Un ingénieur à la retraite livre un témoignage clé au procès de Frank Zampino
Douze ans après son témoignage à la commission Charbonneau, où il avait exposé l’ampleur du système de collusion à la Ville de Montréal, l’ingénieur à la retraite Michel Lalonde est de retour à la barre. Cette fois, l'ex-président de la firme Groupe Séguin est un témoin clé au procès criminel intenté contre Frank Zampino, l'ancien bras droit de l’ex-maire Gérald Tremblay, pour complot, fraude et abus de confiance. Le procès s’est amorcé au début de février. C’est M. Lalonde qui avait été mandaté pour coordonner la collusion entre les firmes de génie-conseil, selon la théorie de la Couronne qui tente de démontrer une fraude de 160 millions de dollars entre 2004 et 2009, impliquant Frank Zampino et quatre autres accusés – Robert Marcil, directeur des travaux publics de Montréal à l’époque, ainsi que trois ex-dirigeants de firmes de génie-conseil, soit Normand Brousseau, Bernard Poulin et Kasimir Olechnowitcz. Michel Lalonde n’a jamais été accusé, mais son passage à la commission Charbonneau l’avait forcé à quitter, en 2013, la firme de génie-conseil qu’il présidait. L’ex-ingénieur a raconté lundi avoir fait la connaissance de Frank Zampino en 2003. Son entreprise avait soutenu le parti de Pierre Bourque lors de la campagne à la mairie de 2001 et venait de perdre un important contrat après l’élection de Gérald Tremblay. On connaissait la chanson : si tu es du bon côté de la clôture, ça va bien, sinon ça se peut que tu attendes quatre ans, les prochaines élections. Désireux de se repositionner pour obtenir des contrats, il affirme avoir été rapidement dirigé vers le maire de Saint-Léonard : Quelques semaines après une première rencontre, il reçoit l’appel de Bernard Trépanier, ex-directeur du financement d’Union Montréal, aujourd’hui décédé sans avoir été jugé. Michel Lalonde a témoigné se souvenir avec précision de cet appel, un samedi, pour l’informer que son entreprise pourrait avoir sa place dans le système, moyennant une contribution au parti de 3 % des honoraires pour chacun des contrats. Ces sommes étaient payées, selon lui, sous forme de contributions politiques avec des chèques personnels d’employés ou de l’argent comptant. En 2004, du mécontentement à l'endroit de Bernard Trépanier, qualifié Ce changement coïncide avec l’approche des élections municipales de 2005, pour lesquelles une contribution établie entre 50 000 $ et 200 000 $ leur a été demandée. Comme le système leur coûtait cher, les firmes voulaient s’assurer de ne pas rater l'occasion d’avoir des contrats. Frank Zampino et quatre coaccusés font face à des accusations de fraude, de complot et d'abus de confiance au palais de justice de Montréal. Photo : Radio-Canada Dans le cadre de son nouveau rôle, M. Lalonde a confié avoir rencontré Frank Zampino à trois reprises, entre 2005 et 2007, pour perfectionner le système de collusion. C’est lors de leur deuxième rencontre, un samedi à l’hôtel de ville de Saint-Léonard, qu’ils auraient convenu de trouver un complice dans les comités de sélection pour s’assurer Michel Lalonde affirme que Robert Marcil, le directeur des travaux publics, aussi accusé dans ce procès, a ensuite été désigné pour cette tâche, qu’il a assumée dès 2007. Il avait été établi avec Bernard Trépanier que leur complice recevrait 5000 $ par comité. Il lui arrivait aussi de verser des pots-de-vin aux membres des comités, selon lui. Michel Lalonde a raconté avoir remis de l’argent comptant à cette fin à Robert Marcil. M. Lalonde a aussi confirmé dans le cadre de son témoignage avoir payé sa contribution au parti Union Montréal en prévision des élections en argent comptant, à partir du printemps 2005 jusqu’aux élections, en quatre ou cinq versements. Il dit avoir aussi payé son 3 % pour chacun des contrats qu’il a décrochés pendant cette période. Le témoignage de M. Lalonde doit se poursuivre mardi. Ensuite, les avocats des accusés en auront pour plus d’une semaine à le questionner en contre-interrogatoire.J’ai dû rester à la maison pour ne pas créer trop de remous, a-t-il expliqué au tribunal. J’ai été un an et demi sans emploi, en résilience, prise de conscience de la situation.
On m’avait dit, à Montréal, la personne à voir, c’est Frank Zampino.
À un moment donné, on a fait de la fausse facturation pour générer de l’argent
, a reconnu Michel Lalonde. Les faux extras approuvés par les firmes et refilés à la Ville par les entrepreneurs en construction leur permettaient aussi de mettre la main sur une partie des montants excédentaires.d’un peu brouillon
par les dirigeants des firmes participantes, pousse Michel Lalonde à prendre le rôle de coordonnateur de la collusion à leur demande. Il a alors de bonnes relations avec les 12 autres firmes du cartel et n'est pas perçu comme menaçant pour les grosses firmes, en raison de la petite taille de son entreprise.
Trois rencontres avec Zampino
que ça se passe comme prévu
, donc que la bonne firme décroche le bon contrat.C’était entre 1000 $ et 2000 $. Je lui ai remis une chemise brune élastique pour qu’il le donne aux membres du comité de sélection; c’était pour le projet de la rue Clichy.
L'échange a eu lieu dans un restaurant Cora, a affirmé Michel Lalonde.
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