Transparence et perceptions au cœur de l’affaire Sinner, selon un expert
Devant les critiques soulevées par sa décision de régler le cas du joueur de tennis Jannik Sinner avant qu’il soit débattu devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), l’Agence mondiale antidopage (AMA) contre-attaque. Aux personnes qui considèrent que les joueurs de tennis ne sont pas tous traités de la même manière et que le système est à blâmer, l’AMA répond qu’elle est convaincue que justice a été rendue dans cette affaire. Cette réaction est venue après la sortie du Serbe Novak Djokovic, qui affirmait lundi qu’une majorité de joueurs ne sont pas satisfaits de la façon dont tout ce processus a été géré. Novak Djokovic Photo : Getty Images / Darrian Traynor L’AMA estime que le dossier a été traité de manière transparente, en soulignant que les faits qui s’y rattachent sont accessibles et du domaine public. L’Agence mondiale antidopage souligne le caractère unique de cette affaire, qui concerne une contamination du joueur de tennis italien par un produit dopant. En mars 2024, Sinner a subi deux contrôles antidopage positifs. D’infimes quantités de clostébol, une substance interdite, ont été détectées. Il avait expliqué avoir été contaminé par un membre de son équipe, qui avait des traces du produit sur sa main parce qu’il soignait une blessure. En août dernier, l’Agence internationale pour l’intégrité du tennis (ITIA) avait accepté sa défense et l’avait blanchi. Un mois plus tard, l’AMA annonçait son intention de faire appel devant le TAS et de demander une suspension d’un à deux ans. L’accord annoncé le week-end dernier entraîne une suspension de trois mois, qui permettra au numéro un mondial de reprendre ses activités sur le circuit à temps pour le tournoi du grand chelem de Roland-Garros, en France. Dans ses commentaires sur l’affaire Sinner, Djokovic a évoqué une impression de favoritisme en lien avec le dossier. Dans leur réponse respective à Radio-Canada Sports, autant l’AMA que l’ITIA ont semblé s’en défendre. Chaque cas doit être considéré selon ses faits et ses bien-fondés. Le fait qu’ils soient tous des joueurs de tennis ne signifie pas que leurs cas sont semblables et devraient produire les mêmes résultats, poursuit l’Agence. Le professeur David Pavot, de l’Université de Sherbrooke, est spécialiste en droit international du sport. Il ne partage pas, lui non plus, cette idée de favoritisme, tout en mettant en lumière une réalité. David Pavot est professeur à l'Université de Sherbrooke Photo : Radio-Canada L’idée qu'il y a un système de deux poids, deux mesures, entre les 10 premiers mondiaux, qui peuvent se défendre et qui ont des moyens quasi illimités pour se défendre, et le 200e ou 300e joueur mondial, qui n’a pas nécessairement les moyens de se défendre, ça, c'est vrai. Le professeur Pavot rappelle que de se défendre à la suite d’un contrôle antidopage positif peut coûter cher en frais d’avocat et d’expertise. Malgré l’appel qu’elle avait préalablement déposé au TAS, l’Agence mondiale antidopage était disposée à conclure un accord de règlement, L’Agence a par ailleurs rappelé que l’athlète est responsable de la négligence de son entourage. Selon l’organisme, une suspension de trois mois est adéquate sur la base des faits uniques de cette affaire. Oui, il y a de la transparence, mais on pourrait en avoir davantage. Selon le professeur Pavot, le recours au TAS aurait permis à ce tribunal de fixer des balises pour les athlètes. Il fait remarquer que, vu de l’extérieur, le cas de Jannik Sinner peut projeter une impression de géométrie variable. Dans la justification de son accord de règlement conclu avec l'Italien, l’AMA souligne que c’est l’article 10.8.2 du Code mondial antidopage, en place depuis 2021, qui lui a permis de fonctionner de cette manière. Cet article stipule que l’Agence peut y avoir recours dans les cas où des athlètes avouent leur violation des règles antidopage et acceptent les conséquences qui en découlent. Le siège de l'Agence mondiale antidopage, à Montréal Photo : Getty Images / AFP/Andrej Ivanov Elle insiste sur le fait que cette disposition du code a été utilisée des dizaines de fois depuis 2021. Par ailleurs, l’AMA souligne qu’avant même l’affaire Sinner, des modifications du Code mondial antidopage étaient déjà envisagées, en prévision de la refonte du document annoncée pour 2027. La nouvelle version, indique l’Agence, proposera plus de flexibilité dans le traitement de dossiers de contamination tel que celui du joueur de tennis italien, ainsi que dans l’application des sanctions qui s’y rattachent. L’expert en droit du sport David Pavot reconnaît que le Code mondial antidopage est en révision et qu’il devrait offrir plus de flexibilité. Mais ce dont les athlètes ont besoin, insiste-t-il, c’est de comprendre. Selon lui, si l’affaire Sinner avait poursuivi son chemin jusqu’au Tribunal arbitral du sport, cela aurait pu contribuer à cet objectif de compréhension. Remettre le dossier sur la table aurait peut-être permis aux athlètes de mieux comprendre et aurait évité à l’AMA de porter l'odieux d'une décision extrêmement critiquée.La sanction imposée est appropriée pour l’infraction commise
, écrit l’Agence dans un courriel à Radio-Canada Sports.
Rappel des faits
Favoritisme?
Chaque cas est différent
, affirme l’ITIA, en ajoutant que l’organisme traite chacun des dossiers de la même manière, peu importe le rang du joueur ou son statut.
Une affaire de perceptions
afin d'assurer un résultat juste et approprié
, a-t-elle indiqué dans un communiqué diffusé le 15 février dernier (Nouvelle fenêtre).Juridiquement, ça se tient
, note David Pavot. Il aurait cependant souhaité voir l’AMA porter sa cause jusqu’au Tribunal arbitral du sport.Je ne comprends pas trop pourquoi ils n’ont pas fait appel, même s'ils ont des chances de perdre. Je veux dire, à la limite, c'est pas très grave
, ajoute-t-il.Quand les meilleurs sont sous la lumière des projecteurs en matière de dopage, je pense qu'il y a comme une obligation morale, pour moi, d'amener les affaires à leurs termes, et d'aller en appel, si on doit aller en appel
, dit M. Pavot.C'est pour combattre un peu ce risque de perception que l'Agence mondiale antidopage ne fait pas son job correctement
, poursuit-il.
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