Pourquoi importe-t-on du sirop d’érable américain chaque année?
Même si l’industrie acéricole canadienne représente plus de 70 % de la production annuelle mondiale de sirop d’érable, le Canada importe du sirop américain chaque année. Cette pratique s’explique notamment par le fait que de grands distributeurs américains souhaitent voir le drapeau américain sur l’étiquette. En 2023, environ 2,7 millions de kilogrammes de produits de l’érable ont été importés des États-Unis, selon un rapport sur l’industrie acéricole du Canada publié en juin 2024. Il s’agit de l’équivalent de près de 3,7 millions des fameuses boîtes de conserve de sirop d’érable canadien que l’on trouve dans nos supermarchés. D’année en année, le volume d’importation de sirop américain varie légèrement sans toutefois être nécessairement lié à la qualité de la récolte. Une partie des importations américaines en sol canadien s’explique sur le plan de la transformation : Vallier Chabot est le président de Produits d’érable Prestige, une entreprise du Bas-Saint-Laurent spécialisée dans la production et la distribution de produits de l’érable transformés et emballés. Photo : Radio-Canada / Bryan Rochon Le sirop mélangé est ensuite exporté aux États-Unis pour être vendu avec la mention « Product of USA & Canada » sur l’étiquette. Ce sirop ne serait donc pas destiné au marché canadien, affirme M. Chabot. Dans le cas de Prestige, c’est jusqu’à 5 % de sirop américain qui est mélangé à environ 95 % de sirop canadien, estime son président. Du sirop d'érable américain importé au Canada est mélangé à du sirop canadien avant d'être renvoyé aux États-Unis pour être vendu. Photo : Radio-Canada La production américaine de sirop d’érable Selon le directeur des communications des Producteurs et productrices acéricoles du Québec (PPAQ), Joël Vaudeville, les importations américaines restent La proximité entre le Québec et certains territoires américains où poussent beaucoup d’érables peut également expliquer une partie des importations selon Maurice Doyon, professeur titulaire au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. De nombreuses érablières américaines sont plus près du réseau routier canadien. Photo : Radio-Canada / Olivia Laperrière-Roy Le sirop américain peut également entrer au Canada et être entreposé quelque temps, avec autorisation des douanes canadiennes, sans être inclus dans les chiffres d’importations de produits de l’érable en provenance des États-Unis. C’est le cas du sirop produit par le québécois Martin Carrier, co-propriétaire d’une érablière du Maine de plus de 85 000 entailles : Avec les tarifs douaniers de 25 % imposés sur les produits canadiens exportés aux États qui doivent entrer en vigueur le 2 avril prochain, l’industrie acéricole canadienne s’attend à une diminution des ventes des produits de l’érable au sein des consommateurs américains. Maurice Doyon estime que ce sont les consommateurs qui devront compenser les frais d’exportation supplémentaires. Les compagnies américaines auront tout intérêt à augmenter leur prix pour empocher la différence, et c’est le consommateur qui va être frappé par cette hausse. L’augmentation des prix des produits de l’érable pourrait même être supérieure à 25 % en raison du coût qui augmente dans toute la chaîne de production, selon lui. L’acériculteur Martin Carrier craint également une augmentation importante des coûts de production, même si son sirop est produit aux États-Unis et vendu à des transformateurs américains : La grande majorité des équipements acéricoles sont conçus et fabriqués au Canada. Les producteurs de sirop d'érable présents dans le Maine ou dans le Vermont pourraient donc devoir payer des tarifs douaniers sur tous les équipements importés en territoire américain. Un texte de Bryan Rochon avec la collaboration de Marie Maude PontbriandDu sirop d’érable canadien et américain dans la même bouteille
Il y a de grandes chaînes américaines qui désirent avoir un contenu américain à l’intérieur de la bouteille. Une partie de la production de sirop d’érable des États-Unis est donc importée au Canada pour ensuite être mélangée à du sirop d’érable canadien
, explique le président de Produits d’érable Prestige, Vallier Chabot. 

Production américaine insuffisante
ne peut présentement répondre à la demande américaine. Ils n’ont donc pas le choix d’importer du sirop canadien
, ajoute Vallier Chabot. En 2023, près de 21 millions de kilogrammes de sirop d’érable américain ont été produits, en majorité dans trois États : Vermont, New York et Maine. Afin de satisfaire la demande américaine, le Canada a exporté plus de 40 millions de kilogrammes de produits de l’érable aux États-Unis. très marginales lorsqu’on les compare à la quantité de sirop québécois produit et exporté à l’international.
Il allègue que ce sirop ne se retrouverait pas sur nos tablettes puisqu’il est transformé ou embouteillé pour les États-Unis.Des érablières américaines près de la frontière
C’est plus facile pour les Québécois d’exploiter des érablières aux États-Unis pour des raisons géographiques. Il peut y avoir un immense boisé qui passe le long d’une route provinciale et du côté américain, l’accès est beaucoup plus difficile ou même très loin, explique-t-il. Il y a donc une augmentation des chances que ce sirop américain soit transporté au Québec pour être transformé.

50 % de notre sirop transite par le Canada. Ce n’est pas obligatoire de le faire, mais c’est plus simple pour les transformateurs américains à qui l’on vend, puisque la route est plus praticable.
Tarifs douaniers
Dans ce cas, il est possible qu’on voie une diminution en ce qui concerne la consommation américaine. Il s’agit quand même du plus grand marché pour les producteurs canadiens
, ajoute-t-il. Inquiétude quant aux coûts de production
On s’attend à ce que le prix du sirop d’érable augmente, mais l’impact majeur pour des producteurs américains est sans aucun doute l’augmentation des prix des équipements.
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