Sans Red Bull, l’Ice Cross apprend à voler de ses propres ailes
Lorsque le sport était présenté par Red Bull, la descente extrême en patin faisait courir les foules un peu partout en Europe et en Amérique du Nord. Plus de 100 000 spectateurs avaient assisté à l’édition 2012 de l’événement présenté dans le Vieux-Québec. Des dizaines de milliers de curieux se sont aussi réunis à Ottawa en 2017. Mais avec le retrait du commanditaire en 2019, le sport rebaptisé « Ice Cross » est appelé à se réinventer. En fin de semaine devait avoir lieu à Sainte-Angèle-de-Mérici la troisième édition de l'Ice Cross SAM, l'une des rares étapes figurant toujours au calendrier du circuit mondial. Le conseil municipal de cette petite ville du Bas-Saint-Laurent a toutefois décidé en décembre dernier d’annuler l’événement à cause des coûts et des craintes par rapport à la météo. La compétition Red Bull Crashed Ice, le 17 mars 2012 à Québec Photo : Reuters / Mathieu Belanger L’annulation a déçu l’athlète Laurent Goulet-Garneau, qui espérait terminer sa saison à la maison, avec une rare occasion de patiner devant ses proches. Celui qui œuvre sur le circuit mondial depuis 2012 admet que le sport est en perte de vitesse ces dernières années. Mais je pense qu’il faut regarder plus loin que le circuit mondial. Le sport est en santé quand même si tu regardes les initiatives locales. Il y a des projets intéressants. Steven Hayes est également un vétéran du milieu. Il se souvient de l’âge d’or de son sport, dans les années 2010. Une piste avait été installée au cœur du stade de baseball de Boston en 2019. Photo : Radio-Canada / Courtoisie Billie Weiss/Boston Red Sox En 2019, Red Bull avait présenté les mondiaux au mythique Fenway Park de Boston. Mais il s’agira de la dernière grande compétition commanditée par la marque de boissons énergisantes, qui s’est depuis distancée du patinage extrême à la faveur d’autres sports. D’autres facteurs sont ensuite venus ralentir la progression du sport, comme la pandémie de COVID-19. L’invasion de l'Ukraine par l’armée russe est aussi venue limiter les occasions de compétitions dans ce sport encore très populaire en Europe. De sorte que cette année, avec l’annulation de la course québécoise, le circuit mondial n’a présenté que deux étapes, à Val Thorens, en France, en décembre, puis à Winterleiten, en Autriche, en février. Laurent Goulet-Garneau en action Photo : Gracieuseté : Laurent Goulet-Garneau Mais Laurent Goulet-Garneau, qui a terminé la saison 2024-2025 au 7e rang du classement mondial, a bon espoir de voir le calendrier prendre de l’ampleur l’année prochaine. Je sais qu’il y a des discussions en ce moment pour tenir un événement l’an prochain au Québec. Je suis très confiant. La décision d’annuler la course à Sainte-Angèle-de-Mérici et de le remplacer par un festival n’a pas été prise à la légère, assure le maire Jimmy Valcourt. Un chantier avait même été lancé au cours de l’été pour préparer la piste glacée de quelque 250 mètres. Les hivers changeants étaient au centre des préoccupations. L'athlète Steven Hayes jouait aussi le rôle de promoteur lors des courses présentées à Sainte-Angèle-de-Mérici. Photo : Gracieuseté : Laurie Cardinal - Incontournable Productions La météo joue souvent les trouble-fête dans le sport, confirme Laurent Goulet-Garneau. Steven Hayes a aussi participé à l’organisation des courses mériciennes à titre de promoteur. Il comprend bien les enjeux. L'année dernière, on a dû utiliser des canons à neige. On doit avoir beaucoup de neige, et de la neige vierge pour faire la glace. Si c'est de la neige qui a été en contact avec du sel, elle est contaminée, et ça ne fera pas de la glace durable. On dépend vraiment de Dame Nature. Et il y a des coûts associés à ce risque. Pour l’événement au complet, qui s’étalait sur une fin de semaine, le maire parle d'un budget de 150 000 $. La municipalité déboursait environ 70 000 $. Une centaine de patineurs ont participé à la dernière édition de l'Ice Cross de Sainte-Angèle-de-Mérici. Photo : Radio-Canada / Jean-Luc Blanchet Steven Hayes laisse entendre qu'un désaccord entre la Ville et la Fédération canadienne d'Ice Cross aurait aussi compliqué l’organisation de la compétition cette année. Une information partagée par le maire Jimmy Valcourt, qui aurait souhaité une plus grande collaboration de la part de l’organisation. Le lien de confiance entre la fédération et la municipalité était fragile, raconte-t-il. Jimmy Valcourt est maire de Sainte-Angèle-de-Mérici et coorganisateur de l'Ice Cross. Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory La Fédération canadienne d'Ice Cross n’a pas voulu répondre aux questions de Radio-Canada. À la suite de l’annulation de l’événement, en décembre, le président David Perreira avait publié sur Facebook un message soutenant qu’elle Steven Hayes compte néanmoins redémarrer lui-même le projet. Il soutient que la Fédération internationale d'Ice Cross n’exige plus l'implication d’une fédération nationale dans l’organisation d’une course. La piste du Ice Cross de Sainte-Angèle-de-Mérici faisait 250 mètres lors des premières éditions. Photo : Radio-Canada / Gabriel Paré-Asatoory On travaille fort pour garder le sport en vie, car c’est un sport qui coûte extrêmement cher. Avant, on avait Red Bull comme commanditaire. Et il y a eu la COVID qui a fait mal. Il faut trouver de nouvelles ressources. Hayes mentionne aussi travailler avec des partenaires pour organiser une course à Rimouski. Il évoque une facture totale d'environ 50 000 $, pour la construction d'une piste qui correspond aux standards de la fédération internationale. Une étape de Ice Cross a déjà été présentée à Charlevoix en 2020. Photo : Radio-Canada / Jean-Philippe MartinOn parle d’un événement avec un budget important. Et ce sont des coûts largement assumés par la municipalité
, prévient le maire Jimmy Valcourt, qui ne ferme pas la porte à un éventuel autre rendez-vous dans sa ville. On a décidé de jouer de prudence cette année. Mettez-nous un commanditaire comme Red Bull et c'est sûr qu'on serait capable de faire de quoi.

