Ekote, un projet pour mieux faire briller les arts vivants autochtones
Aider les artistes autochtones en théâtre, en musique et en danse à conquérir davantage de scènes au Québec, c’est l’objectif du projet Ekote-Lumières sur les scènes autochtones, lancé mardi par le Regroupement des festivals régionaux artistiques indépendants (REFRAIN). La création du projet Ekote a bénéficié d'un coup de pouce non négligeable : celui d'Hydro-Québec. Voyant que ses courriels envoyés aux diffuseurs et programmateurs de festivals restaient sans réponse, le musicien innu Mathieu McKenzie, membre du groupe Maten et cofondateur de la maison de disques Makusham Musique, avait eu l’idée de demander de l’aide à la société d'État, avec qui la communauté innue est souvent en relation et qui est partenaire de nombreux festivals. Mathieu McKenzie, Samuel Pinette et Kim Fontaine, membres de la formation innue Maten. Photo : Alexandre Bussière / Inter-muses En faisant un appel au REFRAIN en 2022, Hydro-Québec a donc joué l’entremetteur entre Patrick Kearney, directeur général du regroupement de festivals, et Mathieu McKenzie. Ce dernier a ainsi pu lui exposer les difficultés des artistes autochtones à intégrer la programmation des salles de spectacle et des festivals. Autre obstacle pour les artistes autochtones : l’éloignement géographique. Après une heure de conversation au téléphone, Patrick Kearney a dit à Mathieu McKenzie : Pour trouver des idées, des producteurs, des diffuseurs et des festivals ont été réunis lors d’un déjeuner organisé avec l’association de diffuseurs de spectacles RIDEAU. De fil en aiguille, le projet Ekote a vu le jour. S’il est porté par le REFRAIN, qui a l’infrastructure nécessaire pour le déployer, il est le fruit de la collaboration avec plusieurs acteurs culturels autochtones, comme Makusham Musique, mais aussi la compagnie de théâtre autochtone Menuentakuan. Concrètement, Ekote vise à soutenir la création de trois spectacles de musique, de danse et de théâtre, grâce notamment à des résidences artistiques réunissant une trentaine d’artistes, et à organiser une cinquantaine de représentations de ces spectacles en 2026. Le spectacle musical mettra notamment en lumière les auteurs-compositeurs-interprètes atikamekw Kinokewin et Régis Niquay ainsi que l'autrice-compositrice-interprète wendat Sandrine Masse, qui a reçu dimanche la bourse Karim-Ouellet 2025. Côté danse, la chorégraphe wolastoqey Ivanie Aubin-Malo sera accompagnée de six autres danseurs pour proposer une nouvelle mouture de sa création Wahsipekuk : Au-delà des montagnes. L'artiste wolastoqey Ivanie Aubin-Malo dans son spectacle de danse « Wahsipekuk : Au-delà des montagnes » Photo : Facebook/La Rotonde En théâtre, les comédiens Omer St-Onge et Saulnia Jean-Pierre monteront sur scène pour offrir un spectacle de théâtre-conte basé sur des récits issus de la communauté innue. Les représentations mettront à l’honneur des artistes autochtones locaux en première partie afin de leur donner l'occasion d’acquérir de l’expérience devant un public. Des formations seront également organisées pour familiariser les jeunes Autochtones avec le fonctionnement de l’ADISQ ou encore de la SODEC et du Conseil des arts et des lettres du Québec (CALQ), deux piliers du financement de la culture québécoise. Selon Mathieu McKenzie, l’art autochtone rayonne davantage depuis qu’il a cogné à la porte d’Hydro-Québec. L’an dernier, il s’est produit avec son groupe Maten dans plusieurs festivals, notamment aux Francos de Montréal, au Festival d’été de Québec et au Festival international de la chanson de Granby. Je vois la lumière au bout du tunnel, on avance dans la bonne direction. Le projet Ekote arrive au bon moment pour aller plus loin. Ekote, qui durera deux ans, se veut également un laboratoire pour trouver des solutions aux problèmes de diffusion de l’art vivant autochtone, que le projet ne prétend pas régler au cours de ce délai. L’idée est donc de pérenniser Ekote. Pour permettre aux chanteurs et musiciens autochtones de fouler encore plus de scènes québécoises, Mathieu McKenzie aimerait que les radios commerciales fassent davantage entendre sa musique et celle de ses collègues. Très souvent, des spectateurs québécois viennent le voir à la fin des concerts de Maten. En 2023, l'artiste et son père, le chanteur Florent Vollant, ont d’ailleurs déposé un mémoire devant le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) pour réclamer l’instauration d’un quota minimal de 5 % de musique autochtone dans les radios commerciales du pays. Parfois, Mathieu McKenzie, qui a plus de 25 ans d'expérience, est las de devoir encore et toujours défendre la place de l’art autochtone. Cependant, il ne se laisse pas décourager. 
Convaincre les diffuseurs de spectacles
Beaucoup de diffuseurs ne les bookent pas ou ils les programment à 14 h, quand personne n’est encore arrivé au festival
, déplore M. Kearney.Je suis à Mani-utenam, à 1000 kilomètres de Montréal, explique Mathieu McKenzie. C’est dur d’aller à des rencontres pour se faire connaître. Et payer le transport et l’hôtel pour faire venir les artistes dans les gros centres est un gros défi.
On va t’aider. Je ne sais pas comment, mais on va t’aider.
On pensait être 10, mais on était 55 personnes
, raconte M. Kearney.Trois spectacles, plus de 50 représentations

Amplifier les progrès en cours
On voit de plus en plus d’artistes autochtones programmés
, dit-il, en soulignant au passage l’adaptation théâtrale du roman Kukum de Michel Jean.On est en train de solliciter d’autres gros partenaires
, assure Patrick Kearney.Pour plus de diffusion sur les radios commerciales
Les diffuseurs de spectacles me disent : "Si la radio diffusait ta musique la semaine avant ta venue dans notre salle de spectacles, ça nous donnerait une chance de vendre quelques billets en plus
, explique-t-il.Ils me disent : "On ne vous entend pas assez à la radio, comment ça se fait? On ne comprend pas, car on aime votre musique"
, raconte Mathieu McKenzie.Je le fais pour les générations futures, pour qu’elles fassent de la musique, du théâtre ou de la danse avec plus de facilité. Je le fais avec amour.
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