Le PQ compare SAAQclic au scandale des commandites et à Norbourg
L'opposition à Québec refuse de lâcher le morceau dans le dossier SAAQclic. Péquistes et solidaires réclament une enquête publique, alors que les libéraux exigent le décaviardage de nombreux procès-verbaux. Paul St-Pierre Plamondon parle même du « plus gros scandale sur le plan financier » de l'histoire politique québécoise.
Le rapport de la vérificatrice générale Guylaine Leclerc sur les ratés du virage informatique de la Société de l'assurance automobile du Québec (SAAQ), la semaine dernière, n'aura visiblement pas suffi aux partis d'opposition.
Ceux-ci ont, dès la reprise des travaux, mardi, tour à tour demandé au gouvernement de la Coalition avenir Québec (CAQ) de poser des gestes supplémentaires pour faire la lumière sur ce gâchis.
Déjà, Geneviève Guilbault a demandé deux nouvelles enquêtes : l’une à son propre ministère, et l’autre par l’Autorité des marchés publics (AMP). Elle a aussi contacté l'Unité permanente anticorruption (UPAC) pour souligner qu'elle jugeait pertinente l'analyse entreprise par le corps de police dans ce dossier.
Ces démarches de la ministre des Transports et de la Mobilité durable n'ont toutefois pas contenté les élus de l'opposition qui, mardi, ont maintenu la pression sur le gouvernement pour en savoir davantage sur le naufrage du Carrefour des services d’affaires (CASA), le programme qui a servi à mettre au point la plateforme SAAQclic.

Le reportage de Véronique Prince.
Devant la presse parlementaire, mardi matin, tant le Parti québécois (PQ) que Québec solidaire (QS) ont réclamé qu'une commission d'enquête indépendante soit formée pour se pencher sur ce fiasco, que le chef péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, a comparé au scandale des commandites et à celui de Norbourg.
On parle de 1,2 milliard simplement sur un des dossiers, avec un dépassement de coûts de 500 millions de dollars, a-t-il rappelé. Juste en comparaison, le scandale des commandites, la commission Gomery, c'était 330 millions dont il était question. Norbourg, comme comparaison, c'est 100 millions.
On est devant potentiellement le plus gros scandale sur le plan financier de notre histoire politique. Et nous voulons une enquête publique et indépendante.
Le porte-parole libéral en matière de transports et de mobilité durable, Monsef Derraji, a de son côté réclamé que tous les procès-verbaux de la SAAQ soient décaviardés afin de s'assurer qu'aucun responsable politique n'était au courant du désastre qui se préparait.
Les ministres savaient-ils?
Selon le rapport dévoilé la semaine dernière par Guylaine Leclerc, des dirigeants de la société d'État ont caché des informations à leurs supérieurs dans l'année ayant précédé le lancement de SAAQclic, en 2023.
La VG, toutefois, n'était pas en mesure de dire, jeudi, si les ministres de la CAQ avaient été informés en amont des difficultés techniques qui perduraient au fur et à mesure que le jour J approchait.

Nos Mordus font le point sur les suites à donner au rapport de la VG sur SAAQclic.
À son arrivée au Salon rouge, mardi après-midi, Geneviève Guilbault a expliqué n'avoir jamais eu accès aux procès-verbaux de la SAAQ obtenus par le PLQ grâce à la Loi sur l'accès aux documents des organismes publics et sur la protection des renseignements personnels.
Les ministres ne siègent pas sur les conseils d'administration, a-t-elle rappelé. Nous n'avons pas accès aux procès-verbaux. Ces documents-là [...], je ne les ai jamais vus.
Mme Guilbault a aussi assuré que son cabinet n'était pas intervenu pour caviarder les documents en question. Si des passages ont été noircis, c'est parce que la société d'État elle-même l'a jugé nécessaire, a-t-elle insisté.
Il y a une loi qui régit l'accès aux documents, a rappelé la ministre. [M. Derraji] a reçu ces documents-là à la suite d'une demande d'accès, qui a été gérée par la SAAQ [et] dont je ne mêle pas.
Le ministre de la Cybersécurité et du Numérique, Éric Caire, s'est pour sa part désolé, mardi, de voir les partis d'opposition tenter de trouver des coupables politiques au scandale, alors que la CAQ répète depuis des mois qu'elle n'était au courant de rien et que la VG, dans son rapport, a été incapable de prouver l'inverse.

La VG Guylaine Leclerc a rendu public le 20 février dernier un rapport dévastateur au sujet du lancement de la plateforme SAAQclic. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Sylvain Roy Roussel
Toute la période des questions de mardi a porté sur SAAQclic. De plus, trois motions sans préavis ont été déposées à ce sujet par chacun des groupes d'opposition. Deux d'entre elles ont toutefois été bloquées par le gouvernement.
La CAQ, d'abord, n'a pas consenti à débattre de la motion libérale exigeant le décaviardage des procès-verbaux de la SAAQ. Ni de celle de QS, qui aurait voulu que l'Assemblée déclenche une commission d'enquête sur l'octroi de la gestion des contrats publics dans l'industrie des technologies de l'information et des communications
.
La motion du PQ réclamant que les élus réaffirment solennellement leur entière adhésion au principe de responsabilité ministérielle
, elle, a été adoptée à l'unanimité. Le PLQ a ensuite insisté pour qu'une copie de la motion soit envoyée à François Legault, absent au moment du vote, et à tous les membres de son Cabinet.
SAAQclic a été lancée le 20 février 2023 alors que, selon nos informations, des voyants rouges s'affichaient toujours sur le tableau de bord de la Société de l'assurance automobile.
Symptôme que rien ne fonctionnait comme espéré, d'interminables files d'attente se sont rapidement formées devant les points de service de la SAAQ.
Le nombre de plaintes a explosé, malgré les centaines de millions de dollars engloutis par la société d'État pour régler les problèmes qui, encore aujourd'hui, causent du fil à retordre à ses clients.
Le PDG de la SAAQ, Denis Marsolais, a perdu son poste en avril 2023. Tout comme le président du C. A., Konrad Sioui, qui a été remplacé par l'ancienne secrétaire générale du gouvernement Legault, Dominique Savoie, en janvier dernier.
Ce remue-ménage, enfin, a eu pour effet de retarder la publication du rapport annuel de la SAAQ, un retard pour lequel Geneviève Guilbault a été sermonnée par la présidence de l'Assemblée nationale qui, à première vue
, y a vu un outrage au Parlement. Une enquête parlementaire a été instituée à ce sujet en janvier.
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