Que font les Américains face à la fronde de Trump contre la science et le climat?
Il serait faux de croire que les efforts de l'administration Trump pour effacer la science du climat des sites gouvernementaux et couper dans les budgets des agences qui protègent l'environnement se font sous l'œil passif du public. Scientifiques, chercheurs, activistes et citoyens se rallient et résistent. En voici quelques exemples. Dans la dernière semaine, des drapeaux américains suspendus à l'envers par d'ex-employés – un symbole qui rappelle un signal de détresse – ont été aperçus à flanc de montagne, sur des formations rocheuses ou près de chutes populaires dans les parcs très prisés par les touristes. Du parc national de Yosemite en Californie à celui d'Acadia dans le Maine, des milliers de personnes ont pris part à des manifestations dans nombre des 433 sites protégés pour dénoncer le licenciement de 1000 employés au Service des parcs nationaux. Ces coupes, annoncées le 14 février, représentent 5 % des effectifs de l'agence. Au Service des forêts des États-Unis, 3400 postes ont aussi été abolis, soit 10 % du personnel. Des employés redoutent les impacts de cette vague de départs sur la qualité des services, la sécurité des visiteurs et la protection de milieux naturels fragiles. Certains y voient une première étape vers la privatisation de ces espaces protégés, dont les ressources sont convoitées par l'industrie pétrolière. Dans le parc national des Samoa américaines, des récifs coralliens abritent des centaines d'espèces de poissons. On y trouve aussi des espèces menacées de tortues de mer et des baleines à bosse. Photo : National Park Service Quelques jours avant la publication d'un grand rapport sur l'état de la nature aux États-Unis, le gouvernement américain a coupé court à cette étude inédite à laquelle plus de 150 chercheurs ont contribué. Le site Internet du National Nature Assessment est devenu inaccessible (Nouvelle fenêtre) après que le président Trump eut abrogé le décret de l'administration Biden qui avait donné le feu vert à ce rapport. La version préliminaire, initialement prévue pour le 11 février, devait présenter une évaluation des terres, des eaux, de la biodiversité et des écosystèmes aux États-Unis afin de déterminer les bénéficies qu'ils procurent autant pour la santé que pour l'économie, la sécurité et l'adaptation aux changements climatiques. Au lieu de se décourager, les chercheurs ayant contribué à cette étude colossale ont dit vouloir poursuivre le travail, quitte à se passer du sceau officiel des autorités fédérales. M. Frumkin a confié que les auteurs du rapport avaient reçu Une capture d'écran de la page d'accueil du site de l'Agence américaine de protection de l'environnement. Photo : epa.gov De nombreux sites gouvernementaux ont été purgés – ou présentent une version édulcorée – des contenus qui portaient sur le climat. L'administration Trump a demandé à ses agences et départements une analyse et un retrait des éléments évoquant les changements climatiques, les gaz à effet de serre, le développement durable ou encore la justice climatique. Cette directive s'inscrit dans la même lignée que les milliers de pages qui ont disparu des sites des Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (CDC) et de l'Agence américaine des médicaments (FDA) pour effacer les mentions sur la diversité et l'identité de genre. Qu'à cela ne tienne : des chercheurs, témoins d'une campagne similaire au cours du premier mandat de Trump, ont rapidement coordonné un vaste effort pour archiver les pages disparues et sauver les données sur le climat. Le réseau américain EDGI – auquel des professeurs canadiens contribuent (Nouvelle fenêtre) – a relancé ce mois-ci le Federal Environmental Web Tracker, qui surveille des milliers de pages avec l'aide d'Internet Archive, l'organisme derrière la Wayback Machine. Une association indépendante de journalistes et de chercheurs mène un travail similaire au sein du Climate Change Transparency Project, (Nouvelle fenêtre) tout comme le regroupement Public Environmental Data Partners. (Nouvelle fenêtre) Une manifestante prend part à l'une des marches de Stand Up For Science, organisée à New York. Photo : afp via getty images / CHARLY TRIBALLEAU D'un bout à