Raphaëlle Langevin, entrepreneure d’exception à Mashteuiatsh
À 25 ans, la maman Innue de deux enfants de Mashteuiatsh, Raphaëlle Langevin s’illustre au Gala des Prix tourisme autochtone 2025 de l’Association touristique autochtone du Canada (ATAC) en remportant le prix Femme Entrepreuneure Exceptionnelle. Son entreprise Matsheshu Créations rassemble une belle communauté d’artisans autochtones pour rendre accessible au grand public leurs plus belles créations. Dans sa boutique atelier de Mashteuiatsh, la première en son genre, Raphaëlle Langevin s’installe à la machine à coudre. Sur un large tissu aux motifs représentant une multitude de femmes, elle y coud trois larges rubans dans un dégradé de couleurs se mariant parfaitement aux teintes de l’imprimé. Cet ouvrage deviendra une jupe traditionnelle à rubans, le produit préféré de la designer entrepreneure. C’est la découverte du dessin numérique qui a déclenché l’étincelle chez l’artisane. Inspirée par son grand-père entrepreneur, elle décide de se lancer en affaires à la naissance de son deuxième enfant. Sans savoir exactement ce qu’elle allait mettre en branle, elle savait qu’elle devait mettre sa créativité et sa culture de l’avant. Je pense que c'est comme ça que notre culture va évoluer, puis va continuer à être pertinente, puis contemporaine. Matsheshu veut dire renard en langue innue, il signifie être fort et flamboyant, un animal symbolique pour l’entrepreneure Photo : Radio-Canada / Mathieu Carli Animée par le désir de rassembler les gens de sa communauté, l’entrepreneure établit son modèle d'affaires qui correspond à leur réalité. La collection de Matsheshu Créations est impressionnante. Derrière le comptoir de l’atelier boutique, le mur est garni de boucles d’oreilles de perles et d’accessoires mode. Sur le plancher, des vêtements aux motifs traditionnels pour tous les âges côtoient des vêtements portant des messages de solidarité envers les causes des premiers peuples. Raphaëlle Langevin note que sa clientèle se divise en trois catégories. Il y a d’abord celles qu’elle qualifie de femmes autochtones fières. Viennent ensuite les jeunes autochtones en quête de reconnexion avec leur culture, un peu comme elle l’a faite adolescente lorsqu’elle a appris à perler. Participer à divers salons est aussi l’occasion pour l’entrepreneure d’aller à la rencontre des gens Photo : Radio-Canada / Mathieu Carli Pleine d’interrogations, Raphaëlle Langevin s’est alliée à sa marraine Patricia Langevin pour la création d’une exposition. Les sculptures personnifiant la petite Théa, sa mère Raphaëlle et Patricia portant leur grand-mère sur son dos, représentent les quatre générations vivantes de leur famille. Elles sont reliées par un fil rouge symbolisant le statut d’Indien. Photo : Radio-Canada / Mathieu Carli Sur la scène du Gala des Prix tourisme autochtone 2025 de l’ATAC, Raphaëlle Langevin reçoit avec beaucoup d’émotion, de surprise et de gratitude le prix Femme entrepreuneure exceptionnelle. Des fois il faut s'écouter, des fois il faut prendre le pas de recul. [...] C'est le fun de faire des projets, c'est le fun de réussir, c'est vraiment gratifiant, mais il faut prendre le temps de s'écouter, de prendre soin de soi puis d'être là, les uns pour les autres. Son souhait profond est de faire grandir Matsheshu Créations à travers tout le pays. J'ai découvert que je pouvais dessiner des motifs traditionnels, puis les faire imprimer sur des tissus, j'étais comme… wow! On tient vraiment quelque chose
, se rappelle-t-elle.C'est quand j'ai eu 16 ans, j'ai suivi mon premier cours de perlage, puis j'ai vraiment aimé. J'ai continué à suivre plein de cours dans ma communauté. J'ai fait la rencontre de transmetteurs culturels vraiment passionnés qui m’ont généreusement transmis leur savoir.
Son travail au Musée ilnu de Mashteuiatsh lui en a appris beaucoup sur les façons de faire au fil des décennies. Elle réalise que sa culture se crée au quotidien. Déjà dans les années 70, elle voyait que les femmes de la communauté emmenaient au goût du jour ce qui se faisait avant.
Il y avait des gens talentueux, mais qui n'étaient pas mis en valeur. [...] C'est un mix de mes créations à moi avec toutes les créations des autres artisans de mon réseau, qu'on présente ensemble de façon cohérente.
Trois clientèles cibles
J'aime les appeler comme ça, parce que ce sont des femmes qui font de la représentation, qui montrent leur culture par leurs vêtements. Donc pour elles, on fait vraiment des pièces uniques, des pièces qui se démarquent où on pousse vraiment la mode à un autre niveau.
Notre troisième clientèle, c'est la clientèle des alliés
, dit-elle en faisant référence aux allochtones intéressés par la culture des Premières Nations et qui vont même jusqu’à les aider dans leurs luttes. À ce sujet, la jeune femme innue tient à rassurer les allochtones, ils peuvent porter leurs créations sans crainte de se sentir imposteurs. Oui, vraiment
, affirme-t-elle. Nous en fait, on a besoin du support de tout le monde si on veut continuer à faire vivre nos communautés par l'artisanat.
Elle ajoute que, l’important, c’est de s’assurer que les créations soient réellement réalisées par des autochtones ou par des gens affiliés à leur communauté. D’ailleurs, depuis quelques années, un logo Identification des Premières Nations en certifie l’authenticité.
Une mission profonde
Pour moi, la question du statut indien, c'est vraiment un enjeu majeur
, confie l'artisane designer. Elle considère comme un non-sens que ce soit au gouvernement canadien de déterminer qui peut avoir cette reconnaissance. J'ai grandi à Mashteuiatsh toute ma vie, je me suis toujours sentie Pekuakamishkueu [qui veut dire] une femme Innue de Mashteuiatsh, mais j'ai reçu mon statut indien seulement à l'âge de 12 ans.
Elle se demande si ses enfants pourront également être reconnus, car l’appartenance à une lignée de femmes plutôt qu’à une lignée d'hommes peut faire la différence dans la reconnaissance du statut.On avait vraiment besoin de cheminer à travers ça, de s'exprimer et puis aussi de partager ça avec les gens pour ouvrir la discussion, parce qu’on le sait que c'est un enjeu qui est vécu par plusieurs autres Premières Nations partout à travers le Canada.
Présentée au Musée des Abénakis d'Odanak jusqu'au 1er juin 2025, l’exposition Aianishkat | De génération en génération, regroupe des oeuvres créées par les deux artistes qui amènent à réfléchir sur le legs de leur mère, leur grand-mère.
De grands rêves
C'est tellement un honneur pour moi de recevoir ce prix-là.
Elle réalise qu’elle a un impact dans sa communauté, non seulement par son travail mais aussi en demeurant transparente dans sa démarche. Sur la scène, elle révèle honnêtement avoir fait deux burnout en quatre ans en voulant tout faire et saisir toutes les opportunités comme bien des entrepreneurs motivés. Elle tenait à laisser un message aux autres entrepreneurs comme elle.Mais, que les façons de faire restent respectueuses, ancrées sur nos valeurs, notre territoire et les humains derrière chacun des produits.
Par sa force, son désir de rassembler, de créer des ponts entre les cultures, de garder sa culture vivante, Raphaëlle Langevin mérite bien son titre d’entrepreneure exceptionnelle.
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