Confessions d’une ancienne trafiquante d’armes
Une Montréalaise, qui vit aux États-Unis depuis des décennies, a participé au trafic de dizaines d'armes au Canada, certaines aboutissant directement dans les mains de membres des gangs de trafiquants de drogue. Après plusieurs années en prison, Naomi Haynes confesse ses regrets. J'ai mes enfants, des factures à payer. Je ne pensais qu'à mes gains financiers. Je ne pensais pas aux personnes qui seraient touchées. CBC News a établi un contact avec Naomi Haynes alors qu'elle était en prison, d'abord par courriel, puis avec une application vidéo de prison défectueuse, et finalement dans le cadre d'une longue interview à la suite de sa libération l'année dernière après près de 5 ans de prison. De ses années d’incarcération en Alabama, elle se souvient de la cruauté des gardiens qui ne respectaient que les caïds, de 13 jours horribles en isolement parce qu’elle avait contracté la COVID. Mais le plus dur aura été le décès de ses parents et l'impossibilité d'assister à leurs funérailles. La mère bien-aimée de Naomi Haynes est morte d'un cancer pendant qu'elle était en prison. À la mort de son père, elle était déjà sortie, mais elle a dû assister aux funérailles sur Zoom : Mme Haynes ne peut pas quitter les États-Unis, car elle lutte contre son expulsion. Qu'en est-il des victimes potentielles d'armes à feu : son sentiment de culpabilité s'étend-il à elles? En tant que végétarienne qui se soucie du sort des animaux, se demande-t-elle parfois si des humains ont été blessés par les armes qu'elle a introduites au Canada? Plusieurs villes canadiennes enregistrent une hausse du nombre de fusillades sur leurs territoires respectifs. Photo : Radio-Canada / Bobby Hristova Au début, non, convient la femme de 45 ans aux origines jamaïcaines. Une fois lancée, sa seule préoccupation était l'argent et le paiement des factures. Mais durant ses années en prison, elle s'est mise à penser à la douleur des autres, à celle des autres familles, et à se demander si ses armes avaient tué de jeunes enfants lors de fusillades. Je ne veux pas savoir un jour que je suis responsable de la mort de quelqu'un. Comment cette femme végétarienne, diplômée de science politique et vivant dans le sud de la Floride en en est-elle arrivée là? Une partie de la réponse peut s’expliquer par le contexte familial dans lequel elle a évolué à Montréal. Naomi Haynes a grandi entourée de trafiquants de drogue. Son défunt père vendait du crack, puis en fumait. Dans un livre qu'elle écrit sur sa vie, Haynes décrit une période où il est devenu plus méchant, inconscient et indifférent, les yeux injectés de sang. Son livre décrit une sœur emprisonnée pour vente d'ecstasy. Un autre membre de sa famille, son frère, dirigeait un gang de rue local, The Outlaws, selon le quotidien La Gazette de Montréal. Dès son enfance, Naomi Haynes gagnait sa vie de manière atypique. Ses mémoires, à moitié achevées, intitulées The Runner– Tripped by the Feds, commencent ainsi : Naomi Haynes, peu de temps après sa sortie de prison en février 2024. Elle a acheté cette montre là-bas et la porte en souvenir du temps perdu. Photo : Naomi Haynes Enfant, elle faisait des courses pour les adultes et gardait la monnaie, elle récupérait les bouteilles de bière de leurs fêtes et les rapportait contre de l'argent. Plus tard, elle revendait des cigarettes de contrebande. C’est pour payer ses études à la Florida Atlantic University qu’elle se lance dans la contrebande. Au début, elle fait rentrer du haschisch, de l'huile de haschisch et de la marijuana au Canada. Puis de l’ecstasy et de la cocaïne. Ce n'est que bien des années plus tard qu'elle a commencé à vendre des armes. Vers 2016, Naomi Haynes était désespérément à court d'argent : elle était divorcée, mère d'un bébé, sans emploi et son fils aîné jouait au baseball. Le trafic d'armes de poing inquiète les autorités canadiennes. Photo : Getty Images Mais le trafic d’armes au Canada est une activité qui rapporte : 4000 $ pour une arme de poing neuve qui coûte quelques