Une famille poursuit le CIUSSS et un psychiatre à la suite du suicide d’un patient
La famille d’un patient qui s’est suicidé en mars 2021 poursuit un psychiatre, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay–Lac-Saint-Jean et le procureur général du Québec pour un peu plus d’un million de dollars. Kévin Mercier avait reçu son congé du département de psychiatrie de l’hôpital de Chicoutimi six jours plus tôt. Yves Mercier monte lourdement les escaliers qui mènent au deuxième étage dans les locaux de Radio-Canada. Il souhaite que l’histoire de son fils soit connue pour éviter qu’une autre famille vive le même drame. Au cours de l’entrevue, il éclate en sanglots à plusieurs reprises. Ça fait quatre ans que je vis l’enfer. Kévin Mercier a vécu un premier épisode psychotique en février 2021. L’homme de 28 ans était technicien de laboratoire et arrivait d’une séquence de 14 journées de travail pour une minière dans le Nord-du-Québec. À son retour, il a fait la fête et consommé du cannabis entre le 11 et le 13 février 2021. Il montre ses premiers signes de désorganisation par la suite. Dans la nuit du 13 février, il se rend chez les parents de son colocataire et fracasse un téléviseur. Les policiers se rendent sur place. De retour dans son appartement, il tue son chat, qu’il adorait. Le compte Instagram de Kévin Mercier témoigne de son affection pour son chat. Photo : Instagram : kevdulac Le 14 février, il est admis à l’hôpital de Chicoutimi. Yves Mercier avait confiance en l’équipe en place pour traiter son fils. Une psychiatre lui mentionne : Le 22 février, une ordonnance de garde en établissement de 30 jours est prononcée par le juge Pierre Simard de la Cour du Québec. Kévin Mercier Photo : Facebook / Kev du Lac Quelques jours plus tard, la famille reçoit des nouvelles de la même psychiatre. Elle prend congé pour la semaine de relâche et affirme que des sorties temporaires pourraient être envisagées à son retour de vacances après réévaluation. Un autre psychiatre prend alors le relais, soit celui qui est visé par la poursuite. Selon le document de la poursuite, le dossier de Kévin Mercier avait été révisé le 1er mars par le psychiatre et une résidente sénior en psychiatrie. Kévin Mercier a averti ses proches de sa sortie éventuelle par téléphone, mais ces derniers ont cru qu’il n’avait pas bien compris les intentions du médecin. Kévin Mercier sort de l’hôpital de Chicoutimi le 3 mars. Sa famille n’en est pas avisée. L’homme de 28 ans part seul, à pied, et appelle une connaissance. L’amie le ramène à Saint-Ludger-de-Milot, chez ses parents. Le fils d'Yves Mercier s'est suicidé en mars 2021. Photo : Radio-Canada / Claude Bouchard Yves Mercier aurait aimé être avisé de la sortie d’hôpital de son fils, mais aussi avoir accès à des conseils pour l'aider à traverser cette période. Il disait que la télévision lui parlait et disait de mauvaises choses. C’était épouvantable. Le 4 mars, Kévin Mercier appelle au département de psychiatrie de l'hôpital de Chicoutimi. Il mentionne à une réceptionniste qu'il a des idées noires. Le 4, quand il a appelé, il a eu juste une ordonnance. Personne ne l’a pris en charge. Kévin Mercier appelle de nouveau le 7 mars et parle de ses idées suicidaires. Selon les documents déposés en cour, il aurait reçu un appel du département de psychiatrie, mais l'aurait manqué. Un message a été laissé sur sa boîte vocale. Le père déplore que personne n’ait tenté de joindre la famille. Au lieu de cela, la famille Mercier a été laissée à elle-même, démunie, devant faire preuve d’hypervigilance pour éviter que Kévin passe à l’acte. Kévin Mercier avait pris soin de déjeuner le 9 mars. Il semblait bien aller, se souvient son père. L’entrepreneur devait sortir de la maison quelques instants pour aller chercher un colis. Kévin Mercier Photo : Facebook / Kev du Lac En revenant, le père cherche son fils dans toutes les pièces de sa maison, en vain. Dehors, il aperçoit des traces de pas le long du garage. Il est déjà trop tard. Kévin Mercier a profité de l’absence de son père pour mettre fin à ses jours. Il a été maintenu en vie artificiellement jusqu’au 15 mars 2021. Il a pu donner ses organes. Ce qui est le pire quand tu perds un enfant, c’est de le voir mourir deux fois. La famille Mercier reproche au psychiatre en poste le 1er mars d’avoir donné son congé de manière précipitée à Kévin Mercier. La poursuite mentionne également l’absence de suivi et de rencontre en personne lorsque l’homme a rappelé en psychiatrie pour mentionner qu’il avait des idées suicidaires. Le suicide de Kévin Mercier a fait l'objet d'une enquête de la coroner Francine Danais. (Photo d'archives) Photo : iStock / Wacharaphong / Getty images En ce qui concerne le CIUSSS, la poursuite avance que La famille accuse aussi le ministère de la Santé de ne pas avoir dégagé les budgets nécessaires au département de psychiatrie du CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean a décidé de ne pas commenter le dossier étant donné que des procédures judiciaires sont en cours. L’avocat qui représente le psychiatre poursuivi n’a pas de commentaires à formuler. La famille de Kévin Mercier n'a pas porté plainte au CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean ni au Collège des médecins. Dans son rapport sur la mort de Kévin Mercier, la coroner Francine Danais a soulevé la difficulté d'évaluer avec précision un état mental. Selon elle, l'ordonnance de garde en établissement de 30 jours, nommée P-38, doit être levée dès que le critère de risque grave et immédiat est disparu. On y apprend par ailleurs qu'après la mort de Kévin Mercier, un plan d'amélioration a été mis en place. Bien que des améliorations au "système" soient toujours souhaitables, le CIUSSS a mis en place de nouvelles pratiques qui, je l’espère, faciliteront une meilleure prise en charge. Dans le contexte, la coroner n’a pas fait de recommandations. Après les événements, le CIUSSS a déployé un La famille a demandé à participer à la réunion pour donner ses recommandations afin d’éviter qu’un événement similaire se reproduise. Cela lui a été refusé. Déçue, la famille Mercier a fait parvenir son témoignage et ses observations par écrit au CIUSSS. L’argent ne ramènera pas Kévin Mercier, son père en est bien conscient. Il tue son chat au cours d'un épisode psychotique

