Sans resserrement, point de salut pour le Canadien
Le Canadien est en train de se compliquer la vie.
On peut bien parler de l’élan dont ont bénéficié les Flyers de Philadelphie à l’annonce du congédiement de leur entraîneur-chef John Tortorella, mais le Canadien a quand même échoué, jeudi, dans son effort d’offrir une performance capable de le remettre sur le droit chemin.
Vaincu 6-4 par le trio Michkov-Couturier-Konecny, d’abord et avant tout, le Tricolore a mordu la poussière dans un quatrième match de suite. Il s’est montré incapable de se donner un coussin au classement, de sorte qu’il demeure aussi exposé qu'un vieux fil électrique.
Même si aucun poursuivant ne semble assez affamé ces jours-ci pour profiter de la situation, le CH ne conservera pas éternellement sa place s’il ne se corrige pas.
Les Flyers avaient montré la porte à Tortorella en début de journée et, le chat parti, les souris ont bel et bien dansé. Cela n’efface pourtant pas le fait qu’ils n’avaient remporté qu’un seul de leurs 12 matchs précédents. Aucune équipe ne marquait moins de buts par match qu’eux depuis le début du mois de mars et aucune équipe n’en accordait plus en moyenne.
Et puis avoir un nouveau pilote ne garantit pas une victoire. Depuis le début de la saison dernière, il y a quand même 4 des 11 équipes ayant procédé à un changement d’entraîneur en cours de calendrier qui ont perdu leur premier match sous la férule d’un nouvel instructeur.
Bref, les Flyers demeuraient prenables.
Une sorte de fatigue mentale semble toutefois s’être installée dans le camp du Canadien. Cela se constate dans ses prises de décision autant que dans l’hésitation qui place les joueurs en retard sur plusieurs rondelles.
Est-ce le fait de concéder trop souvent le premier but qui les mine, ou est-ce que ce sont leurs nombreuses bévues qui mènent irrémédiablement au premier but de l’adversaire?
Jeudi soir, il a fallu moins de deux minutes pour que les Flyers soient lancés en avant. Le CH a été piégé par un placement de rondelle que les Flyers ont récupéré en premier, sans donner le temps au Canadien de replacer son schéma défensif.
Oui, on recommence à voir certaines séquences brouillonnes où il y a des mélanges dans les affectations défensives, mais en ce moment, c’est surtout l’échec avant de l’adversaire et toutes ces batailles perdues le long des rampes qui placent le Tricolore dans l’eau chaude.
En première période, les Flyers n’ont fait que répéter ce qui avait fait le succès des Blues de Saint Louis deux soirs plus tôt, et cela leur a permis d’inscrire 3 buts dans les 12 premières minutes.
Le même film se répète et, comme avec Friday the 13th, c’est moins bon quand on arrive au neuvième.

Alex Newhook a marqué le premier but du Tricolore à la suite d'une montée explosive.
Photo : Getty Images / Mitchell Leff
Des trous dans l'armure
Le Canadien est encore une équipe à maillon faible, c’est-à-dire qu’il mise sur sa profondeur pour l’emporter. Il peut gagner plus souvent quand ses moins bons joueurs sont meilleurs que les moins bons joueurs de l’autre équipe.
Les troupes de Martin St-Louis ont connu leurs meilleurs moments au début janvier, quand les quatre trios contribuaient en attaque et que l’avantage numérique était au sommet de sa forme. Tout le monde mettait la main à la pâte, bras dessus bras dessous. Sortez les guimauves et la guitare.
Face aux Flyers, ce n’est pas qu’il y avait plusieurs passagers, mais certaines choses glissent dans le jeu collectif, et des trous apparaissent dans ce qu’une équipe à maillon faible a normalement besoin pour connaître du succès. Et tout cela crée un effet domino.
Prenez Mike Matheson, qui vient de connaître deux vilaines performances de suite. Il continue de jouer à profusion même les soirs où sa gestion de rondelle fait défaut. Pourquoi? Entre autres parce que les entraîneurs affichent une confiance limitée envers le duo Xhekaj-Savard.
Vivement le retour de Kaiden Guhle.