l'autre des États-Unis, des dizaines de manifestations ont été organisées vendredi par Stand Up For Science, dont la plus grande marche a réuni des milliers de personnes à Washington D.C. Des événements ont aussi eu lieu en Europe et au Canada. Le mouvement réclame notamment la fin de l'ingérence politique et de la censure visant le travail des chercheurs et des scientifiques. En plus d'exiger le retour de toutes les données et ressources qui ont été supprimées, il appelle à l'instauration de garanties juridiques pour protéger, à l'avenir, l'intégrité de la recherche scientifique. Ses fondateurs – une centaine de volontaires issus des différentes universités à travers le pays – demandent en outre le rétablissement des politiques de diversité, d'équité et d'inclusion auxquelles le président Trump s'est attaqué dès son arrivée au pouvoir. Wes Gillingham, le président du conseil d'administration de la Northeast Organic Farming Association of New York, une association d'agriculteurs qui poursuit le département de l'Agriculture. Photo : Northeast Organic Farming Association of New York Après avoir à leur tour constaté la disparition de données du site du département de l'Agriculture, des agriculteurs américains de la Northeast Organic Farming Association of New York (NOFA-NY) ont décidé de poursuivre le gouvernement (Nouvelle fenêtre). Certaines de ces pages, expliquent-ils, contenaient des informations jugées vitales pour leur travail, dont des données climatiques interactives, de la documentation sur l'adaptation aux changements climatiques et les programmes de conservation, ainsi que des ressources pour obtenir des prêts du fédéral. Les changements climatiques ne sont pas un canular. Les agriculteurs, les pêcheurs et les sylviculteurs savent par expérience que tous les éléments scientifiques et toutes les connaissances intergénérationnelles [sont nécessaires] pour s'adapter à cette nouvelle réalité. La NOFA-NY déplore que près de 700 000 $ US du financement dont elle devrait disposer sont présentement gelés. Toutes ces mesures nuisent à la sécurité alimentaire et violent la loi sur l'accès à l'information, ont plaidé les agriculteurs dans leur plainte, déposée conjointement avec deux groupes environnementaux, Earthjustice et le Natural Resources Defense Council (NRDC). La baleine noire de l'Atlantique Nord, une espèce en danger, est présente dans la zone où des protections ont été levées par décret présidentiel. Photo : Associated Press / NOAA Ces organisations sont aussi à la tête d'une coalition d'associations proclimat qui poursuivent (Nouvelle fenêtre) le président Donald Trump, le secrétaire à l'Intérieur Doug Burgum et le secrétaire au Commerce Howard Lutnick. Deux actions en justice ont été déposées auprès d'une cour de district de l'Alaska pour contester la révocation de décrets qui garantissaient la protection de plus de 250 millions d'hectares de milieux marins. Si le Congrès a permis au président d'imposer des mesures de conservation dans ces zones, il ne lui a pas accordé le pouvoir de les révoquer, plaident-elles. Les organisations y voient un Les eaux de l’Atlantique, du Pacifique, du golfe du Mexique et de l’Arctique visées par ce décret sont l'habitat de nombreuses espèces de poissons et de mammifères, dont certaines sont menacées, soulignent-elles dans leur poursuite.Marches et drapeaux inversés dans les parcs nationaux
Bloqués par l'administration Trump, des chercheurs déterminés à publier leur étude

Nous voulons maintenir les mêmes normes de rigueur académique. Nous voulons rendre des comptes au public et faire entendre sa voix
, a déclaré l'un des chercheurs, Howard Frumkin, en entrevue à KUOW, la station radio de NPR à Seattle.un formidable élan de soutien
de la part d'éditeurs et même de citoyens qui ont offert de contribuer financièrement.La course à l'archivage pour sauver les données disparues

Des manifestations dans tout le pays au nom de la science

Des agriculteurs poursuivent l'administration Trump

La riposte des groupes environnementaux contre les forages en mer

cadeau illégal
fait par le gouvernement à l’industrie des combustibles fossiles pour favoriser les forages pétroliers et gaziers en haute mer.
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