Au bord du gouffre, des collèges de l’Ontario contraints de procéder à des coupes
Des collèges publics de l’Ontario ont fait les manchettes ces dernières semaines, car ils sont forcés de supprimer des dizaines de programmes en raison de restrictions budgétaires. Commerce, radiodiffusion, tourisme et technologie font partie des programmes qui ont écopé. La situation financière des 24 collèges publics de l’Ontario est intenable, disent-ils. Des intervenants œuvrant dans le secteur font valoir que le système est au bord du gouffre après des décennies de sous-financement provincial qui leur fait perdre de l’argent sur la plupart des étudiants canadiens qui s’inscrivent. C’est ce qui a incité les collèges à se tourner vers les étudiants étrangers afin d’augmenter leurs revenus, étant donné que leurs frais de scolarité sont plus élevés. Mais depuis, le fédéral a imposé un plafond sur les permis d'études internationaux. Aujourd’hui, bon nombre d’établissements d’enseignement supérieur de l’Ontario ont choisi de réduire leur offre. Des programmes ont été suspendus ou supprimés, ce qui soulève des inquiétudes, notamment de savoir si les étudiants auront accès à des programmes proches de chez eux. Le Collège St-Lawrence possède des campus à Kingston, Brockville et Cornwall, où certains programmes seront suspendus en raison de la baisse des inscriptions. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Dan Taekema Algonquin, Mohawk, Lawrence, Centennial, Seneca et George Brown font partie des collèges qui ont pris des mesures pour réduire les coûts de personnel ou qui ont décidé de suspendre des programmes au cours des dernières semaines. Lors d’une réunion du conseil d’administration du Collège Algonquin le 24 février, les gouverneurs ont choisi de suspendre près de 40 programmes et de fermer le campus satellite situé à Perth. Le Collège Algonquin a fait une grande incursion dans l’apprentissage en ligne ces dernières années, mais la quasi-totalité des programmes suspendus concerne des programmes dont les cours se donnent en présentiel. Les cours de commerce [business] sont en voie de disparition au Collège Algonquin et ailleurs. Une décision qui ne surprend pas, car un rapport publié par Higher Education Strategy Associates, un conseiller pédagogique, révèle que près de la moitié des étudiants internationaux inscrits dans des établissements d’enseignement supérieur ont choisi des programmes d’études commerciales. Au Collège Algonquin, la faculté des Arts créatifs et des médias perd également une douzaine de programmes. Des pétitions ont circulé pour en sauver quelques-uns : écriture de scénarios, rédaction technique, radio et baladodiffusion. Leurs auteurs n’ont eu que 13 jours pour faire valoir leur point de vue entre la sortie de la liste publique des programmes suspendus le 11 février et la réunion du conseil d’administration le 24 février. Tracy Henderson est la responsable de la section locale 415 du SEFPO, qui représente les enseignants du Collège Algonquin. Elle estime qu'il est logique de suspendre les programmes qui accueillent un grand nombre d'étudiants étrangers. Au Collège Algonquin, par exemple, un étudiant étranger rapporte trois à quatre fois plus d’argent qu’un étudiant local. (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Francis Ferland Mais elle s’inquiète de voir que des programmes qui attirent une majorité d’étudiants canadiens soient également suspendus, même si certains d’entre eux bénéficient d’un taux d’inscription élevé. Le syndicat n'a pas reçu de données sur les inscriptions, mais le président du Collège Algonquin, Claude Brulé, a confirmé que la photographie en était un exemple. Mme Henderson est revenue sur la décision du Collège Algonquin, en juin 2024, de fermer les programmes de coiffure et d’esthéticienne. Les étudiants ont eux aussi eu moins de deux semaines pour se mobiliser après avoir été mis au courant de la liste des programmes visés. De leur côté, les responsables du Collège Algonquin expliquent avoir entamé leur analyse détaillée au mois de juin. Les