implanter un programme national de dépistage et de prévention de cette maladie au pays, inspiré d’une initiative britannique qui connaît d’excellents résultats depuis plusieurs années. Le diabète est une des maladies chroniques dont l'incidence augmente le plus rapidement. Le nombre de Canadiens atteints de diabète a doublé depuis 25 ans et environ 201 000 nouveaux cas sont diagnostiqués chaque année. On estime que 6 millions de Canadiens vivent avec le prédiabète et que plus de la moitié d'entre eux développeront un diabète de type 2 au cours des 8 à 10 prochaines années si aucune mesure n'est prise. Selon cette spécialiste en médecine interne, il est possible de réduire l’incidence de cette maladie chronique. La clé est la prévention. Elle souligne que plusieurs études ont montré qu'il est possible de ralentir ou d'arrêter une progression vers le diabète. Et une initiative en Angleterre ciblant les personnes prédiabétiques ou à risque de l'être serait, selon la Dre Dasgupta, la recette parfaite pour le Canada. « Notre objectif consiste à mettre en œuvre des programmes efficaces au Québec qui serviront de catalyseurs pour d'autres programmes au Canada », explique la Dre Dasgupta, qui est également spécialiste en médecine interne au Centre universitaire de santé McGill et professeure agrégée de médecine à l'Université McGill. Photo : Université McGill En 2009, l'Angleterre a mis en œuvre le programme NHS Health Check dans le but de réduire l'incidence des maladies cardiovasculaires. Les adultes âgés de 40 à 74 ans pouvaient se présenter pour un contrôle du poids, de la taille, de la tension artérielle et des lipides non seulement dans des cliniques mais aussi dans des pharmacies ou d'autres endroits désignés par le gouvernement (par exemple : cliniques de nutrition, gymnases). Au même moment, les personnes étaient invitées à remplir un questionnaire d'évaluation du risque de diabète, suivi d'un dosage du taux de glycémie. Les données ont montré que de nombreuses personnes étaient en situation de prédiabète sans même le savoir. La situation était à ce point aiguë qu’en mars 2024, le NHS avait reçu 1,5 million de demandes de suivi et 600 000 personnes avaient entrepris des interventions de prévention du diabète. Les personnes atteintes de prédiabète ont ensuite été orientées vers un programme de prévention du diabète, et celles pour qui le test a confirmé un diagnostic, vers le programme de rémission. Dans le cadre du programme offert aux personnes prédiabétiques, 13 séances de conseils et de soutien étaient offertes sur une période de neuf mois afin de réduire le risque de développer cette maladie. Grâce à ce programme, on estime que l’incidence du diabète au sein de la population a diminué de 7,3 %. L’incidence du diabète de type 2 a diminué en moyenne de 20 % parmi les personnes testées pour le prédiabète; il a diminué de 31 % chez les personnes qui ont participé aux séances de prévention. Le NHS offre par ailleurs des séances de rémission pendant 12 semaines aux personnes atteintes de diabète de type 2. Cela comprend un programme de remplacement alimentaire, des repas hypercaloriques spécialement formulés, puis une transition vers une alimentation saine et équilibrée. En deux ans, 7540 personnes ont été orientées vers ce programme du Royaume-Uni. Parmi les 4340 personnes qui l'ont complété, 32 % ont atteint une rémission de leur diabète de type 2, avec une perte moyenne de poids de 16 kg (35 lb). Même si ce n’est pas toute la population qui participe à ces séances, l’impact sur celle-ci est impressionnant. C’était suffisant pour diminuer les taux de diabète. C’est comme pour le tabac : ce n’est pas tout le monde qui va arrêter, mais il y a tellement moins de complications que ça a un impact. Les autorités de santé publique en Angleterre ont insisté pour que ces programmes soient très accessibles, et pas seulement auprès d’un médecin de famille ou dans une clinique médicale. Les séances sont offertes à différents endroits comme des pharmacies, des salles de gym et des centres de nutrition. Pour être accrédités par le gouvernement, ces centres doivent toutefois atteindre certains objectifs et doivent partager leurs données avec le gouvernement. Le personnel qui donne ces séances n'est pas nécessairement constitué de médecins ou d'infirmières, mais tous ont reçu une formation de quelques jours sur les techniques de changement de comportement. Elle souhaite une telle collaboration parmi les professionnels de la santé au Québec qui, selon elle, pourrait être un modèle pour les autres provinces. La Dre Dasgupta rappelle que le Canada a adopté en 2022 le Cadre sur le diabète au Canada, qui recommande la mise en œuvre de programmes de prévention du diabète à l'intention des populations à haut risque et la mise sur pied de campagnes de sensibilisation pour éduquer le public quant aux facteurs de risque du diabète. De plus, note-t-elle, le NHS estime que son programme permettra d'économiser 121 millions de dollars canadiens sur 35 ans en réduisant les complications et les coûts de traitement liés au diabète. En prévenant des cas de diabète, la santé des Canadiens serait meilleure, et les systèmes économique et de santé du pays s'en porteraient également mieux.Avec l'augmentation des taux de prédiabète et de diabète de type 2, il est urgent d'agir
, affirme la Dre Kaberi Dasgupta, scientifique principale au sein du programme sur les troubles métaboliques et leurs complications à l'Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill, dans un récent texte pour l’Association médicale canadienne (nouvelle fenêtre).
Une approche éprouvée et rentable
C’est motivant pour une personne de voir qu’elle peut être en rémission du diabète
, dit la Dre Dasgupta.Le soutien de diététiciens, de kinésiologues, de psychologues et d’autres professionnels de la santé est indispensable pour pouvoir s’attaquer à cette maladie chronique qui est de plus en plus fréquente
, estime la Dre Dasgupta.
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