Tarifs douaniers : dans les coulisses de la diplomatie canadienne à Washington
À Washington, le temps presse pour l’ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman. Multipliant les rencontres avec les élus américains, elle et son équipe de diplomates espèrent convaincre le président Trump de faire marche arrière avec sa menace tarifaire. CBC a eu accès aux coulisses de cette campagne de la dernière chance. Récit. Dans une grande salle de marbre gris aux plafonds vertigineux, des dizaines de personnes valsent autour d’une longue table ornée de drapeaux canadiens. On y trouve du sirop d’érable ainsi que des mitaines rouges et blanches. Du café Tim Hortons et des pizzas hawaïennes – une invention canadienne – sont aussi offerts un peu plus loin. En ce mardi de février, c’est la Or, cette année, ce rendez-vous prend des allures particulières. Donald Trump entend toujours imposer des tarifs douaniers de 25 % sur les marchandises canadiennes à compter du 4 mars, une perspective que veut éviter à tout prix l’ambassadrice Kirsten Hillman. Dans la salle, des présentoirs ont été installés pour vanter les échanges commerciaux entre le Canada et les États-Unis, et pour présenter des statistiques rassurantes sur la frontière. Mme Hillman distribue aussi des autocollants sur lesquels on peut lire ceci : L'ambassadrice du Canada aux États-Unis, Kirsten Hillman Photo : The Canadian Press Au moment du passage de CBC à Washington, l’ambassadrice Hillman et son équipe sont au cœur d’une campagne éclair de quelque 75 réunions en deux jours avec des législateurs américains pour amener M. Trump à renoncer à sa menace. Que ce soit en public ou derrière des portes closes, de nombreux politiciens américains, républicains et démocrates, sont prêts à vanter les vertus du Canada en tant que voisin et partenaire commercial. Or, tout le monde n'est pas aussi facile à convaincre, souffle la consule générale Susan Harper, principale diplomate canadienne sur le terrain à Dallas, au Texas. Il lui arrive encore d’entrer dans une pièce avec des Américains et de se rendre compte Pourtant, le Canada a été le troisième partenaire d'importation du Texas en 2022, selon des chiffres du bureau du gouverneur. Et cet État a exporté pour 38,4 milliards de dollars américains de biens au Canada la même année. Aux dire de Mme Harper, il faudrait peut-être attendre que M. Trump impose effectivement des droits de douane – et que le Canada riposte par des contre-mesures – pour que les Américains prennent conscience de la gravité de la situation. La situation est tout autre pour Colin Bird, consul général du Canada à Détroit. Sa région Si Donald Trump passe finalement à l’acte, des voix vont s’élever rapidement pour dénoncer ces tarifs, croit-il. Au lendemain du Le représentant de la Floride Byron Donalds Photo : Getty Images / Anna Moneymaker Byron Donalds lui ouvre la porte. Cet élu a récemment tenu des mots durs envers le Canada, qualifiant le pays de passoire pour la drogue et l’immigration clandestine. Qu'à cela ne tienne, Kirsten Hillman l’aborde avec un grand sourire. M. Donalds la remercie, évoquant les nombreux Canadiens – et Québécois – qui vivent en Floride l’hiver. Assise dans son bureau, elle explique que la conversation s’est corsée lorsque CBC a quitté la pièce. L’ambassadrice lui a expliqué que la Floride vend beaucoup de fruits et de légumes, dont la grande majorité est achetée par des Canadiens. C'est une bonne chose que les gens s'enthousiasment pour le Canada ou disent qu'ils ont un cousin à Toronto, enchaîne Mme Hillman, mais il est également important de passer aux choses sérieuses. Alors que Donald Trump a suggéré à plusieurs reprises que le Canada devienne le 51e État américain, Kirsten Hillman pense-t-elle que les relations entre le Canada et les États-Unis pourront revenir au statu quo une fois que M. Trump aura quitté ses fonctions? Avec les informations de CBCfête du Canada
sur la colline du Capitole. Cette activité publique a lieu chaque année et se veut l’occasion pour des diplomates et fonctionnaires canadiens de célébrer et de renforcer les relations entre les deux pays.Les droits de douane envers les alliés nuisent aux Américains
.Mon objectif personnel est de faire en sorte que chaque membre du personnel ait cet autocollant sur son ordinateur portable [...] et de faire en sorte que les droits de douane ne soient pas appliqués [au Canada]
, glisse-t-elle.
Un message à marteler
que ce sujet n'apparaît même pas sur leur écran radar
, révèle-t-elle.Je pense que c'est lorsque les droits de douane seront appliqués que beaucoup plus de gens comprendront pourquoi ce n'est pas dans l'intérêt des États-Unis, avance-t-elle. Mais ce n'est que lorsque les Américains le diront aux Américains qu'ils s'en rendront compte.
reconnaît absolument que [les droits de douane] porteraient un coup fatal au secteur automobile des États-Unis, en particulier à l'économie des Grands Lacs
, dit-il.La langue des affaires
Canada Day
sur la colline du Capitole, Mme Hillman doit rencontrer le représentant républicain de la Floride, Byron Donalds. La journée a été longue. L’ambassadrice tout de rouge vêtue patiente dans le couloir, assise sur le rebord d’une fenêtre, un café posé tout près.
J'ai entendu dire que vous venez d'annoncer votre candidature au poste de gouverneur, s’enthousiasme-t-elle. Félicitations!
Nous avons une excellente relation avec le Canada
, dira pendant cette rencontre l’élu républicain. Je pense que le président le comprend et qu'il veut continuer à avoir un excellent dialogue avec nos voisins du Nord.
La plupart du temps, les gens se contentent de dire des choses très gentilles en personne. C'est pourquoi nous devions lui présenter les faits qui comptent pour lui
, confie Mme Hillman au terme de la réunion.J'ai dit : "Si les droits de douane sont instaurés, nous appliquerons des contre-tarifs. Vous ne nous vendrez plus rien. Nous achèterons au Chili, au Mexique, au Pérou. Je ne sais pas où, mais pas à la Floride."
Et les affaires, c'est ça : si vous faites ceci, cela vous fera mal. Nous ne le tolérerons pas et nous riposterons.
Ce n'est pas ainsi que les amis traitent leurs amis.
Je ne pense pas que l'on puisse revenir en arrière
, répond-elle. Le Canada sortira transformé de cet épisode houleux, mais pas nécessairement dans le mauvais sens, soutient l'ambassadrice. Elle espère que le pays pourra s'orienter d'une manière qui le rendra plus fort, plus compétitif, plus résilient et plus indépendant.Je pense que nous allons simplement de l'avant.
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