centaines de dollars dans le sud de la Floride. Naomi en trafiquait une vingtaine à la fois et admet une fois avoir effectué deux convois qui ont rapporté 160 000 $. En soustrayant le coût de l'achat, la part du chauffeur et de son partenaire, elle estime avoir conservé environ 30 000 $, ce qui lui a permis de vivre confortablement pendant quelques mois. Puis les choses ont commencé à mal tourner en février 2018. Elle avait acheté 20 armes dans différents magasins d'armes à feu de la Floride et est entrée au Canada quelques jours plus tard via l’État de New York. Mais à son retour aux États-Unis, les autorités l'arrêtent avec 4300 $ en espèces et plusieurs téléphones portables où ils découvrent les pièces d’identité contrefaites de plusieurs de ses associés. Quelques semaines plus tard, des agents du Bureau américain de l'alcool, du tabac, des armes à feu et des explosifs se présentent à son domicile de Boca Raton et la mettent devant ses contradictions et mensonges. Aux États-Unis, le parjure est un crime passible de la prison. En plus, les armes arrivées frauduleusement au Canada par l’intermédiaire de son réseau font les manchettes aux nouvelles. Un Taurus 9 mm chargé a été retrouvé caché dans le panneau d'une voiture à côté d'environ 300 000 $ de cocaïne. Quelques jours plus tard, un Ruger. 380 a été retrouvé lors d'une autre saisie de drogue. Le suspect l'a jeté en tentant de fuir la police. En septembre de cette année-là, une amie qu'elle avait embauchée a été arrêtée alors qu'elle traversait la frontière vers le Canada à partir de l'État de New York, transportant 20 armes cachées. Naomi Haynes a été filmée franchissant la frontière 62 minutes plus tard. À ce stade, la police avait trouvé un informateur. Ils enregistraient secrètement les conversations de son entourage, y compris celles de la fille de Naomi Haynes. Le 27 février 2019, Mackenzie Delmas, le petit ami de sa fille, a été arrêté. L'informateur de la police venait de lui livrer des armes. Delmas a été immédiatement inculpé. Les agents ont fouillé son domicile ainsi que celui de Naomi Haynes. C'est à ce moment-là qu’elle a compris qu'elle était fichue. Elle était en visite chez ses parents, dans la région de Montréal. Sa fille l'a appelée de la Floride au milieu de la nuit pour lui annoncer la nouvelle. La femme de 45 ans s'est effondrée sur le canapé familial en pleine crise de panique. Sa mère a essayé de la calmer en lui massant le dos. Elle se souvient qu'elle lui demandait : C'est à ce moment-là qu'elle a pris la décision de se rendre. Je me suis dit : "je ne vais pas vivre en cavale. Il faut que j'accepte la réalité. Mon heure est venue." Au Canada, le Centre national de dépistage des armes à feu aide les services de police de première ligne en établissant l’historique d’une arme à feu. Cela permet notamment d'identifier de potentiels trafiquants ainsi que leurs prête-noms. En 2024, le Centre a effectué 7049 dépistages, soit trois fois plus qu’en 2020. De ce nombre, 4238 ont été établis comme des armes à feu ayant servi à commettre un crime. D'après un article d'Alexander Panetta, de CBC NewsJe ne pensais pas aux ravages que je causais dans mon pays natal
, a-t-elle déclaré repentante à CBC News la semaine dernière. Je me sentais comme un chien dans un chenil… La pièce était sale. C'était dégoûtant. L'eau des lavabos était marron.
Prier pour que les armes soient confisquées

Je prie constamment pour que ces armes soient confisquées
, a-t-elle déclaré.Une jeunesse déjà mouvementée
D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours été une proie facile.

J'ai gagné mes premiers 1000 $ en secondaire 1
, écrit-elle.Tous ceux avec qui je faisais des affaires disaient toujours : "Pas d'armes, pas d'armes, pas d'armes, parce que ça peut être retracé"
, a-t-elle raconté à CBC News.
Un informateur dans ses rangs
Que se passe-t-il?
Naomi Haynes a avoué ce qu'elle avait fait. Toute l'histoire. Ma mère était tellement déçue.
Je savais que j'étais cuite
, dit-elle.
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