À Digby, des Ukrainiens ont choisi une nouvelle vie loin de la grande ville
Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie, près de 5000 Ukrainiens ont choisi de bâtir une nouvelle vie en Nouvelle-Écosse. La grande majorité s’est installée à Halifax, mais quelques-uns ont décidé de vivre en région. À Digby, un noyau d'une cinquantaine d'Ukrainiens est déterminé à s'intégrer. Un texte de Stéphanie Blanchet À la veille de Pâques, Valerian Hordiienko décore des pysanky, des œufs traditionnels ukrainiens : une activité qui le ramène à ses racines. Originaire de Kyiv, il a quitté son pays avec sa femme et leurs deux enfants, Danylo et Lina, après qu'une bombe a été larguée à une centaine de mètres de la garderie de sa fille. Valerian Hordiienko et ses deux enfants décorent des oeufs à Digby, en Nouvelle-Écosse. Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet Il est arrivé au Canada il y a un an et a choisi de vivre à Digby, en Nouvelle-Écosse. Ce qui l'attire ici, c'est le calme, la lenteur et l'air marin. Une cinquantaine d'Ukrainiens environ ont choisi de s'établir dans la ville de Digby. Ils travaillent dans des usines ou dans la restauration rapide. Certains font le ménage à l'hôtel Digby Pines. D'autres sont encore à la recherche d'un emploi. La langue est souvent le principal obstacle. Chacun est arrivé à Digby pour des raisons diverses. Pour certains, c'était une offre d'emploi. C'est le cas de Sergie Hrushevskyi. En Ukraine, il était électricien. Il se considère chanceux d'avoir trouvé un emploi chez Michelin à Bridgewater, mais il n'a pas encore pu obtenir un poste d'électricien. Il étudie au collège communautaire NSCC de Digby pour obtenir son brevet et pouvoir exercer son métier en Nouvelle-Écosse. Il dit que la communauté l'aide beaucoup. Le collège va lui fournir un traducteur pour l'aider à réussir ses examens. Entre le travail et le collège, il effectue des journées de 12 heures. Il n'a pas le temps de prendre des cours d'anglais. Il apprend donc en écoutant YouTube. Serhii Ryzhuk et Svitlana Ryzhuk. Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet D'autres Ukrainiens ont été attirés par une offre d'hébergement temporaire dans l'ancienne base militaire de Cornwallis, une opportunité qu’ont saisie une quinzaine de familles, comme celle de Serhii Ryzhuk et de sa conjointe, Svitlana. Aly Coy, professeure d'anglais langue seconde à Digby, remarque que l'adaptation est extrêmement difficile dans les premières années. Aly Coy enseigne l'anglais langue seconde à Digby, en Nouvelle-Écosse. Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet Une de ses élèves, Maryna Hruslova, ne parlait pas un mot d'anglais quand elle est arrivée à Digby en janvier dernier. Elle prend des cours d'anglais en plus de travailler à temps plein à l'usine de transformation de poisson avec son fils de 20 ans, Daniil Khruslov. Daniil Khruslov et Maryna Hruslova Photo : Radio-Canada / Stéphanie Blanchet Pour sa part, Daniil, lui, rêve d'avoir une voiture et de devenir ingénieur en bâtiment. Il se sent un peu isolé, car il y a peu ou pas d'Ukrainiens de son âge à Digby, et la barrière de la langue est toujours présente. Il a des amis ukrainiens de son âge, mais ils sont à Halifax, là où la très grande majorité de ces nouveaux arrivants ont choisi de s'établir. Daniil Khruslov aimerait trouver une équipe pour jouer au basketball, mais il a peu de temps libre : il travaille à plein temps à l'usine de poisson. La plupart de ces Ukrainiens font de très longues journées. Mais le choix de Digby, c'est aussi l'appel de la quiétude, bien que ce qui se passe dans leur pays les hante encore. Ici, au moins, la mer n'est pas loin et l'air est pur. Lorsqu'on demande à Valerian Hordiienko s'il a retrouvé un peu de bonheur, il hésite : Mais la guerre en Ukraine le hante toujours, confie-t-il. Ce mécanicien, qui réparait les wagons de train et de métro à Kyiv, n'a pas eu de difficulté à trouver un emploi à Digby, où ses compétences sont très recherchées. Il fait de la maintenance dans une usine de poisson.C'est important
, dit-il.
À Kyiv, nous étions plus de cinq millions. Maintenant, je veux vivre dans un endroit tranquille, avec de l'air pur
, décrit-il. C'est beau ici, il y a de bons voisins, des gens amicaux, une petite ville qui a tout ce dont on a besoin.
Ceux qui parlent couramment l'anglais ou le français ont plus de succès
, explique Valerian Hordiienko.
Les premiers hivers sont les plus difficiles
, explique-t-il.Je viens de passer l'hiver le plus froid que j'aie connu de ma vie. J'attends l'été
, dit-il avec un sourire. Il ajoute qu'il veut rester au Canada.Les Ukrainiens doivent trouver un logement permanent, un emploi, travailler, s'intégrer et apprendre l'anglais en même temps. C'est très exigeant
, soutient-elle.
J'observe chez eux un fort dévouement pour apprendre la langue et démarrer une nouvelle vie, ici, dans la région de Digby. Ils font les travaux dans les usines, tout ce qu'ils peuvent pour avoir un revenu stable et un avenir
, poursuit Aly Coy. Cependant avec leur permis de travail qui arrive bientôt à échéance et doit être renouvelé, je vois les obstacles devant eux. Mais je vois aussi leur résilience et leur détermination.
J'ai choisi Digby parce que j'en avais assez des grandes villes. Ici, c'est très bien, je suis près de la mer, j'adore la mer
, lance-t-elle.
Oui, quand même
.Je rêve de me construire un avenir ici
, confie Valerian Hordiienko.
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