À l’attaque, Alex Newhook continue de jouer du bon hockey au centre du deuxième trio, mais il suffit que ses ailiers recommencent à s’effacer pour que le fardeau offensif pèse plus lourd sur les autres unités.
Le trio de Christian Dvorak a fait son effort de guerre récemment, mais personne ne s’attend à ce qu’il demeure une dynamo offensive pour le Canadien. Quant à l’unité de Jake Evans, cela fait un moment qu’elle a perdu de son mordant. Emil Heineman n’a pas la même efficacité depuis son retour au jeu, tandis que Joel Armia est clairement incommodé.
Bref, si certains joueurs ne jouent pas à la hauteur des attentes et que d’autres cessent d’en donner plus qu’à l’habitude, le Canadien est forcé de se tourner vers le même petit noyau de joueurs qui doivent exceller à tous les matchs.
C’est une grosse commande.
Heureusement qu’il y a le jeune Lane Hutson pour régulièrement garder les siens dans le match. Le duo qu’il forme avec Jayden Struble a encore fait des flammèches face aux Flyers, et Hutson a récolté ses 50e et 51e mentions d’aide de la campagne.
Dans l'histoire de la LNH, Larry Murphy (60) et Chris Chelios (55) sont les seuls défenseurs à avoir réussi plus de mentions d’aide que lui dans une même saison recrue. Et il lui reste encore 11 matchs à jouer.
Fascinant, dirait un vénérable collègue de la maison.

Matvei Michkov a inscrit deux buts et une aide contre le Tricolore.
Photo : Getty Images / Mitchell Leff
L’apport de Hutson était d’autant plus nécessaire, jeudi, que la soirée de travail du duo Matheson-Carrier a été ardue. C’était la première fois en 19 rencontres que Carrier jouait aussi peu, tandis que Matheson a fait plusieurs jeux à haut risque qui ont souri aux Flyers.
En fin de première période, il a commis un juteux revirement à la ligne bleue offensive qui a lancé Matvei Michkov en échappée. Un bel arrêt de la jambière gauche de Jakub Dobes a limité les dommages. Or, quelques secondes après que Dvorak eut resserré l’écart à 5-3, ce même Michkov a volé la rondelle à Matheson et, cette fois, n’a pas raté son coup.
Ce genre de bourde laisse bien peu de chance à un gardien, et Dobes en a eu plein les baskets à son premier départ en plus de deux semaines. Ébranlé en début de rencontre, le Tchèque a certes retrouvé un peu d’aplomb par la suite, mais aucun gardien de la LNH ne peut être satisfait d’un match où il donne six buts.
Une position encore enviable
Vendredi soir, le Canadien rend visite aux Hurricanes en Caroline. Les Hurricanes sont des spécialistes de la haute pression, de l’échec avant étouffant et de l’attaque créée à partir de revirements.
Dans son état actuel, c’est l’un des pires adversaires qu’aurait pu espérer le Canadien.
Mais il s’agit de respirer par le nez. D’oublier le fait qu’on n’a pas bien fait au cours des derniers matchs et de prouver qu’une meilleure discipline dans le geste pourra ramener l’équipe sur le droit chemin.
Il y a un mois, on aurait payé cher pour être dans la situation où l’on est présentement, a rappelé St-Louis aux journalistes présents à Philadelphie. C’est sûr que si tu regardes les derniers matchs, c’est fâchant, mais c’est une bonne équipe qu’on a ici. Il faut juste qu’on resserre les choses, et on se remet au travail.
Saine perspective.
Il reste à voir si le Canadien peut y parvenir et continuer de contrôler sa destinée.
Selon MoneyPuck (nouvelle fenêtre), les chances du CH de se tailler une place en séries ont baissé à 33,6 % après le revers à Philadelphie. Il est encore la deuxième équipe repêchée dans l’Est et il demeure dans une position enviable, mais sa tendance bien documentée à accorder plus de chances dangereuses qu’il en crée lui-même impose la plus grande prudence.
C’est simple : si le Canadien ne resserre pas son jeu, il n’arrivera pas à marquer assez de buts pour compenser. Et quelqu’un finira par en profiter.
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