C’est sûr que j'étais très déçu de perdre une course locale comme ça. Ça fait mal parce que c’est une question de fierté aussi, pour nous, de recevoir dans notre pays des gens de notre milieu. Ça prend au minimum une course au Canada par année. Et on a toujours eu un super accueil à Sainte-Angèle-de-Mérici, les gens étaient contents de nous recevoir.
On est dans un creux en ce moment, mais je pense que ça va repartir, pense-t-il. Le départ de Red Bull, ça a vraiment été comme un gros coup de marteau sur notre sport.
À l’époque, on comptait presque une dizaine de courses par an, souligne-t-il. Red Bull finançait de très gros événements, comme celui à Boston.

La Russie a sa propre course, mais ce n’est pas très rassurant d’aller là en ce moment
, indique Laurent Goulet-Garneau.
Un terrain glissant
Tout événement hivernal, c’est un risque, il peut neiger, il peut pleuvoir. On a pris la décision d’être sage cette année et de ne pas courir ce risque, explique le maire. Il faut être conscient de tout le travail qui est nécessaire, qui est fait par des bénévoles, par la communauté.

C’est une grosse contrainte, c’est un sujet qui est beaucoup discuté. Plus la course est tôt ou tard dans la saison, plus tu cours un risque qu’elle n’ait pas lieu.
Ça prend des conditions presque parfaites. Ça prend du froid, entre -10 degrés et -20 degrés, pour glacer. Pour le terrain, une partie est faite avec une pelle mécanique, mais 90 % du circuit est construit à la main
, explique-t-il.C’est considérable pour une communauté de 1000 habitants, rappelle l'élu. Oui, c’est le rôle d’une municipalité d’organiser des loisirs, mais ce n’est pas notre seule responsabilité.

Il y a eu une mésentente sur certains aspects
, selon lui.Faire un événement, c’est un travail d’équipe. Là, tout reposait sur la communauté, quasiment, dit-il. La fédération faisait juste le lien avec les athlètes, les inscriptions, les juges, le chronométrage...

C’est une petite fédération, c’est un comité d’une seule personne et ça, c’était un peu insécurisant, admet-il. Il y avait peut-être un peu moins de confiance. On ne se sentait pas nécessairement rassurés.
On nous proposait de faire une piste plus longue, autour de 380 mètres, avec des bandes. Ça alourdit encore plus la charge des bénévoles
, déplore-t-il.avait proposé plusieurs solutions à la Ville pour permettre la tenue de l'événement, mais malheureusement, en raison de contraintes budgétaires, la Ville a pris la décision d'annuler le contrat.
Vers un nouveau départ
Il suffit d’avoir une bonne réputation auprès d’eux et ils vont nous passer le flambeau
, précise le Gaspésien, qui a adopté le sport après une course présentée à Percé, sa ville natale.Je travaille fort pour ramener la course à Sainte-Angèle dès l’an prochain et pour présenter un projet solide à la Ville
, ajoute-t-il, soulignant du même souffle l’accueil exceptionnel des Mériciens.
Les bénévoles et les employés de la municipalité ont travaillé jour et nuit lors des premières éditions. Je suis allé leur prêter main-forte. Je ne peux pas compter les heures qu’ils ont mises là-dedans. Ça a bien fonctionné les deux premières années là-bas, le maire avait ajouté des spectacles aux festivités, les athlètes ont adoré leur passage là-bas, certains ont été hébergés par des résidents
, insiste-t-il, convaincu du potentiel de l’événement. Il y a moyen de rentabiliser avec des commanditaires, avec les inscriptions des athlètes, la vente de produits sur le site.
J’attends de rencontrer la municipalité dans les prochaines semaines ou à l’été, mais l’année prochaine, je crois bien qu’on aura deux courses au Canada, peut-être plus.

On a développé une bonne expertise ici, on a démontré qu’on est capable d’organiser la course avec succès, on ne partirait pas de zéro
, nuance pour sa part le maire de Sainte-Angèle-de-Mérici, Jimmy Valcourt, ajoutant quand même qu’il est nécessaire de voir un commanditaire majeur se joindre à un quelconque projet. Qu’est-ce qui va arriver dans le futur? On est toujours ouvert, on verra.
Mais si une ville veut se lancer dans un projet comme ça, je lui souhaite bonne chance, parce que c’est énormément de travail
, conclut-il.
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