La défiance des Canadiens à l’égard des États-Unis peut-elle perdurer?
Annulation de voyages vers les États-Unis, boycottage des produits américains ou encore huées de l'hymne national lors de rencontres sportives : les actions des Canadiens à l’encontre du voisin américain se multiplient. Ces comportements en réponse à la guerre commerciale lancée par Donald Trump et la défiance pourraient perdurer, selon certains experts. Patricia Corson, une autre résidente de Toronto, est partagée quant aux États-Unis, mais reconnaît avoir également modifié son comportement. Efe Peker, professeur agrégé de sociologie et de science politique à l’Université d’Ottawa, relève une renaissance patriotique au Canada depuis l'élection de Donald Trump, et notamment depuis novembre 2024, lorsque le président américain a commencé à brandir ouvertement la menace d’annexion du Canada. Il voit, dans la réaction des Canadiens, Pour Fuyuki Kurasawa, professeur agrégé et directeur du laboratoire de citoyenneté mondiale numérique au Département de sociologie de l’Université York, ce sentiment ambivalent envers les États-Unis n’est pas nouveau, c’est plutôt son intensité qui a changé. Il remarque que les Canadiens sont quelque peu partagés quant à la défiance à l'égard de Donald Trump et des États-Unis dans leur ensemble, Les États-Unis, c’était un pays que l’on considérait comme notre ami le plus cher et avec lequel on s’était lié d’amitié pendant des siècles. C’est donc un sentiment de trahison profonde. Et ce n’est pas quelque chose qui peut être réparé rapidement ou facilement. Une fracture profonde qui se fait ressentir dans les propos de Shaunna Jackson. Affrontement sur la glace entre les États-Unis et le Canada lors de la Confrontation des 4 nations en février. (Photos d'archives) Photo : La Presse canadienne / Christinne Muschi De son côté, Nancy Moore considère que la situation est irréversible. Daniel Armiss, autre résident interrogé dans les rues de la Ville Reine, est pour sa part plus mesuré. Je ne pense pas que le ressentiment et le dégoût vont rester. Ce n’est pas une aversion envers le peuple américain, c’est une aversion envers l’administration. Mais comment se fier économiquement à un partenaire commercial qui, tous les quatre ans, peut faire des folies? Selon Efe Peker, La guerre commerciale menée par Donald Trump contre le Canada et une grande partie de la planète a notamment eu des répercussions en sol américain, où certains habitants s'inquiètent d’une possible détérioration des relations internationales. Ce conflit commercial plane également sur les élections fédérales canadiennes. Le chef conservateur, Pierre Poilievre, lors d'un discours à Ottawa, le samedi 15 février 2025. (Photos d'archives) Photo : La Presse canadienne / Justin Tang Fuyuki Kurasawa souligne que la politique de Donald Trump a déjà eu un effet concret sur les élections au Canada, avec la montée de Mark Carney dans les sondages et la chute du Parti conservateur. À l’inverse, il explique que Je suis très découragée, très déçue, très préoccupée et quelque peu choquée par ce que font nos voisins
, dit Shaunna Jackson, une Canadienne interrogée au centre-ville de Toronto. Elle a changé ses habitudes, en réaction aux tarifs douaniers et aux menaces d’annexion des États-Unis.Je ne voyagerai plus aux États-Unis pour des raisons personnelles. Je n’achèterai pas de produits américains. C’est le cas pour moi, mais aussi pour mon entourage. Nous achetons uniquement canadien maintenant
, explique-t-elle.Je suis maintenant très consciente de ce que j'achète. Je n'achète plus de vin américain. Je fais attention à ce que j'achète au supermarché. Je ne vais plus dans les Starbucks. J'essaie vraiment de soutenir le Canada.
une volonté de se protéger, de se distinguer, surtout dans un moment où la souveraineté canadienne est menacée
.Un sentiment qui va persister?
notamment parce qu’au moins 50 % de la population américaine soutient les menaces de Donald Trump et l’idée de faire écrouler le Canada en en faisant un État
, déclare-t-il.Les États-Unis, pour moi, n’ont jamais été un endroit attrayant au départ. Mais je reconnaissais et respectais ce qu’ils faisaient pour nous d’un point de vue militaire, mais aussi d'un point de vue sécuritaire. Mais ce n’est plus le cas. Ils ont instauré ce changement. Donc, il faudra beaucoup pour que je change d’avis là-dessus.

Le monde a changé et il ne reviendra jamais à ce qu'il était. Je pense que toute la collaboration ne sera plus jamais la même
, estime cette résidente torontoise.une bonne partie de l'identité nationale des pays européens et du Canada a été fondée sur l'idée que les États-Unis seraient toujours là pour nous protéger si nécessaire. Je pense qu'on n'a pas souvent envisagé la possibilité que cela change aussi radicalement
, déclare-t-il.Une incidence sur les élections fédérales
C’est un enjeu important pour les électeurs
, souligne Efe Peker. Il remarque que le chef libéral, Mark Carney, et le chef conservateur, Pierre Poilievre, ont chacun leur méthode pour se présenter comme les protecteurs du Canada. 
Que ce soit juste ou non, on a cette perception que M. Poilievre est plus proche des positions républicaines, avec un langage et des manières qui rappellent un peu M. Trump
, déclare-t-il.M. Carney se distingue non seulement par le contenu de ses propos, mais aussi par un style beaucoup plus posé, presque technocratique, d’expert économique, qui projette une image totalement opposée à celle de M. Trump, et peut-être aussi, indirectement, à celle de M. Poilievre.
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