programmes ont été répartis sur une grille basée sur la demande de l'industrie et les performances financières. Ils en sont venus à la conclusion que de nombreux programmes L'établissement a aussi examiné si un programme offrait de bonnes perspectives d'emploi à ses diplômés. Le président du Collège Algonquin, Claude Brulé, précise que l’un des principaux critères était de savoir si les étudiants internationaux pouvaient encore obtenir un permis de travail après l’obtention de leur diplôme. Sans cela, il devenait moins intéressant pour eux d’étudier au Canada. Le Collège soutient que plus de la moitié de ses programmes ne débouchent plus sur un permis de travail pour les étudiants étrangers. En septembre 2024, le ministère fédéral de l’Immigration a déclaré que les programmes menant à un permis de travail seraient offerts dans les domaines de l’agriculture, de l’éducation, des soins de santé, du commerce ou des STIM (science, technologie, ingénierie et mathématiques). Le plafonnement des permis d'études d'Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC) et les changements apportés aux permis de travail ont été un facteur de perturbation majeur, selon le Collège Algonquin. Le président du Collège Algonquin, Claude Brulé Photo : Radio-Canada / Emma Weller Claude Brulé insiste sur le fait que son établissement dispose encore de plus de 200 programmes, mais qu’il doit Le directeur du cabinet de conseil Higher Education Strategy Associates, Iain Wilson, estime que les collèges publics de l’Ontario Au Collège Algonquin, par exemple, un étudiant étranger rapporte trois à quatre fois plus d’argent qu’un étudiant local. Cela doit être pris en compte étant donné que l’Ontario est la province qui se place au dernier rang en ce qui a trait au financement de ses collèges publics, qui s’avèrent être des organismes de la Couronne. Avec 6553 $ par étudiant à temps plein, l’Ontario n’accorde que 41 % de la moyenne canadienne de 16 019 $, selon un rapport produit par Higher Education Strategy Associates. Cette situation dans les collèges et les universités de l’Ontario dure depuis plus de 30 ans, selon M. Wilson. Lors de leur réunion du conseil d’administration du Collège Algonquin le 24 février, les têtes dirigeantes ont présenté des graphiques montrant que les subventions gouvernementales et les revenus provenant des étudiants locaux n’ont pratiquement pas bougé depuis de nombreuses années, tandis que l’inflation et les augmentations salariales ont entraîné une hausse des coûts de 25 % en 10 ans. Claude Brulé a souligné que même si le Collège Algonquin attire son lot d’étudiants locaux, l’établissement scolaire ne reçoit pas d’argent supplémentaire. Cela est dû à une formule de financement par Un autre problème majeur pour les collèges est qu’ils n’ont pas été en mesure d’augmenter les frais de scolarité pour les étudiants nationaux depuis près de six ans. Le gouvernement de Doug Ford a annoncé, en janvier 2019, qu’il ne se contentait pas de geler les frais de scolarité, mais qu’il les réduirait de 10 % supplémentaires. Il a l’intention de maintenir cette position au moins jusqu’en 2026-2027. Le campus principal du Collège Conestoga a connu une explosion du nombre d'étudiants étrangers grâce à un recrutement agressif. (Photo d'archives) Photo : La Presse canadienne / Nick Iwanyshyn En janvier, Claude Brulé a dit aux députés lors d’une consultation sur le budget qu’il n’était pas CBC lui a demandé comment le système collégial continuerait à répondre aux besoins des étudiants canadiens et à offrir une formation pour des emplois où les études sont plus coûteuses. Interrogé sur les raisons pour lesquelles le Collège Algonquin a continué à compter sur les frais de scolarité des étudiants étrangers ces dernières années alors que cela comportait des risques, M. Brulé a répondu que l’établissement scolaire était Selon lui, les étudiants internationaux enrichissent l’expérience de la classe. Depuis plus d'une décennie, les universités se tournent vers les étudiants étrangers - en particulier les étudiants de l’Inde - pour joindre les deux bouts. La vérificatrice générale de l’Ontario a mis de l’avant en 2021 que les revenus tirés des frais de scolarité des étudiants internationaux ont dépassé les frais de scolarité nationaux dans les collèges de l’Ontario, et ce, depuis l’exercice 2017-2018. La vérificatrice générale de l'Ontario, Bonnie Lysyk (Photo d'archives) Photo : Radio-Canada / Matéo Garcia-Tremblay Le Collège Algonquin n’a pas été aussi dépendant que d’autres collèges, mais il s’est fixé comme objectif d’augmenter les inscriptions internationales de plus de 20 % par an. Parfois, il a dépassé cet objectif. À la fin du mois de mars 2024, il comptait près de 20 000 étudiants étrangers et plus de 33 500 étudiants nationaux. Cela a permis au Collège Algonquin de voir ses revenus passer de 415 M$ dans ses états financiers du quatrième trimestre de mars 2020 à 531 M$ en mars 2024. L'année fiscale en cours est un Cette situation a radicalement changé. Le Collège affirme que s'il ne fait pas de coupes, il connaîtra un déficit budgétaire d'au moins 60 M$ en 2025-2026, et de 93 M$ en 2026-2027. Parallèlement à tout cela, le Collège Algonquin a brièvement rejoint une tendance et s'est engagé dans un Les risques de dépendre autant des frais de scolarité internationaux sont connus de ces collèges et du gouvernement provincial depuis de nombreuses années. Le rapport de la vérificatrice générale de 2021 avertissait les collèges qu'ils se trouvaient dans une situation précaire et qu'ils couraient un risque si leurs revenus provenant des étudiants étrangers venaient à changer. Cela a conduit le gouvernement Ford à nommer un groupe d'experts en 2023 pour voir comment les collèges et les universités pourraient être financièrement viables. Le gouvernement de l'Ontario a refusé que les frais de scolarité augmentent à nouveau, ce qui était l'une des principales suggestions du groupe. Avec les informations de Kate Porter, de CBC News
Nous verrons certainement d'autres annonces de fermetures de programmes. Je suis sûr à 100 % que cette tendance va se poursuivre
, lance le directeur du cabinet de conseil Higher Education Strategy Associates, Iain Wilson, qui s'entretient régulièrement avec des personnes travaillant dans ce secteur.Des programmes populaires affectés

Ce ne sont pas des programmes qui génèrent d’énormes revenus et leur fonctionnement coûte de l’argent. Il faut un salon, des produits, etc. Mais si nous rappelons à la raison d’être des collèges de l’Ontario : c’est censé être un collège communautaire
, plaide-t-elle.subventionnés
par les frais de scolarité des étudiants étrangers n’étaient plus viables. Ne pas se retirer de l’ensemble d’une profession

veiller à ce qu’on ne se retire pas de tout un secteur, d’une profession ou d’un domaine
.n’ont pas beaucoup d’autres options
que de miser sur les programmes qui permettront aux étudiants étrangers d’obtenir un permis de travail.corridor
établie dans l’accord que chaque établissement postsecondaire a conclu avec le gouvernement de l’Ontario.Gel des frais de scolarité

financièrement viable
d’offrir des programmes aux étudiants locaux dans le cadre du gel des frais de scolarité et des politiques de financement actuels de l’Ontario.C'est la question à un million de dollars, franchement. Nous avons besoin d’un modèle de financement différent pour les collèges.
Les étudiants internationaux
très responsable et raisonnable dans la croissance de ses inscriptions internationales
.Les employeurs ont besoin de diplômés et notre population nationale est insuffisante pour assurer la croissance future du pays
, a-t-il ajouté.
point culminant
pour les revenus, a entendu le conseil d'administration cette semaine.partenariat public-privé
, offrant des diplômes portant le nom d'Algonquin par l'intermédiaire du CDI Collège. Ce programme a été lancé en 2022 et a vu le nombre d'inscriptions grimper à 2876 en 2023-2024, mais il est actuellement en train de réduire progressivement les opérations.Avertissements non pris en compte
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