Ottawa s’excuse pour la réinstallation forcée d’Inuit à Dundas Harbour, au Nunavut
Le gouvernement fédéral a présenté, jeudi, des excuses officielles à des Inuit du Nunavut affectés par la réinstallation forcée de familles à Dundas Harbour, sur l’île Devon, entre les années 1934 et 1948. Le ministre des Relations Couronne-Autochtones et des Affaires du Nord, Gary Anandasangaree, a pris part à une cérémonie à Arctic Bay, dans le nord de l’île de Baffin, en présence de membres de la communauté et de descendants des victimes. Il était accompagné de la députée fédérale du Nunavut, Lori Idlout, du président de l’organisme territorial inuit Nunavut Tunngavik Inc. (NTI), Paul Irngaut, ainsi que du ministre et député territorial David Akeeagok. Enfants, aînés, familles, élèves et enseignants se sont entassés dans le centre communautaire pour assister à ces excuses attendues depuis huit décennies. La cérémonie a fait salle comble, à Arctic Bay, jeudi. Photo : CBC / Juanita Taylor Affirmant que ces excuses avaient C’est un pan honteux de l’histoire du Canada. Une période qui, je le sais, ne devrait jamais se répéter. La cérémonie était présentée par Lucy Qavavauq, qui fait partie de la Dundas Harbour Relocation Society, un regroupement qui plaide depuis plusieurs années pour obtenir des excuses officielles. Cette descendante de troisième génération décrit ce moment historique comme Elle raconte que ses ancêtres paternels étaient historiquement originaires de Kinngait (anciennement Cape Dorset), sur l’île de Baffin, et figurent parmi les victimes réinstallées. Selon Lucy Qavavauq, le travail des dernières années a avant tout été accompli pour les aînés : Karie Bell (à gauche) de la firme légale Cooper Regel LLP s'entretient avec Lucy Qavavauq de la Dundas Harbour Relocation Society avant la cérémonie d'excuses officielles. Photo : Radio-Canada / Juanita Taylor Isaac Shooyook, un aîné d’Arctic Bay et ancien député territorial, figure parmi les derniers survivants encore vivants à ce jour. Il militait depuis une quinzaine d’années pour que le gouvernement fédéral prenne acte des torts causés. Les réinstallations de Dundas Harbour figurent parmi les premiers exemples de déplacements forcés d'Inuit initiés par le gouvernement fédéral. Elles ont précédé la réinstallation de familles inuit de Port Harrison (aujourd’hui Inukjuak, au Nunavik) et de Pond Inlet dans l’Extrême-Arctique, en 1953 et en 1955. En août 1934, 52 Inuit et 109 chiens de plusieurs collectivités de l’île de Baffin – Kinngait, Pangnirtung et Pond Inlet – ont été contraints de monter à bord du navire R.M.S. Nascopie qui les a menés Dundas Harbour, où se trouvait un détachement abandonné de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), selon la Commission de vérité du Qikiqtani, qui s’est penchée sur ces événements. Un employé de longue date de la Compagnie de la Baie d'Hudson s'y est également rendu pour y exploiter un poste de traite. Dans un rapport paru en 2013, la Commission a qualifié de complexes les raisons qui ont poussé Ottawa à mettre en branle sa politique de réinstallation. Les familles relocalisées vers Dundas Harbour provenaient de plusieurs villages différents, comme Kinngait (anciennement Cape Dorset), Pangnirtung et Pond Inlet. Photo : Bibliothèque et Archives Canada Jugeant l’emplacement problématique, le gouvernement décide de fermer le poste de Dundas Harbour deux ans plus tard. Certaines familles inuit sont ramenées à Pangnirtung, tandis que d'autres seront déplacées à nouveau à plusieurs reprises, notamment au nouveau comptoir de traite de la Compagnie de la Baie d’Hudson, à Fort Ross, puis à Spence Bay (aujourd’hui Taloyoak) et à Arctic Bay, au cours des années suivantes. La communauté d'Arctic Bay en février 2025 Photo : CBC / Carl-Éric Cardinal Selon la Commission de vérité du Qikiqtani, les réinstallations forcées ont marqué au fer rouge les familles et leurs descendants, en causant un changement soudain de leur mode de vie. Le gouvernement n'a pas réussi à répondre aux impacts sociaux et psychologiques de ces déplacements sur les populations, et bon nombre d’entre eux continuent aujourd’hui de souffrir d’un sentiment de déracinement et de perte. Même si elle se félicite des excuses officielles, Lucy Qavavauq affirme qu’elle aurait souhaité qu’elles se produisent plus tôt. Le premier ministre du Nunavut, P.J. Akeeagok, a pour sa part accueilli les excuses d’Ottawa. Avec des informations de Juanita TaylorJe suis ici, au nom du gouvernement du Canada, pour présenter des excuses officielles aux familles touchées par les réinstallations de Talluruti Dundas Harbour
, a déclaré le ministre, devant une salle comble.
Reconnaissance des torts causés
beaucoup trop tardé
, Gary Anandasangaree a tenu à honorer la mémoire des victimes décédées depuis plusieurs années.Alors que la souveraineté de l'Arctique et l'importance de l'Arctique [...] fait la une des journaux, il est important que nous rappelions, à nous-mêmes, aux Canadiens et au reste du monde, que lorsque des décisions vous concernant sont prises sans vous, il y a des conséquences
, a-t-il souligné.un grand soulagement
attendu depuis très longtemps.C’est ce que nous avions en tête, faire tout cela pour eux. Nous sommes les descendants, mais c'est leur histoire. Ce sont les aînés qui se sont assis avec les personnes réinstallées et ont entendu toutes les histoires, les difficultés vécues, tout ce qui a conduit aux multiples réinstallations
, dit-elle.
Ceux qui ont été réinstallés ont été déplacés au milieu de nulle part
, a-t-il confié, dans un discours en inuktitut chargé d’émotions.Des dizaines d’Inuit déracinés
La réouverture de Dundas Harbour a servi à réaffirmer la souveraineté [Canadienne dans l'Arctique] à peu, voire aucun, frais pour le Canada, en plus de déplacer des Inuit vers une zone non peuplée depuis des endroits plus au Sud où il y avait trop de chasseurs
, peut-on lire dans son enquête (en anglais (Nouvelle fenêtre)).

Traumatismes intergénérationnels
Les conséquences de ces réinstallations ont été profondes
, a reconnu le ministre Gary Anandasangaree. De nombreuses familles déplacées ont été confrontées à d’immenses difficultés et tant leurs traumatismes que le poids de leurs expériences ont été transmis de génération en génération.
Il aurait été formidable, idéal même, que les aînés qui ont fait l'expérience [de cette réinstallation forcée] puissent être témoins de ces excuses
, soutient-elle.Enseigner à nos enfants les vérités sur le passé de notre pays est une étape importante vers une véritable guérison et réconciliation nationale
, a-t-il déclaré dans un communiqué de presse.
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