Les défis de produire un biocarburant liquide pour remplacer le pétrole
La fin de la vente des voitures neuves à essence d’ici 2035 semble de moins en moins réaliste. À la fin du mois de janvier, le ministre de l’Environnement du Québec, Benoit Charest, a évoqué la possibilité de repousser l’objectif qui permettrait de contribuer grandement à la décarbonisation de la province. Les raisons invoquées : les menaces de Donald Trump de freiner le développement du marché de la voiture électrique et la suspension temporaire du programme québécois Roulez vert. Clairement, il y a de l’eau dans le réservoir, mais rien n’est perdu pour autant. Une ingénieure chimiste et professeure de l’Université de Sherbrooke, Inès Esma Achouri, croit qu’il faut plus que jamais diversifier les options pour répondre à nos besoins énergétiques et s’attaquer à la crise climatique. L’une d’elles est de créer un biocarburant liquide qui remplacerait l’essence qu’on utilise présentement pour faire rouler nos voitures. Une tâche à laquelle la professeure se consacre énergiquement. On ne veut pas dépendre encore d'une seule source d'énergie. D'après moi, la diversification énergétique, c'est notre meilleure solution. Inès Esma Achouri est professeure de génie chimique à l'Université de Sherbrooke et titulaire de la Chaire de Recherche du Canada en intensification des procédés pour catalyseurs avancés et énergie durable. Photo : Radio-Canada / Réjean Blais C'est au Centre de mise à l’échelle, un immense laboratoire situé dans le Parc Innovation de l'Université de Sherbrooke, que l’ingénieure mène, avec ses collègues professeurs et ses étudiants, des expériences qui pourraient éventuellement contribuer à réduire l'empreinte carbone du pays. Son engagement se fait à travers la Chaire de recherche du Canada en intensification des procédés pour catalyseurs avancés et énergie durable, dont elle est la titulaire. Concrètement, elle travaille à revoir les procédés pour les rendre plus efficaces. Cela veut dire, par exemple, trouver des façons de produire des médicaments pour que l'industrie pharmaceutique ne soit plus l'une des plus polluantes de la planète, ou encore arriver à faire du carburant liquide à partir de deux gaz toxiques : le méthane et le CO2, grâce à un apport énergétique réduit. L'une des réactions sur lesquelles je travaille, c'est de prendre deux de ces gaz à effet de serre pour produire le gaz de synthèse. Les équipements du Centre de mise à l’échelle du Parc Innovation de l'Université de Sherbrooke permettent de développer un biocaburant pour les voitures. Photo : Radio-Canada / Réjean Blais L’un des défis est donc de s’assurer que la production du biocarburant ait l'empreinte carbone la plus minime possible que ce soit pour le transport automobile, maritime ou aérien. Les travaux de la professeure de l’Université de Sherbrooke s’intéressent justement aussi à la filière du carburant durable d’aviation. À ce sujet, beaucoup d'avancées ont été réalisées. L’Europe tire fort pour que des résultats probants arrivent le plus tôt possible, explique Inès Esma Achouri. Les scientifiques travaillent à développer un carburant durable d'aviation. Photo : Reuters / Pierre Albouy Avant d’y arriver, une étape cruciale consiste à évaluer la viabilité de la nouvelle source d’énergie aux niveaux de sa faisabilité, de son cycle de vie et de sa rentabilité. Pour l’instant, une embûche importante se manifeste : le prétraitement de la matière qui sert à produire le biocarburant comme la biomasse ou les matières résiduelles. La disponibilité de la matière et son transport s’avèrent un frein économique et environnemental significatif, indique Inès Esma Achouri. Les technologies sont prêtes, ça veut dire qu’on peut le faire, mais pour pouvoir remplacer le carburant utilisé pour l’aviation, il faut vraiment pouvoir le faire à très grande échelle. On doit développer des techniques beaucoup plus efficaces au niveau du prétraitement. La professeure ajoute qu’il faut aussi tenir compte de la concurrence entre les différents développeurs des technologies de remplacement. Ils utilisent les mêmes ressources, ce qui limite leur approvisionnement. À titre d’exemple, les huiles de cuisson usagées, servent à la fois pour la production de carburant d’aviation durable que pour la production de biodiesel. Même si les défis sont importants, voire colossaux, pour remplacer l’essence des voitures ou le kérosène des avions, Inès Esma Achouri demeure très optimiste d’arriver à des résultats probants, en autant que tous mettent l’épaule à la roue. On avance de plus en plus. Moi je pense qu'on pourrait être vraiment indépendant énergétiquement dans quelques années, à condition de mettre les moyens pour y arriver.On a besoin quand même de matériaux très difficiles à obtenir pour pouvoir faire les batteries [des voitures électriques], fait remarquer la professeure. On fait beaucoup de recherches pour la récupération de ces matériaux, mais ce n’est pas encore à point. Imaginez si toute la planète s'en allait [dès maintenant] vers la voiture électrique, est-ce que ce serait viable? Je ne pense pas.

Transformer le carbone en énergie verte

Le problème avec cette réaction-là, qui est connue depuis longtemps, c'est qu'elle se fait à de très hautes températures, explique Inès Esma Achouri. On utilise donc des catalyseurs, un composé qui va créer une réaction chimique rapide. [...] Ça permet à la réaction de se faire à de plus basses températures. Donc au lieu de le faire à 800°, je suis capable de le faire à 400°. [...] C'est un très grand gain d'énergie.
Une solution pour l'ensemble des transports
On dépend beaucoup des transports d'un pays à l'autre par bateau et par avion. On a donc encore besoin de carburéacteur pour les alimenter et les carburants liquides seront encore nécessaires.
On a eu un projet avec des partenaires européens. On est 18 pays qui travaillent pour produire un carburant durable d’aviation.

La concurrence verte
On dépend beaucoup du marché qui fluctue. La guerre en Ukraine a fait monter le prix de plusieurs matières premières ce qui a rendu le procédé beaucoup plus coûteux
, fait-elle remarquer.
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