Les leçons de la COVID-19 et les défis du Canada face à la prochaine crise sanitaire
« Des scènes qu'on ne voudrait pas revivre [...]. C'était presque comme un cauchemar. Et puis le cauchemar s'est étalé pendant deux ans, au moins » : ce sont les images qui viennent à l’esprit de la conseillère scientifique en chef du Canada, Mona Nemer, quand elle évoque les souvenirs de la pandémie. Quand elle entre dans la salle, elle en fait immédiatement le tour pour serrer la main à tous les membres de l'équipe des Coulisses du pouvoir. C’est son sixième passage à l'émission depuis cinq ans, mais c’est la première fois qu’elle n’est pas tenue de respecter la distance sociale de deux mètres prescrite durant la pandémie. Si le Canada devait traverser une autre pandémie, la conseillère scientifique estime que le pays a Cependant, à l’heure où les Mme Nemer précise qu’une La pandémie de COVID-19 a plongé la planète dans la torpeur, mais elle a aussi mis en évidence le rôle La conseillère scientifique en chef du Canada, Mona Nemer, affirme en entrevue aux Coulisses que les données scientifiques jouent un rôle essentiel dans la prévention et la préparation face aux urgences. Photo : Radio-Canada / BENOIT ROUSSEL Elle explique que si les pays ont fait de grandes avancées en matière de collecte, de partage et d'analyse de l'information scientifique, il reste encore beaucoup à faire. Comme en matière de commerce, le Canada pourrait avoir à composer sans son voisin du Sud compte tenu de la direction que prennent les États-Unis en ce qui concerne la collecte de données scientifiques et la préparation aux urgences. Le président américain a annoncé à la mi-janvier qu’il retirait son pays de l’Organisation mondiale de la santé. Il a aussi nommé un secrétaire d’État à la Santé ouvertement vaccinosceptique. Le département de l'Efficience gouvernementale (DOGE) poursuit un exercice d'élagage massif de l'administration publique qui n'épargne pas le secteur de la santé. Elle entrevoit aussi une occasion pour le Canada de redoubler d'efforts en recherche, en préparation face aux urgences et en matière de production de médicaments. La leçon [tirée] de la pandémie, c'est que cela prend un minimum de résilience de notre système de santé, de notre biosécurité. Fondamentalement, c'est une question de sécurité nationale. Des scientifiques à travers le monde s'inquiètent des conséquences directes qu’auront les autodafés numériques et les licenciements massifs d'employés fédéraux américains au sein de l'Institut national de santé (NIH), des Centres de contrôle et de prévention des maladies (CDC) ou encore de l’agence fédérale pour la gestion des urgences sur la santé publique américaine. Ces propos rejoignent ceux de l’ancien greffier du Conseil privé Michael Wernick qui s'attend à des Mona Nemer s'inquiète du recul en matière de données disponibles aux États-Unis, une situation qui pénalise le Canada et qui nuit au niveau de réponse du pays, surtout dans un contexte de résurgence de la grippe aviaire. En plus des données concernant les cas de grippe aviaire, c’est le virus lui-même et sa capacité de mutation rapide qui inquiète la scientifique en chef. C'est très proche de l'humain, tout cela. Le virus [H5N1] est en train de changer, de muter de façon à pouvoir mieux infecter l'humain. Et cela, ça pourrait être la prochaine pandémie. Mme Nemer souligne que la menace de grippe aviaire est actuellement considérée comme étant Selon la conseillère scientifique en chef, la surveillance des eaux usées, les capacités de diagnostic, le partage de données et la mise au point de vaccins permettront au Canada de mieux réagir à l'apparition d'un nouveau virus et de combattre une nouvelle pandémie.La seule façon de ne pas revivre un tel cauchemar, c'est de mieux se préparer
, lance Mona Nemer.appris des leçons
et sera mieux préparé
.crises
géopolitiques, environnementales et sociales se multiplient, le Canada doit presser le pas et améliorer sa préparation face aux urgences.Ce n’est pas un silo, c'est-à-dire que si on se prépare aux urgences, on va aussi être mieux préparés pour le quotidien sur plusieurs aspects
, ajoute-t-elle.volonté politique
est nécessaire pour attaquer plusieurs problèmes de front et pour continuer les efforts entamés pendant la pandémie. Le Canada doit par exemple renforcer tout l'écosystème de la recherche à la production
de vaccins et de médicaments, et ce, dans les secteurs privé et public
.crucial
des données scientifiques pour guider les autorités de la santé publique. Les données, ce n'est pas juste un "nice to have" [quelque chose d'optionnel], comme on dit : c'est essentiel
, indique Mme Nemer.
Nous ne captons pas l'information de santé de la même façon partout. On n'a pas d'ententes de partage, on n'a pas des systèmes informatiques qui se parlent
, souligne Mme Nemer. C'est beaucoup de petits détails, mais il faut y arriver.
À contre-courant des États-Unis?
Ce n'est pas qu'on veut faire exprès de travailler sans [les États-Unis], mais si on est obligés de le faire, il faut aussi qu'on ait la résilience de pouvoir le faire sans que cela nous affecte du point de vue de la sécurité nationale
, explique Mme Nemer. Il faut que cela accélère notre volonté de résilience chez nous et aussi nos alliances avec d'autres pays.
conséquences dramatiques
.C’est très difficile parce qu'on partage quand même beaucoup de données scientifiques, on a des plans de réponse aux urgences intégrés [...], donc, si on n'est pas capables d'avoir des données d'ailleurs, il faut qu'on [en] génère encore plus [...] nous-mêmes
, souligne Mme Nemer.La grippe aviaire : risque de pandémie?
Au début, [la grippe aviaire] touchait juste les oiseaux migratoires, ensuite les poulets, les canards, la volaille. Mais là, en ce moment, depuis un ou deux ans [...], cela infecte plus de 200 espèces animales, y compris des mammifères
, explique Mona Nemer.faible
au Canada. Le pays n'a recensé qu’un seul cas humain de contamination à ce virus, en novembre 2024, et, selon une mise à jour de l’agence de santé publique fédérale à la fin du mois de février, la grippe aviaire n'est pas considérée comme un problème de salubrité alimentaire.
Advertising by Adpathway