Kévin, il ne parlait pas. Nous autres, on essayait de le faire parler. Il ne parlait pas, il faisait des gestes avec ses doigts
, affirme Yves Mercier avant de lâcher un long soupir. Son fils était en psychose. Yves Mercier ignorait totalement ce que cela impliquait.Ne vous inquiétez pas, on va en prendre soin. Il vont lui donner la bonne médication. On va vous redonner Kévin comme il était avant.

On est le vendredi 26 février. En février, il y a 28 jours. 26, 27, 28. Le lundi 1er mars, le [psychiatre] signe un papier de sortie pour le mercredi 3
, déplore le père.Il sort de l’hôpital, seul
Je n’ai pas de diplôme de psychiatre accroché sur aucun mur, moi. Ce n’est pas placardé. Ça ne m’a pas pris 30 secondes pour m'apercevoir que Kévin n’était pas dans son assiette
, affirme le père.
Je l’ai serré dans mes bras. Il avait les deux bras battants, sans aucune émotion. Il errait dans la maison sans parler, se souvient-il. Il ne voulait pas qu’on écoute la télévision.
Un geste irréparable le 9 mars 2021
Je dis à Kévin : "Es-tu correct? Je vais partir cinq minutes, es-tu correct? Veux-tu venir avec moi?" Il dit : "Oui, je suis correct. Je joue au billard." Je l'espionne un peu, tout en allant chercher mon manteau, en m'habillant, et ç'a l'air bien correct. Il joue vraiment au billard, il ne fait pas semblant. Je pars.

Dépôt d'une poursuite

le personnel de l’équipe de psychiatrie a été négligent dans le traitement des deux appels faits par Kevin les 4 et 7 mars 2021, ce qui a directement conduit à son suicide, deux jours plus tard
.Une coroner se penche sur le cas de Kévin Mercier
Contrairement aux maladies "physiques", il est impossible pour un psychiatre ou tout autre professionnel d’évaluer avec précision l’état mental du patient et encore moins de le prévoir
, a écrit la coroner dans son rapport.Au 1er mars 2021, la crise psychotique était résolue et M. Mercier était clairement en mesure de nommer les éléments déclencheurs. Le dossier fait état d’une pensée cohérente et d’une capacité de juger. Il ne remplissait plus les critères dictés par la P-38 pour maintenir une restriction de sa liberté
, a-t-elle écrit.processus d’événement sentinelle
. Faire son deuil
On ne le fait pas pour l’argent, mais à quelque part on veut être dédommagés. Moi, je veux faire mon deuil de ça
, dit le père, qui pense ne jamais être capable de guérir de sa blessure.
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